Moyen-Orient : « Nous devons investir dans la résilience du système » (P. Pouyanné, TotalEnergies)

 

27.04.2026

« Il est certain – et nous n’avons pas été suffisamment bons sur ce point – que si nous investissons au Moyen-Orient, nous devons aussi investir dans la résilience du système. […] Pour TotalEnergies Patrick Pouyanné PDG président-directeur général de TotalEnergies, le 24/04/2026.

Patrick Pouyanné s’exprime à l’occasion de la 18e Édition de la Wold Policy Conference organisée par l’Ifri Institut français des relations internationales à Chantilly, du 24 au 27/04/2026. Il revient sur les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz, par où transitent près de 25 % du transport maritime mondial de pétrole (brut et produits raffinés), selon l’AIE Agence internationale de l’énergie.

« Aujourd’hui, il n’existe pas suffisamment de voies alternatives pour contourner le détroit d’Ormuz. À Abou Dhabi, nous n’acheminons que 2 Mb/j million de barils par jour vers Fujaïrah, contre 5 Mb/j en temps normal. En Arabie saoudite, la capacité actuelle est de 7 Mb/j contre 12 Mb/j. En Irak, la production est actuellement à l’arrêt », indique le dirigeant du groupe pétrolier.

« Si cette situation dure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans un contexte de rareté de l’énergie, dont souffrent déjà les pays asiatiques. Cette rareté n’est pas encore présente dans le bassin atlantique, car nous disposons d’autres sources, mais nous ne pouvons pas avoir 20 % du pétrole et du gaz de la planète immobilisés et inaccessibles sans conséquences majeures. Tout dépendra de la durée du conflit. Le règlement de la question du détroit d’Ormuz constitue un enjeu majeur, et rapide », ajoute-t-il.

« Le règlement de la question du détroit d’Ormuz constitue un enjeu majeur » (Patrick Pouyanné)

« Au début de l’année, les marchés pétroliers étaient orientés à la baisse. Désormais, l’excédent a été absorbé car le système continue de fonctionner. Si cette situation dure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans un contexte de rareté de l’énergie, dont souffrent déjà les pays asiatiques. Cette rareté n’est pas encore présente dans le bassin atlantique, car nous disposons d’autres sources, mais nous ne pouvons pas avoir 20 % du pétrole et du gaz de la planète immobilisés et inaccessibles sans conséquences majeures. Tout dépendra de la durée du conflit. Le règlement de la question du détroit d’Ormuz constitue un enjeu majeur.»

« Notre stratégie consiste à être diversifiés »

« Nous passons de crise en crise. Nous étions très exposés à la Russie ; nous avons dû nous retirer de Russie. Nous ne maîtrisons pas ces événements, même si nous le souhaiterions. Notre stratégie consiste donc à être diversifiés.

Nous devons être solides sur nos fondamentaux qui, pour les entreprises de l’énergie, consistent à réduire autant que possible notre seuil de rentabilité afin d’être résilients lorsque les prix sont bas et de bénéficier de la hausse lorsqu’ils sont élevés.

Aujourd’hui, chez TotalEnergies, nous avons perdu 15 % de notre production au Moyen- Orient, car nous y sommes assez exposés. Ces 15 % ont disparu, mais je compense avec un gain de 8 $ par baril. Le baril est passé de 60 à 110 $. La situation reste donc maîtrisée. »

« Difficile d’éviter le Moyen-Orient »

« Nous devons identifier, à l’échelle mondiale, d’autres zones d’investissement afin de poursuivre la diversification. Il est difficile pour une compagnie pétrolière d’éviter le Moyen- Orient, car cette région représente 25 % des ressources et les coûts y sont faibles. En revanche, il est certain – et nous n’avons pas été suffisamment efficaces sur ce point – que si nous investissons au Moyen-Orient, nous devons aussi investir dans la résilience du système.

Aujourd’hui, il n’existe pas suffisamment de voies alternatives pour contourner le détroit d’Ormuz. À Abou Dhabi, seuls 2 Mb/j peuvent être acheminés vers Fujaïrah, contre 5 Mb/j potentiels. En Arabie saoudite, la capacité est de 7 Mb/j contre 12 Mb/j. En Irak, la production est actuellement à l’arrêt.

Pour mon groupe, il faut désormais intégrer la notion de résilience, ce qui implique probablement d’investir dans de nouveaux pipelines afin de disposer de réseaux. Et, de nouveau, poursuivre la diversification. D’ailleurs, ma réponse à la crise russe a été d’investir davantage aux États-Unis. » Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, le 24/04/2026

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