{"id":10964,"date":"2018-07-19T09:05:12","date_gmt":"2018-07-19T08:05:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/?p=10964"},"modified":"2018-07-25T12:55:49","modified_gmt":"2018-07-25T11:55:49","slug":"tendons-la-main-a-theresa-may","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/tendons-la-main-a-theresa-may\/","title":{"rendered":"Tendons la main \u00e0 Theresa May !"},"content":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 le 17 juillet 2018<\/p>\n<p>Renaud Girard, Le Figaro<\/p>\n<p>Le vote r\u00e9f\u00e9rendaire du 23 juin 2016, o\u00f9 le peuple britannique a d\u00e9cid\u00e9 de quitter l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) a cr\u00e9\u00e9 beaucoup de confusion et de col\u00e8re de part et d\u2019autre de la Manche. Maintenant que les \u00e9motions sont retomb\u00e9es et que les Europ\u00e9ens ont d\u00e9couvert que la strat\u00e9gie de leur alli\u00e9 am\u00e9ricain pouvait \u00eatre encore plus erratique que celle de leur alli\u00e9 britannique, le moment est venu pour la France de r\u00e9fl\u00e9chir calmement au futur de ses relations avec la Grande-Bretagne, sans laisser les technocrates de la Commission europ\u00e9enne g\u00e9rer seuls ce dossier politique important.<br \/>\nL\u2019\u00e9t\u00e9 est propice \u00e0 la r\u00e9flexion, puis \u00e0 la n\u00e9gociation, puisque tous les \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9sormais en place. Le 12 juillet 2018, apr\u00e8s deux ans d\u2019atermoiements, le gouvernement britannique de Theresa May a enfin publi\u00e9 un livre blanc, contenant ses propositions pour le futur des relations entre le Royaume-Uni et l\u2019UE. En d\u00e9saccord avec ce texte qui fait des concessions \u00e0 Bruxelles, ses ministres les plus eurosceptiques, Boris Johnson et David Davis, ont d\u00e9missionn\u00e9. Le nouveau cabinet May souhaiterait qu\u2019un accord soit trouv\u00e9 avec le Conseil europ\u00e9en d\u00e8s le mois d\u2019octobre 2018, afin de laisser du temps pour les ratifications parlementaires, avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur du Brexit, pr\u00e9vu pour mars 2019.<br \/>\nIl est \u00e9vident que le Royaume-Uni devra payer \u00e0 l\u2019UE le montant de toutes les d\u00e9penses auxquelles il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 comme membre de l\u2019Union (cela fait un total de l\u2019ordre de 40 milliards d\u2019euros). Il est \u00e9vident que la City ne pourra plus jouer le m\u00eame r\u00f4le dans les affaires financi\u00e8res europ\u00e9ennes et qu\u2019elle perdra le privil\u00e8ge, unique au monde, de tenir des comptes en euros. Aujourd\u2019hui, les banques britanniques n\u2019ont pas l\u2019obligation d\u2019avoir \u00ab un compte de correspondant \u00bb en euros dans une banque de la zone, elles peuvent ouvrir directement un compte en euros aupr\u00e8s de la Banque centrale europ\u00e9enne de Francfort.<br \/>\nMais les Fran\u00e7ais ne sauraient souscrire \u00e0 une intransigeance excessive de la Commission face au Royaume-Uni, au risque de se p\u00e9naliser eux-m\u00eames. Les trait\u00e9s de l\u2019UE ont cr\u00e9\u00e9 quatre libert\u00e9s de circulation : pour les biens, pour les personnes, pour les services, pour les capitaux. Le gouvernement de Sa Majest\u00e9 souhaiterait ne pas toucher \u00e0 la premi\u00e8re mais reprendre sa souverainet\u00e9 sur les trois autres. Theresa May a compris l\u2019importance de ne pas entraver les \u00e9changes industriels (majeurs, par exemple, pour Airbus, qui produit en Angleterre la voilure de ses avions, et qui y ach\u00e8te beaucoup de ses moteurs).<br \/>\nLa Commission ne veut pas laisser le client britannique choisir \u00e0 la carte, elle veut lui imposer soit le menu gastronomique, soit le menu di\u00e9t\u00e9tique, mais rien entre les deux. Elle a peur du mauvais exemple que cela cr\u00e9erait envers d\u2019autres membres de l\u2019UE. Cette peur est excessive : le cas anglais est tr\u00e8s particulier ; aucun autre membre ne songe s\u00e9rieusement \u00e0 partir.<br \/>\nLa France a un exc\u00e9dent commercial de 6 milliards d\u2019euros avec le Royaume-Uni. Elle n\u2019a donc aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 un changement des r\u00e8gles de commerce sur les biens avec lui. Dans le cas de figure o\u00f9 l\u2019on accepterait la proposition de Theresa May, les Britanniques devraient bien s\u00fbr appliquer toutes les normes (de qualit\u00e9, de sant\u00e9, etc.) d\u00e9cid\u00e9es par l\u2019UE, sans pouvoir participer \u00e0 leur \u00e9laboration. Si le maintien de la libert\u00e9 de circulation des biens avec le Royaume-Uni ne co\u00fbte rien \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, pourquoi ne pas la maintenir ? Il est \u00e9vident que tous les co\u00fbts administratifs de gestion de cette situation particuli\u00e8re devraient \u00eatre pris en charge par les Britanniques.<br \/>\nEn mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, la coop\u00e9ration directe entre les polices devrait \u00eatre maintenue. La Commission pr\u00e9conise le transfert des donn\u00e9es par le biais d\u2019officiers de liaison au sein d\u2019Europol. C\u2019est un d\u00e9tour superflu. La coop\u00e9ration franco-britannique directe en mati\u00e8re de lutte contre la criminalit\u00e9 organis\u00e9e et contre le terrorisme fonctionne bien. Laissons-la en \u00e9tat. On ne change pas une \u00e9quipe qui gagne. Tant pis si les fonctionnaires de la Commission n\u2019y retrouvent pas le sch\u00e9ma logique auxquels ils aspirent. Ces technocrates pr\u00e9tendent aujourd\u2019hui exclure la Grande-Bretagne du syst\u00e8me satellitaire Galileo, qui donne \u00e0 l\u2019Europe une ind\u00e9pendance indispensable en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s au GPS. Consid\u00e8rent-ils les Britanniques comme des alli\u00e9s moins s\u00fbrs que les Maltais ou les Chypriotes ?<br \/>\nSoyons clair. La relation des Britanniques avec la construction europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 du grand n\u2019importe quoi. Un jour, ils refusent d\u2019y participer ; le lendemain, ils nous supplient d\u2019int\u00e9grer le March\u00e9 commun ; le surlendemain, ils veulent en changer les r\u00e8gles, etc., etc.<br \/>\nLe g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle l\u2019avait compris avant tout le monde, qui avait expliqu\u00e9 dans une Conf\u00e9rence de presse proph\u00e9tique de 1963 que la Grande-Bretagne ne se sentirait jamais \u00e0 l\u2019aise dans ce club (con\u00e7u pour \u00eatre \u00e0 terme un contrepoids amical \u00e0 la puissance am\u00e9ricaine). C\u00e9dant \u00e0 la pression des Hollandais, le pr\u00e9sident Pompidou a commis l\u2019erreur strat\u00e9gique de la faire entrer.<br \/>\nMais ce qui est fait, est fait. Est-ce une raison pour punir la Grande-Bretagne ? Bien s\u00fbr que non. Nous, Fran\u00e7ais, devons accepter son caract\u00e8re parfois fantasque et maintenir des liens d\u2019excellence avec elle. Car nous devons prendre en compte des enjeux beaucoup plus importants. Historiquement, c\u2019est une alli\u00e9e depuis plus d\u2019un si\u00e8cle. C\u2019est \u00e0 elle que nous devons notre si\u00e8ge permanent au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies. C\u2019est une d\u00e9mocratie parlementaire qui fonctionne admirablement (sauf quand elle commet l\u2019erreur de recourir \u00e0 l\u2019instrument latin du r\u00e9f\u00e9rendum\u2026). Militairement, c\u2019est notre seul partenaire efficace sur le continent europ\u00e9en (o\u00f9 aucun autre pays, \u00e0 part la France, n\u2019a d\u00e9montr\u00e9 un tel \u00ab fighting spirit \u00bb). Culturellement, beaucoup d\u2019Anglais gardent une passion pour la civilisation des Fran\u00e7ais et r\u00e9ciproquement.<br \/>\nPunir les Britanniques serait nous punir nous-m\u00eames. Il nous faut au contraire aider Theresa May, actuellement en difficult\u00e9. Car elle a offert la pire des solutions, \u00e0 l\u2019exception de toutes les autres, pour paraphraser le mot c\u00e9l\u00e8bre de Churchill sur la d\u00e9mocratie\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 le 17 juillet 2018 Renaud Girard, Le Figaro Le vote r\u00e9f\u00e9rendaire du 23 juin 2016, o\u00f9 le peuple britannique a d\u00e9cid\u00e9 de quitter l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) a cr\u00e9\u00e9 beaucoup<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10965,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[23],"tags":[],"class_list":["post-10964","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news-room"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10964","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10964"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10964\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10965"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10964"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10964"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10964"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}