{"id":13324,"date":"2019-11-12T15:20:00","date_gmt":"2019-11-12T14:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/?p=13324"},"modified":"2019-11-12T15:20:00","modified_gmt":"2019-11-12T14:20:00","slug":"jean-de-kervasdoue-bio-et-bon-ne-sont-pas-synonymes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/jean-de-kervasdoue-bio-et-bon-ne-sont-pas-synonymes\/","title":{"rendered":"Jean de Kervasdou\u00e9 &#8211; Bio et bon ne sont pas synonymes"},"content":{"rendered":"<p><time style=\"font-size: 1rem;\" datetime=\"2019-09-16T11:30\">16\/09\/2019<\/time><span style=\"font-size: 1rem;\">\u00a0| Le Point.fr<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 1rem;\">Jean de Kervasdou\u00e9<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/l\u00e9gumes_bio.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13325\" src=\"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/l\u00e9gumes_bio.jpg\" alt=\"\" width=\"660\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/l\u00e9gumes_bio.jpg 660w, https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/l\u00e9gumes_bio-300x128.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><\/a><\/p>\n<h2 class=\"art-chapeau\" style=\"padding-top: 0px;\">CHRONIQUE. Les toxines naturelles sont parfois plus dangereuses que les produits chimiques artificiels. La DGCCRF vient de retirer du march\u00e9 des produits bio.<\/h2>\n<p>Alors que de plus en plus de villes, grandes et petites,\u00a0<a class=\"underline\" title=\"\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/sante\/arretes-antipesticides-le-zele-des-maires-frondeurs-seme-la-zizanie-au-gouvernement-05-09-2019-2333841_40.php#xtmc=woessner&amp;xtnp=1&amp;xtcr=3\">pr\u00e9tendent bannir de leur territoire des produits phytosanitaires<\/a>\u00a0qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0chimiques\u00a0\u00bb, la DGCCRF rappelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire retire du march\u00e9, des farines de sarrasin \u00ab\u00a0bio\u00a0\u00bb et des lots de haricots verts tout aussi \u00ab\u00a0bio\u00a0\u00bb, car ils contiennent, les uns et les autres, des graines de datura, plante \u00e9minemment toxique. Des lots de seigle fran\u00e7ais sont refus\u00e9s, notamment, par les autorit\u00e9s belges, car on y a trouv\u00e9 de l&rsquo;ergot de seigle, champignon qui contamine les c\u00e9r\u00e9ales et qui est, \u00e0 forte dose, mortel. En effet, il fut \u00e0 l&rsquo;origine du trop c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0mal des ardents\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0feu de saint Antoine\u00a0\u00bb qui tua, en\u00a0<a class=\"surligner\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/france\">France<\/a>, des centaines de milliers de nos anc\u00eatres, et cela, jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre de 1914. Il demeure une pr\u00e9occupation majeure des c\u00e9r\u00e9aliers qui s&rsquo;inqui\u00e8tent de leurs r\u00e9coltes \u00e0 venir, car, si le d\u00e9sherbage avant semis r\u00e9duit de plus de 50\u00a0% la pr\u00e9sence de ce champignon, ils se demandent ce qu&rsquo;ils feront sans glyphosate.<\/p>\n<p>Si nos enfants ont la chance de d\u00e9couvrir, comme \u00e0\u00a0<a class=\"surligner\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/marseille\">Marseille<\/a>, dans leur cantine scolaire, quelques chenilles dans les brocolis, ce qui contribue \u00e0 leur apprentissage de la biodiversit\u00e9, ils peuvent aussi \u00eatre sujets de diarrh\u00e9es, car, comme les produits \u00ab\u00a0bio\u00a0\u00bb sont moins prot\u00e9g\u00e9s, ils sont aussi, par nature, plus facilement infect\u00e9s. Ainsi, depuis le d\u00e9but de cette ann\u00e9e, la DGCCRF a retir\u00e9 des \u00ab\u00a0laits \u00e9veil croissance nature\u00a0\u00bb pour y avoir trouv\u00e9 des moisissures ou, pour la m\u00eame raison, des raisins \u00ab\u00a0bio\u00a0\u00bb. Les autres retraits de produits alimentaires de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e9taient dus non pas \u00e0 l&rsquo;existence de toxines, comme dans le cas des produits bio, mais \u00e0 des \u00e9tiquetages incomplets ou \u00e0 quelques rares infections microbiennes dans des produits surgel\u00e9s de grandes surfaces plus pr\u00e9occup\u00e9es, semble-t-il, par la lutte contre les OGM et la valorisation des produits bio \u00e0 forte marge que par la surveillance de la cha\u00eene du froid de leurs magasins.<\/p>\n<h3>\u00c0\u00a0<a class=\"surligner\" href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/paris\">Paris<\/a>, plus de 25\u00a0% des habitants ne pr\u00e9parent plus jamais de repas<\/h3>\n<p>Les humains sont des omnivores, pouvant manger de tout, ils se m\u00e9fient donc de ce qu&rsquo;ils mangent. Jusqu&rsquo;\u00e0 une date r\u00e9cente, la question du choix des aliments ne se posait pas ou peu, car on d\u00e9jeunait en famille et on mangeait comme \u00ab\u00a0avant\u00a0\u00bb. L&rsquo;alimentation \u00e9tait donc r\u00e9gl\u00e9e par des rites et des rythmes. Or, les uns et les autres se perdent. \u00c0 Paris, plus de 25\u00a0% des habitants ne pr\u00e9parent plus jamais de repas et, pour les plus ais\u00e9s, tout est accessible. L&rsquo;inqui\u00e9tude augmente alors avec la richesse du choix et les faiseurs de peur prosp\u00e8rent sur un terrain r\u00e9ceptif\u00a0: personne n&rsquo;a envie de mourir pour avoir ing\u00e9r\u00e9 des traces de produits phytosanitaires ou respir\u00e9 l&rsquo;air des campagnes, voire celui des jardins publics, alors que l&rsquo;on y pulv\u00e9risait l&rsquo;un de ces produits.<\/p>\n<p>Alors se brouille le sens des termes \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0biologique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0toxique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0chimique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0synth\u00e9tique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0artificiel\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0local\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0canc\u00e9rig\u00e8ne\u00a0\u00bb\u00a0ou \u00ab\u00a0neurotoxique\u00a0\u00bb, et se r\u00e9pandent les croyances aussi simplistes qu&rsquo;infond\u00e9es\u00a0: c&rsquo;est bon parce que c&rsquo;est \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0bio\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0local\u00a0\u00bb. Participent \u00e0 cette d\u00e9sinformation des ap\u00f4tres de la d\u00e9croissance, des partisans d&rsquo;un retour \u00e0 la nature, des gourous, des sectes pseudoscientifiques, des marchands, et tout ce monde se retrouve bon an mal an, sous la banni\u00e8re de l&rsquo;\u00e9cologie politique et de ses slogans, faisant croire \u00e0 ceux qui connaissent mal la nutrition qu&rsquo;il faut entrer chez un marchand de fruits et l\u00e9gumes comme dans une pharmacie et que les agriculteurs les empoisonnent. La \u00ab\u00a0chimie\u00a0\u00bb r\u00f4de\u00a0! Mais tout est chimique\u00a0: l&rsquo;eau, l&rsquo;air, l&rsquo;huile d&rsquo;olive, le sucre de canne, les antibiotiques, l&rsquo;aspirine, le glyphosate, le sulfate de cuivre\u2026<\/p>\n<p>Pour se prot\u00e9ger de leurs agresseurs, les plantes produisent des substances toxiques, naturelles donc, et cela en quantit\u00e9. Il existe ainsi des dizaines de milliers de substances naturelles qui sont canc\u00e9rig\u00e8nes, d&rsquo;autres, tout aussi nombreuses, sont neurotoxiques et d&rsquo;autres encore reprotoxiques. Ainsi, Bruce\u00a0Ames, c\u00e9l\u00e8bre toxicologue, a pu calculer en\u00a01990\u00a0qu&rsquo;un Am\u00e9ricain ing\u00e9rait chaque jour 1,5\u00a0g de toxines naturelles, mais 10\u00a0000\u00a0fois moins de traces de produits chimiques artificiels. Il remarquait ainsi que, \u00ab\u00a0dans une tasse de caf\u00e9, la quantit\u00e9 de compos\u00e9s naturels canc\u00e9rig\u00e8nes pour les rongeurs est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale en poids \u00e0 la dose de r\u00e9sidus de pesticides absorb\u00e9e par un individu en un an\u00a0\u00bb. Que le lecteur se rassure\u00a0: ces proportions \u00e9lev\u00e9es dissimulent des doses tr\u00e8s faibles et l&rsquo;auteur de cet article continue de boire environ quatre tasses de caf\u00e9 par jour\u00a0! N\u00e9anmoins, la chimie analytique est tellement pr\u00e9cise que l&rsquo;on peut mesurer des milliardi\u00e8mes de grammes de toutes substances\u00a0; les faiseurs de peur s&rsquo;en donnent alors \u00e0 c\u0153ur joie pour indiquer que l&rsquo;on a trouv\u00e9 dans les cheveux d&rsquo;enfants tel ou tel produit chimique de synth\u00e8se souvent dangereux \u00e0 certaines doses, mais pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de traces.<\/p>\n<h3>Pas plus d&rsquo;agriculture sans pesticides que de m\u00e9decine sans m\u00e9dicaments<\/h3>\n<p>Certaines de ces toxines naturelles ont des effets b\u00e9n\u00e9fiques. Le d\u00e9couvrant, les hommes ont voulu les extraire, puis les synth\u00e9tiser (l&rsquo;aspirine, par exemple), mais ils ne sont pas arr\u00eat\u00e9s l\u00e0, car ils ont aussi recherch\u00e9 des substances nouvelles, artificielles donc, pour soigner les malades et accompagner les agriculteurs dans leur lutte contre les mauvaises herbes, les champignons, les insectes, les bact\u00e9ries, les virus et autres ravageurs des cultures. Il n&rsquo;y a pas plus d&rsquo;agriculture sans pesticides que de m\u00e9decine sans m\u00e9dicaments. Ainsi, l&rsquo;agriculture \u00ab\u00a0bio\u00a0\u00bb utilise du cuivre, produit d&rsquo;autant plus \u00e9cotoxicologique qu&rsquo;il s&rsquo;accumule dans le sol. En outre, nous venons de le voir, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;un produit est \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb qu&rsquo;il n&rsquo;est pas dangereux, un pesticide reste un pesticide. Il en fut ainsi de la rot\u00e9none extraite de plantes tropicales. Longuement utilis\u00e9e en culture bio, elle est heureusement interdite depuis 2008, car elle avait une action destructrice sur les neurones et favorisait la maladie de Parkinson. N\u00e9anmoins, les techniques de l&rsquo;agriculture biologique \u00e9tant moins nombreuses que celles de l&rsquo;agriculture raisonn\u00e9e, elles laissent passer, paradoxalement, plus de toxines naturelles.<\/p>\n<p>Dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas, les doses de ces toxines naturelles ne sont pr\u00e9sentes dans nos aliments qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de traces infimes (le milliardi\u00e8me de gramme par kilo) et si, pour d&rsquo;autres raisons, je n&rsquo;en ach\u00e8te pas (ils sont on\u00e9reux), ces aliments ne me font pas peur. Mais que l&rsquo;on cesse de clamer qu&rsquo;un aliment est sain parce qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0bio\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<div class=\"italic small mtm\">\n<p>Jean de Kervasdou\u00e9 est ing\u00e9nieur agronome. Il a \u00e9t\u00e9 directeur g\u00e9n\u00e9ral des h\u00f4pitaux et a publi\u00e9 en\u00a02016\u00a0\u00ab\u00a0Ils croient que la nature est bonne\u00a0\u00bb (\u00e9d. Robert\u00a0Laffont).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/debats\/jean-de-kervasdoue-bio-et-bon-ne-sont-pas-synonymes-16-09-2019-2335962_2.php\">Lire l&rsquo;article sur Le Point<\/a><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>16\/09\/2019\u00a0| Le Point.fr Jean de Kervasdou\u00e9 CHRONIQUE. Les toxines naturelles sont parfois plus dangereuses que les produits chimiques artificiels. La DGCCRF vient de retirer du march\u00e9 des produits bio. 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