{"id":13549,"date":"2020-04-30T17:28:44","date_gmt":"2020-04-30T16:28:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/?p=13549"},"modified":"2020-04-30T18:40:50","modified_gmt":"2020-04-30T17:40:50","slug":"easing-the-lockdown-some-of-the-issues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/easing-the-lockdown-some-of-the-issues\/","title":{"rendered":"LE D\u00c9CONFINEMENT : QUELQUES ENJEUX"},"content":{"rendered":"<p>Chers amis,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s\u00a0<a class=\"link-highlighted\" href=\"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/le-covid-19-le-prix-de-lincurie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ma premi\u00e8re lettre il y a un mois<\/a>\u00a0(une \u00e9ternit\u00e9\u00a0!), je reviens vers vous, sous la forme de quelques remarques concises.<\/p>\n<ol>\n<li>Point n\u2019est n\u00e9cessairement besoin de recourir aux livres sacr\u00e9s pour affirmer que l\u2019actuelle pand\u00e9mie remet l\u2019homme en g\u00e9n\u00e9ral, occidental en particulier, face \u00e0 son penchant vers l\u2019<em>hubris<\/em>. L\u2019orgueil se heurtera toujours \u00e0 la complexit\u00e9 de la nature qui d\u00e9passe et d\u00e9joue celle des \u0153uvres humaines. J\u2019esp\u00e8re que les apprentis sorciers, comme certains id\u00e9ologues de l\u2019\u00ab\u00a0intelligence\u00a0\u00bb artificielle, y trouveront mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion.<\/li>\n<li>Certains m\u2019ont reproch\u00e9 d\u2019avoir d\u00e9nonc\u00e9 l\u2019incurie des gouvernants face au surgissement du Covid19, parce que selon eux celui-ci \u00e9tait \u00ab\u00a0impr\u00e9visible\u00a0\u00bb. Encore faut-il s\u2019entendre sur la notion de pr\u00e9vision. En 2015, Bill Gates avait solennellement tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme, en affirmant que le monde \u00e9tait beaucoup plus menac\u00e9 par les virus que par les armes nucl\u00e9aires. Bien d\u2019autres personnalit\u00e9s moins c\u00e9l\u00e8bres avaient multipli\u00e9 les avertissements de ce genre.<br \/>\nPlus un ph\u00e9nom\u00e8ne est complexe, plus il est difficile de dater l\u2019apparition des \u00ab\u00a0cygnes noirs\u00a0\u00bb m\u00eame identifi\u00e9s. C\u2019est la vraie difficult\u00e9, \u00e0 la limite insurmontable. Dans ma lettre du 30 mars, je faisais allusion \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une pand\u00e9mie num\u00e9rique. On peut tenir un tel \u00e9v\u00e9nement pour certain, tout en s\u2019avouant incapable de pr\u00e9dire quand et comment il pourrait survenir. Il faut cependant s\u2019y pr\u00e9parer.<\/li>\n<li>Les Etats, dont la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re est de prot\u00e9ger leurs ressortissants, doivent donc entretenir des capacit\u00e9s d\u2019action face aux catastrophes pr\u00e9visibles mais non datables. Or, les choix publics d\u00e9pendent au moins autant de la culture des soci\u00e9t\u00e9s vis-\u00e0-vis du risque que de la qualit\u00e9 de leurs bureaucraties et de celles de leurs dirigeants du moment. De ce point de vue, la comparaison entre l\u2019Allemagne et la France au cours des premi\u00e8res semaines de l\u2019actuelle pand\u00e9mie est \u00e0 l\u2019avantage de la premi\u00e8re, alors que les deux pays d\u00e9pensent en gros les m\u00eames montants pour leurs syst\u00e8mes de sant\u00e9. L\u2019impr\u00e9paration am\u00e9ricaine est particuli\u00e8rement troublante. En Asie, la situation est diff\u00e9rente en raison de la fr\u00e9quence des \u00e9pid\u00e9mies.<\/li>\n<li>Quand on parle de choix publics en ces mati\u00e8res, il faut en principe distinguer entre la pr\u00e9vention et la r\u00e9action puis l\u2019adaptation, tant au niveau national qu\u2019international. En r\u00e9alit\u00e9, pr\u00e9vention et r\u00e9action ou adaptation sont li\u00e9es, car moins on s\u2019est pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 une catastrophe\u00a0<em>ex-ante<\/em>, plus la r\u00e9action et l\u2019adaptation sont co\u00fbteuses\u00a0<em>ex-post<\/em>. Trop souvent englu\u00e9es dans l\u2019imm\u00e9diat, les soci\u00e9t\u00e9s tendent \u00e0 refuser le co\u00fbt public de la pr\u00e9vention. Ceci est vrai dans tous les domaines.<br \/>\nFace \u00e0 la vitesse de cette pand\u00e9mie qui les a pris au d\u00e9pourvu, les dirigeants occidentaux ont d\u2019abord fait le choix, avec les moyens du bord, de sauver le maximum des patients les plus s\u00e9v\u00e8rement atteints par le coronavirus, en s\u2019interdisant m\u00eame de soulever la question des cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales des mesures prises \u00e0 cet effet. On ne peut pas les en bl\u00e2mer.Ainsi en France, estime-t-on aujourd\u2019hui que, sans le confinement, le nombre de morts pourrait \u00eatre une dizaine de fois plus \u00e9lev\u00e9, et donc de l\u2019ordre de 200.000. Mais en face de ce genre de chiffre, pass\u00e9 le temps de la sid\u00e9ration \u2013 elle-m\u00eame la cons\u00e9quence de l\u2019impr\u00e9paration \u2013 on est bien oblig\u00e9, partout dans le monde, de raisonner de mani\u00e8re plus large. Impossible par exemple d\u2019ignorer les ravages qu\u2019une baisse aussi brutale de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique mondiale, ou encore le confinement de centaines de millions de pauvres sur les cinq continents, commencent \u00e0 provoquer. Les famines et la recrudescence d\u2019autres maladies menacent. Il est \u00e0 craindre qu\u2019<em>in fine<\/em>\u00a0le nombre des victimes de la pand\u00e9mie soit d\u2019un ou plusieurs ordres de grandeur sup\u00e9rieur \u00e0 celui des d\u00e9c\u00e8s directement dus au coronavirus.<\/li>\n<li>Sur le plan m\u00e9dical proprement dit, l\u2019essentiel dans l\u2019imm\u00e9diat est de donner aux m\u00e9decins et aux chercheurs les moyens d\u2019accomplir le mieux possible toute la gamme de leurs missions. Mais le d\u00e9bat sur le d\u00e9confinement d\u00e9passe de beaucoup celui qui se joue entre les experts m\u00e9dicaux, lesquels, vus sous l\u2019angle de l\u2019anthropologie, forment une tribu parmi d\u2019autres. Entrer dans une phase du d\u00e9confinement, c\u2019est aborder la question des choix publics avec des arbitrages incluant des int\u00e9r\u00eats pr\u00e9c\u00e9demment mis entre parenth\u00e8ses. Qu\u2019on le veuille ou non, les gouvernements sont condamn\u00e9s au calcul \u00e9conomique et social.<\/li>\n<li>Les principaux enjeux sont internationaux. Certes, les premi\u00e8res semaines de la crise, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de comportements admirables, ont exacerb\u00e9 les passions, les tensions, la panique, l\u2019hyst\u00e9rie, le chacun pour soi, la recherche de boucs \u00e9missaires ou l\u2019exploitation de la situation \u00e0 fin de propagande. Mais la forme d\u2019interd\u00e9pendance qu\u2019on appelle mondialisation ou globalisation est actuellement un fait. A court\u2013moyen terme, aucun pays ne pourra se relancer tout seul. En particulier, ni la Chine, ni les Etats-Unis. En Europe, aussi sup\u00e9rieure qu\u2019elle semble aujourd\u2019hui, l\u2019Allemagne a besoin de la France comme des pays du sud, et r\u00e9ciproquement. Les pays dont les structures \u00e9tatiques sont faibles, comme beaucoup en Afrique notamment, ont besoin de l\u2019aide des pays mieux pourvus. Le temps n\u2019est pas \u00e0 la guerre id\u00e9ologique, mais \u00e0 la coop\u00e9ration dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous, pour parvenir rapidement \u00e0 une balance raisonnable entre les imp\u00e9ratifs sanitaires et ceux du red\u00e9marrage de l\u2019\u00e9conomie, en attendant les m\u00e9dicaments et les vaccins.<\/li>\n<li>L\u2019avenir \u00e0 moyen-long terme de la mondialisation se pr\u00e9sente de la fa\u00e7on suivante. Les arguments des \u00e9conomistes en faveur du libre mouvement des biens et services ou des capitaux, ou encore des personnes, sont bien connus. A certaines conditions, ils conservent leur pertinence. La principales de ces conditions est le renforcement de la coop\u00e9ration internationale. Ceci nous ram\u00e8ne \u00e0 notre point de d\u00e9part, c\u2019est-\u00e0-dire la complexit\u00e9. Plus les interd\u00e9pendances sont complexes, plus la coop\u00e9ration et donc la coordination \u00e0 court, moyen et long terme sont n\u00e9cessaires. Les grandes crises financi\u00e8res, comme celles de la fin des ann\u00e9es 1990 et de 2007 \u2013 2010, sont issues d\u2019un d\u00e9faut d\u2019anticipation et de coop\u00e9ration. Cela est aussi vrai dans l\u2019ordre g\u00e9opolitique (je pense aux d\u00e9rapages du \u00ab\u00a0printemps arabe\u00a0\u00bb) ou naturellement dans le cas de l\u2019actuelle pand\u00e9mie.La prise en compte du long terme dans la coop\u00e9ration internationale implique des institutions fortes et bien dirig\u00e9es, comme c\u2019est encore le cas de Fonds Mon\u00e9taire International dans l\u2019ordre financier. La plupart, comme l\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9, ont besoin de profondes r\u00e9formes. Or, le syst\u00e8me international actuel est de plus en plus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne id\u00e9ologiquement. La d\u00e9fiance, le repli sur soi, la dissimulation, dominent \u00e0 tous les niveaux. Le monde est radicalement d\u00e9pourvu de leader. Si une telle situation perdure, les crises se multiplieront \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles, et le retour au protectionnisme, \u00e0 une interpr\u00e9tation abusive de la notion de \u00ab\u00a0bien strat\u00e9gique\u00a0\u00bb, \u00e0 une vision trop s\u00e9curitaire de cha\u00eenes de production ou d\u2019approvisionnement, et en fin de compte au populisme, s\u2019accentuera.<\/li>\n<li>Je conclurai sur l\u2019Europe, en rappelant d\u2019abord que l\u2019Ifri avait choisi comme fil conducteur pour son 40<sup>e<\/sup>\u00a0anniversaire, le th\u00e8me de l\u2019avenir de l\u2019Union europ\u00e9enne face \u00e0 la comp\u00e9tition sino-am\u00e9ricaine. Ce th\u00e8me me para\u00eet plus pertinent que jamais. Depuis un an, on voit l\u2019Allemagne se r\u00e9signer \u00e0 commencer \u00e0 envisager que la relation transatlantique puisse avoir structurellement chang\u00e9 de nature. Au-del\u00e0 d\u2019une \u00e9ventuelle \u00e9lection de Joe Biden. L\u2019Alliance atlantique ne sera plus jamais ce qu\u2019elle fut pendant la guerre froide. Dans le m\u00eame temps, les Allemands comme les Fran\u00e7ais se sont mis \u00e0 regarder la Chine diff\u00e9remment. Ils ressentent d\u00e9sormais la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019en prot\u00e9ger. La France et l\u2019Allemagne restent, comme elles l\u2019ont toujours \u00e9t\u00e9, le pilier de la construction europ\u00e9enne. Les deux pays savent, comme d\u2019ailleurs les autres membres de l\u2019Union quoiqu\u2019ils en disent, que seule cette Union fera la force de ses membres dans le monde \u00e0 venir. Les conseils europ\u00e9ens sont rarement spectaculaires. Mais celui de la semaine derni\u00e8re, virtuel, a montr\u00e9 une fois de plus que, malgr\u00e9 les craintes, l\u2019Europe avance dans les crises les plus graves. L\u2019enjeu g\u00e9opolitique est immense. Dans l\u2019imm\u00e9diat, il s\u2019agit de prouver que \u00ab\u00a0Bruxelles\u00a0\u00bb peut surmonter les deux grands d\u00e9fis du moment\u00a0: l\u2019efficacit\u00e9 et la d\u00e9mocratie.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Avec mes remerciements pour votre attention, chers amis, et tous mes v\u0153ux pour votre sant\u00e9 et celle de vos proches.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Thierry de Montbrial<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Pr\u00e9sident et fondateur de la WPC<br \/>\nPr\u00e9sident et fondateur de l\u2019Ifri<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">28 avril 2020<\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chers amis, Apr\u00e8s\u00a0ma premi\u00e8re lettre il y a un mois\u00a0(une \u00e9ternit\u00e9\u00a0!), je reviens vers vous, sous la forme de quelques remarques concises. 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