{"id":11367,"date":"2018-09-05T14:31:29","date_gmt":"2018-09-05T13:31:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/?p=11367"},"modified":"2018-09-05T14:31:29","modified_gmt":"2018-09-05T13:31:29","slug":"renaud-girard-limmigration-de-masse-est-un-scenario-perdant-perdant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/renaud-girard-limmigration-de-masse-est-un-scenario-perdant-perdant\/","title":{"rendered":"Renaud Girard: \u00ab\u00a0L&rsquo;immigration de masse est un sc\u00e9nario perdant-perdant\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"fig-content__chapo\" data-fgtcs-crosslinks=\"Contextuel\" data-fgtcs-articlelength=\"\">FIGAROVOX\/GRAND ENTRETIEN &#8211; Alors que la question de la crise migratoire occupe l&rsquo;espace m\u00e9diatique et le d\u00e9bat public, Renaud Girard analyse les cons\u00e9quences de l&rsquo;immigration massive sur les pays d&rsquo;Europe comme ceux d&rsquo;Afrique.<\/p>\n<div class=\"fig-content__body\" data-component=\"fig-content-body\" data-fgtcs-crosslinks=\"Contextuel\" data-fgtcs-articlelength=\"\"><b>FIGAROVOX.- Aujourd&rsquo;hui, le continent africain conna\u00eet une explosion d\u00e9mographique et l&rsquo;Europe vieillit. Pourquoi ne pas tout simplement accepter l&rsquo;immigration?<\/b><\/div>\n<div data-component=\"fig-content-body\" data-fgtcs-crosslinks=\"Contextuel\" data-fgtcs-articlelength=\"\"><\/div>\n<div data-component=\"fig-content-body\" data-fgtcs-crosslinks=\"Contextuel\" data-fgtcs-articlelength=\"\">\n<p><b>Renaud GIRARD.-<\/b> Il est \u00e9vident que les pays europ\u00e9ens n&rsquo;ont plus les moyens \u00e9conomiques, sociaux et politiques d&rsquo;accueillir toute la mis\u00e8re du monde.<\/p>\n<p>Prenons le cas de la France. Si nous regardons la question de l&#8217;emploi, nous voyons que, toutes cat\u00e9gories confondues, le nombre d&rsquo;inscrits \u00e0 P\u00f4le Emploi s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 6 255 800 personnes. Une \u00e9conomie en sous-emploi n&rsquo;est pas en mesure d&rsquo;absorber des millions de migrants. N&rsquo;oublions pas que les vagues d&rsquo;immigration des ann\u00e9es 50-60 arrivaient dans une France en plein boom \u00e9conomique et o\u00f9 le ch\u00f4mage n&rsquo;existait pas. Ce n&rsquo;est plus le cas aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Mais surtout, l&rsquo;immigration de masse pose un probl\u00e8me identitaire et culturel. L&rsquo;Homme n&rsquo;est pas qu&rsquo;un homo economicus d\u00e9sincarn\u00e9, sans histoire ni racines ; il est avant tout un \u00eatre de culture. La culture europ\u00e9enne -fille de l&rsquo;Antiquit\u00e9, du jud\u00e9o-christianisme et des Lumi\u00e8res- risque d&rsquo;\u00eatre submerg\u00e9e par des populations dont le mode de vie est incompatible avec le mode de vie europ\u00e9en et dont la pr\u00e9sence massive sur notre sol ne peut aboutir qu&rsquo;\u00e0 des tensions. L&rsquo;immigration de masse sape la coh\u00e9rence, l&rsquo;unit\u00e9 et la solidarit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s occidentales. Au lieu d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 unie, l&rsquo;immigration fragmente le corps social en une multitude de communaut\u00e9s indiff\u00e9rentes, voire hostiles, les unes aux autres. Certains membres des minorit\u00e9s (pas tous heureusement!) refusent de s&rsquo;int\u00e9grer et basculent dans la d\u00e9linquance, leur haine de notre pays pouvant aller jusqu&rsquo;au terrorisme.<\/p>\n<p><b>Cette crise migratoire peut-elle avoir de graves cons\u00e9quences politiques?<\/b><\/p>\n<p>Cette crise identitaire risque bien de se transformer en crise politique.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, on constate partout en Europe l&rsquo;inqui\u00e8tante progression des mouvements extr\u00eamistes &#8211; en Allemagne, en France, en Italie, en Gr\u00e8ce\u2026. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne politique est une cons\u00e9quence directe de l&rsquo;immigration. Dans les ann\u00e9es 70, le Front National \u00e9tait un obscur groupuscule de nostalgiques de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Sa perc\u00e9e \u00e9lectorale \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 80 s&rsquo;explique par l&rsquo;immigration massive et les craintes qu&rsquo;elle suscite. Il y a quelque chose de paradoxal chez les bonnes \u00e2mes bien pensantes qui \u00e0 la fois fustigent les partis extr\u00eamistes et soutiennent l&rsquo;immigration. Cela est incoh\u00e9rent. En effet, c&rsquo;est l&rsquo;immigration qui nourrit les partis extr\u00eamistes et risque un jour de les amener au pouvoir.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, la crise migratoire risque de d\u00e9truire l&rsquo;Union europ\u00e9enne. 73 % des Europ\u00e9ens consid\u00e8rent que l&rsquo;UE ne les prot\u00e8ge pas. Partout, l&rsquo;immigration favorise la mont\u00e9e des populismes. Au Royaume-Uni, le vote en faveur du Brexit s&rsquo;explique en grande partie par le rejet de l&rsquo;immigration. Les pays d&rsquo;Europe centrale refusent tout diktat de Berlin leur enjoignant d&rsquo;accepter des migrants sur son sol. L&rsquo;Italie n&rsquo;en peut plus, qui a vu plus de 70 000 migrants ill\u00e9gaux d\u00e9barquer sur ses c\u00f4tes depuis 2013.<\/p>\n<p>Sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 a des limites. Son nouveau ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur a pr\u00e9venu que l&rsquo;Europe institutionnelle jouait son existence m\u00eame sur la question migratoire. Venant de la part d&rsquo;un pays fondateur du March\u00e9 commun, c&rsquo;est un message qu&rsquo;il faut prendre au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p><b>Mais alors comment s&rsquo;y prendre concr\u00e8tement pour r\u00e9gler le probl\u00e8me migratoire?<\/b><\/p>\n<p>Nous devons r\u00e9duire massivement l&rsquo;immigration.<\/p>\n<p>Pour atteindre cet objectif, nous devons reprendre le contr\u00f4le de nos fronti\u00e8res, suspendre le regroupement familial, lutter drastiquement contre l&rsquo;immigration clandestine, r\u00e9tablir la double peine. Toute personne \u00e9trang\u00e8re qui commet un acte de violence ou conna\u00eet un d\u00e9but de criminalisation doit \u00eatre aussit\u00f4t expuls\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;immigration ill\u00e9gale, terrorisons les passeurs en d\u00e9mantelant leurs r\u00e9seaux, en menant des actions de guerre contre eux et en leur infligeant des peines drastiques lorsque nous les capturons. Montrons bien aux migrants que leur d\u00e9marche est vaine en leur refusant syst\u00e9matiquement tout titre de s\u00e9jour et toute aide sociale. Cela nous permettra d&rsquo;arr\u00eater l&rsquo;appel d&rsquo;air europ\u00e9en. Et faisons le savoir dans leurs pays pour d\u00e9courager les tentatives.<\/p>\n<p>\u00c0 cela doit s&rsquo;ajouter, dans la plus pure tradition gaulliste, une politique humaniste, solidaire et active de cod\u00e9veloppement avec les pays pauvres afin de leur permettre un d\u00e9veloppement \u00e9conomique, respectueux de l&rsquo;environnement, cr\u00e9ateur d&#8217;emplois et r\u00e9ducteur d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s, de fa\u00e7on \u00e0 r\u00e9duire la tentation du d\u00e9part.<\/p>\n<p>Nous devons aussi cesser les aventures n\u00e9ocoloniales dans les pays du Moyen-Orient. Sans la catastrophique Guerre en Irak en 2003, il n&rsquo;y aurait pas eu Daech ni les hordes de migrants syriens et irakiens de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2015. En Libye, Kadhafi n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pas tr\u00e8s sympathique, mais il nous rendait service en servant de verrou face \u00e0 l&rsquo;immigration.<\/p>\n<p><b>De mani\u00e8re plus pr\u00e9cise, quelles sont les priorit\u00e9s pour faire face \u00e0 l&rsquo;afflux de migrants africains traversant la M\u00e9diterran\u00e9e depuis les c\u00f4tes libyennes?<\/b><\/p>\n<p>Les nouvelles priorit\u00e9s sont limpides: reconstruire un \u00c9tat en Libye et aider ses forces arm\u00e9es \u00e0 combattre les trafiquants d&rsquo;\u00eatres humains et \u00e0 s\u00e9curiser ses fronti\u00e8res m\u00e9ridionales dans le Fezzan ; d\u00e9ployer, aux c\u00f4t\u00e9s de la marine nationale de Libye, et dans ses eaux territoriales, des navires de surveillance europ\u00e9ens capables de ramener les naufrag\u00e9s ou les dinghies surcharg\u00e9s d&rsquo;\u00eatres humains vers leur rivage d&rsquo;origine. Le littoral libyen \u00e9tait nagu\u00e8re \u00e9quip\u00e9 de radars de surveillance que l&rsquo;Union europ\u00e9enne avait financ\u00e9s. Ils furent d\u00e9truits par des frappes franco-britanniques durant la guerre de 2011 contre le r\u00e9gime de Kadhafi. La coop\u00e9ration militaire, polici\u00e8re, humanitaire, avec les autres \u00c9tats d&rsquo;Afrique du nord doit \u00e9videmment se poursuivre.<\/p>\n<p>En Afrique noire, il faut en m\u00eame temps accro\u00eetre l&rsquo;aide \u00e9conomique de l&rsquo;Union europ\u00e9enne et la soumettre \u00e0 condition. Tout d&rsquo;abord, il faut \u00eatre s\u00fbr que cette aide b\u00e9n\u00e9ficie bien aux populations et ne soit pas d\u00e9tourn\u00e9e par des administrations ou des gouvernements corrompus. Ensuite, il faut lier cette aide, c&rsquo;est-\u00e0-dire la conditionner, \u00e0 la mise en place d&rsquo;un planning familial efficace. Soixante ans de coop\u00e9ration technique europ\u00e9enne avec l&rsquo;Afrique n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 y greffer le concept pourtant \u00e9l\u00e9mentaire de planning familial.<\/p>\n<p>\u00ab<i>Si nous ne r\u00e9duisons pas la taille de nos familles, notre pays continuera \u00e0 souffrir de la pauvret\u00e9 parce que les ressources disponibles ne pourront plus couvrir nos besoins<\/i>\u00bb, a reconnu Jonathan Goodluck, ancien pr\u00e9sident (2010-2015) du Nigeria. C&rsquo;est de ce pays aux richesses naturelles fabuleuses, mais mal g\u00e9r\u00e9es et mal partag\u00e9es depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance en 1960, que proviennent aujourd&rsquo;hui le plus grand nombre de ces jeunes immigrants ill\u00e9gaux qui essaient par tous les moyens d&rsquo;atteindre les rivages du nord de la M\u00e9diterran\u00e9e. Le Nigeria comptait 34 millions d&rsquo;habitants en 1960. Il en compte aujourd&rsquo;hui presque 200 millions. Enfin, il faut orienter cette aide vers un d\u00e9veloppement de projets agricoles et \u00e9nerg\u00e9tiques concrets, capables de nourrir et retenir chez elles les familles africaines. Le but de cette aide n&rsquo;est pas d&rsquo;industrialiser l&rsquo;Afrique (ce qui ne ferait qu&rsquo;augmenter les d\u00e9s\u00e9quilibres et donc accro\u00eetre l&rsquo;immigration) mais de d\u00e9velopper des projets locaux, respectueux des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles (microcr\u00e9dit, circuits courts, agriculture vivri\u00e8re, biologique et \u00e9quitable\u2026).<\/p>\n<p><b>Vous dites que l&rsquo;immigration de masse est un \u00absc\u00e9nario perdant-perdant\u00bb. Pouvez-nous nous expliquer ce concept?<\/b><\/p>\n<p>C&rsquo;est un jeu auquel tout le monde perd. Le trafic d&rsquo;\u00eatres humains sur lequel repose aujourd&rsquo;hui l&rsquo;immigration africaine est profond\u00e9ment d\u00e9l\u00e9t\u00e8re \u00e0 la fois pour les \u00c9tats africains et pour les \u00c9tats europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Comme je l&rsquo;ai dit, l&rsquo;Europe y perd sur les plans \u00e9conomique, culturel, s\u00e9curitaire et identitaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique y perd, car elle se vide de sa s\u00e8ve. L&rsquo;\u00e9migration prive l&rsquo;Afrique d&rsquo;une jeunesse intelligente, entreprenante et d\u00e9brouillarde. Car les 3000 euros qu&rsquo;il faut payer pour le trajet y repr\u00e9sentent une somme consid\u00e9rable \u00e0 rassembler. Dans les pays du Continent noir, c&rsquo;est un beau capital de d\u00e9part pour cr\u00e9er une affaire, pour creuser un puits dans un village, ou pour monter une installation photovolta\u00efque. Bien souvent, les migrants ne sont pas les plus pauvres mais des membres de la petite classe moyenne. Dans les pays de transition comme le Niger, le trafic attire des jeunes press\u00e9s de faire fortune, les \u00e9loignant de l&rsquo;\u00e9levage, de l&rsquo;agriculture, de l&rsquo;artisanat. Il n&rsquo;est pas sain que les villages africains vivent dans l&rsquo;attente des mandats qu&rsquo;envoient ou qu&rsquo;enverront les migrants une fois arriv\u00e9s en Europe, plut\u00f4t que de chercher \u00e0 se d\u00e9velopper par eux-m\u00eames. Il est vital que les aides financi\u00e8res de l&rsquo;Union europ\u00e9enne pour le Sahel et l&rsquo;Afrique centrale aillent dans des actions qui combattent l&rsquo;\u00e9conomie de trafic, mais aussi dans des projets agricoles ou \u00e9nerg\u00e9tiques capables de fixer les populations sur leurs terres ancestrales.<\/p>\n<p>Enfin, les migrants eux-m\u00eames sont perdants. Ils d\u00e9boursent de l&rsquo;argent pour voir leurs r\u00eaves d\u00e9\u00e7us. Ils attendaient le Paradis et se retrouvent perdus dans des pays o\u00f9 leur situation est tr\u00e8s difficile.<\/p>\n<p>Les seuls gagnants, ce sont les passeurs.<\/p>\n<p><b>Justement, parmi les acteurs centraux de cette immigration ill\u00e9gale, il y a les passeurs&#8230;<\/b><\/p>\n<p>Les passeurs sont des bandes mafieuses sans scrupule, qui promettent monts et merveilles aux migrants avant de se livrer aux pires exactions sur eux (escroquerie, racket, violences, viols, abandon en pleine mer&#8230;).<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, ce sont les m\u00eames r\u00e9seaux mafieux qui proc\u00e8dent indiff\u00e9remment au trafic d&rsquo;armes (destin\u00e9es aux djihadistes), \u00e0 l&rsquo;acheminement de la drogue vers l&rsquo;Europe, au trafic des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Les passeurs &#8211; ces nouveaux Barbaresques &#8211; ont une m\u00e9thode \u00e9prouv\u00e9e. Ils entassent les candidats aux voyages dans des canots pneumatiques de fortune ; ils les poussent jusqu&rsquo;aux eaux internationales \u00e0 12 nautiques du rivage libyen ; ensuite ils \u00e9mettent un SOS ou appellent un centre de secours italien pour indiquer qu&rsquo;un naufrage est imminent ; puis ils s&rsquo;en retournent dans leurs repaires, abandonnant \u00e0 leur sort leurs malheureux passagers, souvent sans eau douce ni nourriture. Le reste du voyage ne co\u00fbte plus rien aux passeurs, puisqu&rsquo;il est pris en charge par les navires des marines ou des ONG europ\u00e9ennes. Pourquoi ces derniers ne ram\u00e8nent pas simplement les naufrag\u00e9s vers les ports les plus proches du littoral libyen? Parce qu&rsquo;ils consid\u00e8rent qu&rsquo;il s&rsquo;agirait d&rsquo;un refoulement contraire au droit humanitaire international. Les nouveaux Barbaresques le savent bien, qui sont pass\u00e9s ma\u00eetres dans l&rsquo;art d&rsquo;exploiter le vieux sentiment de charit\u00e9 chr\u00e9tienne de cette Europe si riche, si bien organis\u00e9e, si sociale.<\/p>\n<p><b>Quel regard portez-vous sur les ONG?<\/b><\/p>\n<p>Sans le vouloir, certaines ONG participent, de mani\u00e8re gratuite, \u00e0 un immense trafic, qui a d\u00e9pass\u00e9 depuis longtemps en chiffre d&rsquo;affaires le trafic de stup\u00e9fiants.<\/p>\n<p>Les ONG d\u00e9tournent le droit d&rsquo;asile. Le meilleur moyen de s&rsquo;installer en Europe pour un immigr\u00e9 ill\u00e9gal est de se faire passer pour un r\u00e9fugi\u00e9 politique et d&rsquo;invoquer le droit d&rsquo;asile. Celui-ci a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 par les Fran\u00e7ais de 1789 pour accueillir les \u00e9trangers pers\u00e9cut\u00e9s dans leurs pays pour avoir d\u00e9fendu les id\u00e9aux de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Le droit d&rsquo;asile ne peut concerner que des individus, et non pas des groupes. Il ne peut s&rsquo;appliquer qu&rsquo;\u00e0 des gens engag\u00e9s politiquement et vis\u00e9s personnellement \u00e0 cause de leur engagement. Il ne saurait valoir pour des gens qui fuient la mis\u00e8re ou m\u00eame la guerre. Or, on assiste aujourd&rsquo;hui \u00e0 un d\u00e9tournement massif du droit d&rsquo;asile, car l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s sont des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9conomiques. Une fois qu&rsquo;il a mis le pied sur le sol europ\u00e9en, le migrant sait qu&rsquo;il pourra y rester \u00e0 loisir, car les reconduites forc\u00e9es vers l&rsquo;Afrique sont statistiquement rares.<\/p>\n<p>Pour comprendre le probl\u00e8me des ONG, il faut revenir \u00e0 la distinction du sociologue allemand Max Weber entre \u00e9thique de conviction et \u00e9thique de responsabilit\u00e9. Ceux qui agissent selon une \u00e9thique de conviction sont certains d&rsquo;eux-m\u00eames et agissent doctrinalement. Ils suivent des principes sans regarder les cons\u00e9quences de leurs actes. Au contraire, l&rsquo;\u00e9thique de responsabilit\u00e9 repose sur le r\u00e9alisme, le pragmatisme et l&rsquo;acceptation de r\u00e9pondre aux cons\u00e9quences de ses actes.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les ONG qui viennent au secours des migrants sont dans l&rsquo;\u00e9thique de conviction. Elles d\u00e9posent les migrants sur les c\u00f4tes italiennes et s&rsquo;offrent un frisson narcissique en jouant au sauveteur. Mais apr\u00e8s elles n&rsquo;assurent pas la suite du service: elles ne se demandent pas ce que devient le migrant en question ni quelles sont les cons\u00e9quences politiques et culturelles de ces migrations sur l&rsquo;Europe. Pour sortir de la facilit\u00e9, les membres des ONG devraient h\u00e9berger eux-m\u00eames les migrants, les \u00e9duquer, leur trouver du travail. Peut-\u00eatre auraient-ils une autre attitude.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la compassion et la bienveillance sont des valeurs cardinales. Il n&rsquo;est pas envisageable de laisser des gens se noyer en mer quand un navire les croise. Il faut les sauver. Mais il faut ensuite les red\u00e9poser sur les c\u00f4tes libyennes, leur point de d\u00e9part. Puisque de toute fa\u00e7on, leur pr\u00e9sence en Europe est ill\u00e9gale.<\/p>\n<p><b>Pourquoi les politiques migratoires europ\u00e9ennes sont-elles selon vous un \u00abd\u00e9ni de d\u00e9mocratie\u00bb?<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;arriv\u00e9e incontr\u00f4l\u00e9e et en masse de migrants peu au fait de la culture europ\u00e9enne d\u00e9stabilise profond\u00e9ment les \u00c9tats de l&rsquo;UE, comme on l&rsquo;a vu avec le vote r\u00e9f\u00e9rendaire britannique et le vote l\u00e9gislatif italien. Dans les ann\u00e9es cinquante et soixante, les peuples europ\u00e9ens se sont exprim\u00e9s par les urnes pour accepter les ind\u00e9pendances des ex-colonies. En revanche on ne les a jamais consult\u00e9s d\u00e9mocratiquement sur l&rsquo;immigration, qui est le ph\u00e9nom\u00e8ne social le plus important qu&rsquo;ils aient connu depuis la seconde guerre mondiale.<\/p>\n<p>En France, la d\u00e9cision d&rsquo;\u00c9tat la plus importante du dernier demi-si\u00e8cle porte aussi sur la question migratoire. C&rsquo;est le regroupement familial. Il a chang\u00e9 le visage de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Il est fascinant qu&rsquo;une d\u00e9cision aussi cruciale ait \u00e9t\u00e9 prise sans le moindre d\u00e9bat d\u00e9mocratique pr\u00e9alable. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9cret simple d&rsquo;avril 1976, sign\u00e9 par le Premier ministre Jacques Chirac et contresign\u00e9 par Paul Dijoud. Ce ne fut donc ni un sujet de d\u00e9bat, ni l&rsquo;objet d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum, ni une loi discut\u00e9e par des repr\u00e9sentants \u00e9lus, ni m\u00eame un d\u00e9cret discut\u00e9 en Conseil des Ministres, mais un d\u00e9cret simple comme le Premier Ministre en prend chaque jour sur des sujets anodins. Cette mesure provoqua imm\u00e9diatement un afflux tr\u00e8s important de jeunes personnes en provenance de nos anciennes colonies d&rsquo;Afrique du nord.<\/p>\n<p>Consult\u00e9s par r\u00e9f\u00e9rendum par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle &#8211; qui ne voulait pas d&rsquo;un \u00abColombey-les-deux-Mosqu\u00e9es\u00bb -, les Fran\u00e7ais ont accept\u00e9, en 1962, de se s\u00e9parer de leurs d\u00e9partements d&rsquo;Alg\u00e9rie, o\u00f9 une insurrection arabe brandissant le drapeau de l&rsquo;islam avait surgi huit ans auparavant. Cinquante-six ans plus tard, ils voient les titres inquiets de leurs journaux: \u00ab450 islamistes vont \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s de prison!\u00bb. Ils s&rsquo;aper\u00e7oivent alors qu&rsquo;on leur a impos\u00e9 en France une soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle, sans qu&rsquo;ils l&rsquo;aient r\u00e9ellement choisie. Jamais les Fran\u00e7ais ne furent interrog\u00e9s sur l&rsquo;immigration de masse, le multiculturalisme et le regroupement familial.<\/p>\n<p>De m\u00eame, Angela Merkel (qui avait pourtant reconnu l&rsquo;\u00e9chec du multiculturalisme allemand en 2010) n&rsquo;a pas jug\u00e9 bon de consulter son peuple lorsqu&rsquo;elle d\u00e9clara unilat\u00e9ralement que l&rsquo;Allemagne accueillerait 800 000 migrants. Pourtant il s&rsquo;agit l\u00e0 de choses fondamentales qui concernent \u00e0 la fois la vie quotidienne des citoyens et l&rsquo;identit\u00e9 profonde du pays.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie ne consiste-t-elle pas \u00e0 interroger les populations sur les choses les plus importantes? La d\u00e9mocratie ne sert-elle pas \u00e0 ce que les peuples puissent d\u00e9cider librement de leurs destins? On peut fort bien soutenir que le brassage culturel enrichit les soci\u00e9t\u00e9s modernes. Mais, dans une d\u00e9mocratie qui fonctionne, le minimum est que la population soit consult\u00e9e sur l&rsquo;ampleur du multiculturalisme qu&rsquo;elle aura ensuite \u00e0 g\u00e9rer sur le long terme.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FIGAROVOX\/GRAND ENTRETIEN &#8211; Alors que la question de la crise migratoire occupe l&rsquo;espace m\u00e9diatique et le d\u00e9bat public, Renaud Girard analyse les cons\u00e9quences de l&rsquo;immigration massive sur les pays d&rsquo;Europe<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":11368,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[23],"tags":[25],"class_list":["post-11367","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news-room","tag-25"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11367"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11367\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11368"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}