{"id":13560,"date":"2020-06-02T09:27:08","date_gmt":"2020-06-02T08:27:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/?p=13560"},"modified":"2020-06-24T09:51:52","modified_gmt":"2020-06-24T08:51:52","slug":"fathallah-oualalou-chronique-de-confinement-part-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/fathallah-oualalou-chronique-de-confinement-part-2\/","title":{"rendered":"Fathallah Oualalou : Chronique de confinement (Part. 2)"},"content":{"rendered":"<p>Mondialisation avanc\u00e9e et impr\u00e9visibilit\u00e9 <strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Fathallah Oualalou<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Senior fellow. Policy Center for the New South &#8211; PCNS.<\/p>\n<p>Auteur de \u00ab\u00a0La mondialisation et nous, le sud dans le grand chamboulement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La Crois\u00e9e des Chemins.2020<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le XXI\u00e8me si\u00e8cle est celui du \u00ab\u00a0stade supr\u00eame\u00a0\u00bb de la mondialisation, avec toutes ses manifestations aux niveaux de la production, de l\u2019\u00e9change, de la technologie et de la culture. Avec l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de son avanc\u00e9e, la mondialisation est devenue de plus en plus \u00ab\u00a0complexe\u00a0\u00bb (Thierry de Mont Brial), et donc charg\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019incertitudes\u00a0\u00bb (Edgar Morin). L\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 est ainsi devenue la marque de notre temps.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle, et donc en \u00e0 peine 20 ans, la plan\u00e8te a subi trois d\u00e9stabilisations majeures que rien ne laissait pr\u00e9sager.<\/p>\n<p>A l\u2019origine de la premi\u00e8re repr\u00e9sent\u00e9e, il y a \u00a0un s\u00e9isme g\u00e9opolitique\u00a0: les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, perp\u00e9tr\u00e9s contre des b\u00e2timents symboliques de la puissance am\u00e9ricaine. La seconde, la crise \u00e9conomique de 2008, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e \u00e0 partir du complexe financier de cette m\u00eame Am\u00e9rique. Et la troisi\u00e8me est l\u2019actuelle, celle de 2020. Parti de Chine, Covid-19, virus jusque-l\u00e0 inconnu, s\u2019est diffus\u00e9 en quelques semaines sur le monde entier, entrainant une crise sanitaire sans pr\u00e9c\u00e9dent et une r\u00e9cession \u00e9conomique d\u2019une ampleur in\u00e9gal\u00e9e.<\/p>\n<p>La succession de ces trois cataclysmes qui ont d\u00e9ferl\u00e9, sans pr\u00e9avis, sur le monde a particip\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire l\u2019h\u00e9g\u00e9monie absolue de l\u2019Occident (Etats-Unis) \u00e0 la faveur de la mont\u00e9e des pays asiatiques devenus plus efficients. M\u00eame si la redistribution des cartes a commenc\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1990, le r\u00e8gne mondial de l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le changement des rapports de force entre les p\u00f4les g\u00e9o\u00e9conomiques.<\/p>\n<p>L\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 serait-elle le produit de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la globalisation dans un monde d\u00e9sormais \u00ab\u00a0sans boussole\u00a0\u00bb (RAMSES 2020)\u00a0?<\/p>\n<p>Pourtant, les fondements de la gouvernance mondiale semblent avoir \u00e9t\u00e9 bien construits au lendemain de la seconde guerre mondiale\u00a0: sur le plan politique, par les deux superpuissances victorieuses (Etats-Unis, URSS) qui ont r\u00e9ussi \u00e0 mettre en place les r\u00e8gles d\u2019un multilat\u00e9ralisme g\u00e9r\u00e9 par l\u2019ONU\u00a0; sur le plan \u00e9conomique, par les Etats-Unis et l\u2019Occident qui ont cr\u00e9\u00e9 des syst\u00e8mes de r\u00e9gulation financi\u00e8re (FMI), \u00e9conomique (Banque mondiale) et commerciale (GATT, devenu OMC). Les peuples des pays colonis\u00e9s qui luttaient pour leurs ind\u00e9pendances \u00a0s\u2019\u00e9taient alors rassembl\u00e9s autour du concept \u00ab\u00a0tiers-monde\u00a0\u00bb \u00e0 partir de la Conf\u00e9rence de Bandung et 1955.<\/p>\n<p>Tout semblait donc bien codifi\u00e9. Et la bipolarisation strat\u00e9gique, anim\u00e9e par les deux blocs, encadrait le fonctionnement du monde. Rien d\u2019essentiel n\u2019\u00e9tait impr\u00e9visible.<\/p>\n<p>A la fin du XX\u00e8me si\u00e8cle, le monde a connu de grands bouleversements\u00a0: dislocation &#8211; elle-m\u00eame inattendue &#8211; du syst\u00e8me sovi\u00e9tique, mont\u00e9e des \u00e9conomies \u00e9mergentes (Chine notamment), enrichissement des pays p\u00e9troliers devenus rentiers. Ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 la disparition de l\u2019unit\u00e9, certes formelle, du tiers-monde.<\/p>\n<p>Par ailleurs, d\u00e8s 1973, l\u2019accumulation aux Etats-Unis des d\u00e9s\u00e9quilibres budg\u00e9taires et des paiements ext\u00e9rieurs \u00e9taient les signes pr\u00e9curseurs d\u2019un certain essoufflement de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine face \u00e0 la mont\u00e9e des \u00e9conomies japonaise et europ\u00e9enne. Mais, l\u2019adh\u00e9sion des USA \u00a0dans les ann\u00e9es 1980 au paradigme n\u00e9o-lib\u00e9ral et l\u2019autodestruction de l\u2019URSS en 1991 ont permis aux Am\u00e9ricains de remonter au cr\u00e9neau, de consolider leur leadership \u00e9conomique et g\u00e9opolitique et de s\u2019imposer ainsi \u00a0comme une \u00ab\u00a0hyperpuissance\u00a0\u00bb (V\u00e9drine). Le monde\u00a0 est devenu unipolaire pour deux d\u00e9cennies.<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019impr\u00e9visible, devenue une constante<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le 11 septembre 2001, \u00a0cataclysme in\u00e9dit, est le r\u00e9v\u00e9lateur de la mont\u00e9e d\u2019une radicalit\u00e9 islamique et de la naissance d\u2019une nouvelle conflictualit\u00e9 fond\u00e9e sur des antagonismes identitaires et religieux. Cette r\u00e9ponse radicale pr\u00e9tendait protester contre l\u2019h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine, source d\u2019humiliations (la question palestinienne) et d\u2019exacerbation des asym\u00e9tries dans le monde.<\/p>\n<p>La crise \u00e9conomique de 2008 n\u2019\u00e9tait pas non plus annonc\u00e9e. Elle a cependant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les d\u00e9rives de la mondialisation par la financiarisation abusive de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et l\u2019accentuation des in\u00e9galit\u00e9s sociales produites par la supr\u00e9matie du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>La nouvelle crise de 2020 produite par la pand\u00e9mie Covid-19, n\u2019\u00e9tait pas non plus pr\u00e9vue. Elle a mis le monde \u00e0 genou et a d\u00e9montr\u00e9 l\u2019infinie fragilit\u00e9 de l\u2019Homme en cette phase avanc\u00e9e de la mondialisation. La crise sanitaire a impos\u00e9 un confinement plan\u00e9taire et conduit \u00e0 la crise \u00e9conomique. Parce que n\u00e9e au c\u0153ur du plus important atelier de Chine (Wuhan), elle a bris\u00e9 les chaines de valeur mondiales d\u00e8s leur naissance et mis\u00a0 l\u2019\u00e9conomie mondiale \u00e0 l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>En deux d\u00e9cennies, les deux premi\u00e8res du XXI\u00e8me si\u00e8cle, \u00a0le r\u00e8gne de l\u2019impr\u00e9visible s\u2019est install\u00e9, r\u00e9v\u00e9lant la fragilit\u00e9 de notre monde mondialis\u00e9 mais incapable d\u2019anticipation.<\/p>\n<p><strong><em>Une \u00e9preuve \u2026 stimulante<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Parce qu\u2019elle est \u00e9norme, cette troisi\u00e8me crise peut \u00eatre stimulante et une bonne occasion pour inciter les grands acteurs \u00e0 jeter les bases et construire progressivement un \u00ab\u00a0nouvel ordre mondial\u00a0\u00bb, celui qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 mis en place ni apr\u00e8s la\u00a0 disparition de l\u2019URSS, ni apr\u00e8s la crise \u00e9conomique de 2008. Un ordre nouveau n\u2019implique non \u00a0seulement des changements dans le mode de gouvernance mondiale, mais aussi et surtout des refondations et des mutations pour y introduire de nouveaux centres d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0: pr\u00e9servation de la vie, meilleur partage des ressources et sauvegarde de l\u2019environnement.<\/p>\n<p>La sortie de la crise actuelle constitue donc une opportunit\u00e9 et un moment de projection sur l\u2019avenir pour en g\u00e9rer \u00e0 court terme les cons\u00e9quences et, \u00e0 partir de l\u00e0, b\u00e2tir un monde nouveau.<\/p>\n<p>Cela implique la gestion de certains arbitrages \u00e0 travers l\u2019interf\u00e9rence entre les enjeux et les d\u00e9fis avec id\u00e9alisme, certes, mais aussi r\u00e9alisme.<\/p>\n<p>La sortie de la crise sanitaire consacre au niveau de la politique \u00e9conomique un retour au keyn\u00e9sianisme comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas en 1930 et en 1945. Se pose alors la question\u00a0de savoir comment relancer les \u00e9conomies et syst\u00e8mes productifs tout en g\u00e9rant un endettement en constante augmentation malgr\u00e9 le niveau particuli\u00e8rement bas des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat directeurs. Si l\u2019UE semble chercher une r\u00e9ponse\u00a0 dans la mutualisation de l\u2019endettement des pays membres dans le cadre d\u2019une solidarit\u00e9 r\u00e9gionale, un v\u00e9ritable consensus sur le mode de remboursement des dettes qui accorderait\u00a0 un int\u00e9r\u00eat particulier aux pays en d\u00e9veloppement et aux pays pauvres n\u00e9 d\u2019une grande concertation internationale, pourrait \u00eatre LA solution. Car partout dans le monde, le remboursement de leurs dettes mettra les Etats face \u00e0 de grands dilemmes \u00e9tant donn\u00e9 les difficult\u00e9s d\u2019accroitre la pression fiscale, de retourner \u00e0 la pratique de la rigueur budg\u00e9taire ou encore de restructurer la dette. La reprise attendue de la consommation des m\u00e9nages qui ont vu leur \u00e9pargne &#8211; forc\u00e9e et\/ou de pr\u00e9caution &#8211; augmenter durant le confinement, contribuera certainement \u00e0 celle\u00a0 de l\u2019\u00e9conomie. La concertation internationale devrait cibler la relance de l\u2019\u00e9conomie, laquelle contribuerait \u00e0 trouver une solution \u00e0 l\u2019endettement.<\/p>\n<p>Le rebondissement de l\u2019\u00e9conomie pourrait \u00eatre au rendez-vous en 2021 si tous les pays r\u00e9ussissent leur d\u00e9confinement car cette crise, unique en son genre, est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00a0le produit du confinement. \u00a0Contrairement \u00e0 la crise de 2008, elle n\u2019est n\u00e9e ni d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre au niveau de l\u2019offre (pas de choc de surproduction), ni de l\u2019effondrement \u00a0de la demande. De plus, la situation des banques est aujourd\u2019hui beaucoup plus saine qu\u2019en 2009 et les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat directeurs se situent \u00e0 un niveau particuli\u00e8rement bas.<\/p>\n<p>Certains syst\u00e8mes politiques nationaux peuvent \u00eatre tent\u00e9s, \u00e0 la sortie de la crise sanitaire, de revenir sur les pratiques d\u00e9mocratiques pour promouvoir plus de centralisation, d\u2019introversion, de populisme, voire d\u2019absolutisme. Car, comme le rappelle tr\u00e8s justement Edgar Morin \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9pid\u00e9mie est une aventure incertaine\u00a0\u00bb qui permet le d\u00e9veloppement des forces du pire et du meilleur. Ainsi, la sortie de la crise sera un moment de choix entre le \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0mal\u00a0\u00bb. La crise de 1929 a produit en Europe le fascisme qui a conduit \u00e0 la seconde guerre mondiale. Celle de 2008 a encourag\u00e9 la mont\u00e9e du populisme et de la violence et a favoris\u00e9 plusieurs r\u00e9gressions sociales et culturelles. Par contre la seconde guerre mondiale a favoris\u00e9 le pluralisme autant politique qu\u2019\u00e9conomique en Occident et a contribu\u00e9 \u00e0 mettre fin au pacte colonial.<\/p>\n<p>Les questions pos\u00e9es durant la crise sanitaire vont-elles conduire \u00e0 des r\u00e9visions des choix en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique pour tourner le dos \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme, au court-termisme et \u00e0 la recherche du seul profit, pour accorder plus d\u2019int\u00e9r\u00eat aux besoins fondamentaux de l\u2019homme (sant\u00e9, \u00e9ducation) et pour privil\u00e9gier la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique et la r\u00e9alisation de plus d\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale\u00a0? Ou bien, assistera-t-on, quand le p\u00e9ril sera pass\u00e9, au retour aux pratiques anciennes\u00a0?<\/p>\n<p>Il est important de scruter l\u2019\u00e9volution des rapports post-Covid-19 entre les Etats-Unis et la Chine, domin\u00e9s par les p\u00e9rip\u00e9ties de la guerre commerciale qui les oppose. L\u2019administration am\u00e9ricaine a, en effet, d\u00e9clench\u00e9 de nouvelles hostilit\u00e9s, en pointant la responsabilit\u00e9 de la Chine dans la propagation de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 travers le monde. Les autorit\u00e9s chinoises, de leur c\u00f4t\u00e9, insistent sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 de leur syst\u00e8me sanitaire, sur ses succ\u00e8s et sa capacit\u00e9 \u00e0\u00a0 juguler les effets de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Malgr\u00e9 cette tension,\u00a0 les deux pays\u00a0 ont affirm\u00e9 leur volont\u00e9 (8 mai 2020) \u00e0 mettre en application le premier accord commercial (sign\u00e9 le 15 janvier 2020) pour att\u00e9nuer le conflit qui les oppose. Les deux parties aux tissus productifs interd\u00e9pendants ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 r\u00e9soudre ce conflit et \u00e0 participer \u00e0 la relance de l\u2019\u00e9conomie mondiale, sinistr\u00e9e.<\/p>\n<p>Le post-Covid-19 permettra aux pays qui ont d\u00e9montr\u00e9 une grande coh\u00e9rence dans la gestion de la crise sanitaire de prendre une avance dans la construction du monde de demain. C\u2019est le cas en Asie de la Chine, de la Cor\u00e9e du sud, de Singapour et du Japon. C\u2019est le cas de l\u2019Allemagne et des pays de l\u2019Europe du nord. L\u2019UE elle-m\u00eame semble avoir r\u00e9ussi \u00e0 construire un front uni dans la recherche d\u2019une mutualisation des dettes et la promotion dans la recherche scientifique et m\u00e9dicale. Dans ce cadre Macron et Merkel\u00a0 ont propos\u00e9 un plan de relance pour l\u2019Europe de 500 milliards d\u2019euros que\u00a0 la Commission emprunterait sur les march\u00e9s financiers.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution des rapports de force dans le monde permettra certainement, apr\u00e8s la crise, au p\u00f4le asiatique d\u2019am\u00e9liorer sa position, plus encore qu\u2019apr\u00e8s 2008. Ira-t-on vers plus de confrontations ou, au contraire, les grands acteurs au sein des G7 et G20 profiteront-ils de l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019interd\u00e9pendance entre leurs tissus productifs pour faire avancer la concertation n\u00e9cessaire \u00e0 la reprise \u00e9conomique\u00a0? Les membres permanents au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU ne devront-ils pas ouvrir un dialogue pour permettre au monde de trouver une certaine s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et att\u00e9nuer les conflits qui l\u2019agitent (au Moyen-Orient, au sud de la M\u00e9diterran\u00e9e et en Afrique)\u00a0? La gestion du dossier \u00e9nerg\u00e9tique entre les grands pays producteurs de p\u00e9trole (USA, Russie, Arabie Saoudite) et les grandes compagnies mondiales ne doit-elle pas tenir compte de la n\u00e9cessaire promotion de l\u2019\u00e9conomie verte pour sauver l\u2019environnement du r\u00e9chauffement climatique\u00a0? Questions importantes, qui auront un impact sur les politiques publiques\u00a0 \u00e0 venir lesquelles devront \u00a0arbitrer entre le court et le long termes, les exigences sociales et \u00e9conomiques et les imp\u00e9ratifs environnementaux.<\/p>\n<p>Le monde a besoin d\u2019une r\u00e9elle s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, d\u2019un nouvel ordre, d\u2019une nouvelle coh\u00e9rence et d\u2019une refondation en termes de mode de gouvernance et de centres d\u2019int\u00e9r\u00eat. Donc d\u2019une grande concertation autour des questions\u00a0: sant\u00e9, \u00e9conomie, environnement. Il est ainsi n\u00e9cessaire de redonner un nouveau souffle au multilat\u00e9ralisme, d\u00e9stabilis\u00e9 par les cons\u00e9quences de la crise de 2008 (protectionnisme, mont\u00e9e des \u00e9go\u00efsmes, populisme), mais aussi par les changements dans les rapports de force (mont\u00e9e de la Chine) et par la n\u00e9gation de l\u2019exacerbation des in\u00e9galit\u00e9s et des injustices politiques (la question palestinienne). Cela implique que toutes les parties reconnaissent que le monde de demain doit devenir multipolaire. Son fonctionnement doit tenir compte de l\u2019apport de tous les pays, de toutes les grandes cultures et de toutes les civilisations. Un monde de partage, de solidarit\u00e9 et d\u2019\u00e9quilibre, un monde plus apais\u00e9 donc, \u00a0capable d\u2019anticiper et de maitriser l\u2019impr\u00e9vu.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019approche de coop\u00e9ration n\u2019interdira pas la comp\u00e9tition. Le monde de demain sera \u00e9crit par ceux qui domineront le big data, le num\u00e9rique et l\u2019intelligence artificielle. Le confinement a donn\u00e9 d\u2019ailleurs un \u00e9lan formidable \u00e0 la digitalisation. Et les grandes compagnies am\u00e9ricaines (GAFAM) et chinoises (BATHX) sortiront encore plus fortes de l\u2019\u00e9preuve Covid-19.<\/p>\n<p>C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la technologie que la mondialisation restera actuelle. Il n\u2019y aura pas de mouvement de d\u00e9mondialisation. Le stade avanc\u00e9 des progr\u00e8s technologiques et les interd\u00e9pendances entre les complexes productifs interdiront tout retour en arri\u00e8re. Mais il est important et aujourd\u2019hui opportun de commencer \u00e0 corriger cette mondialisation.<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019Afrique au c\u0153ur de la refondation<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Parmi les le\u00e7ons \u00e0 tirer de la crise sanitaire, il y a le besoin des pays \u00e0 r\u00e9duire leur d\u00e9pendance\u00a0 vis-\u00e0-vis du lointain. La r\u00e9gionalisation aura tendance \u00e0 s\u2019affirmer et \u00e0 s\u2019approprier les chaines de valeur. C\u2019est l\u2019occasion pour l\u2019Europe de s\u2019ouvrir sur sa proximit\u00e9 sud-m\u00e9diterran\u00e9enne et africaine pour construire avec elle un p\u00f4le nouveau autour de la centralit\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019Afrique constitue une opportunit\u00e9 et non un handicap pour un monde en refondation. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 durement affect\u00e9e par la pand\u00e9mie. C\u2019est heureux, sa fragilit\u00e9 structurelle ne lui aurait pas permis d\u2019en bien g\u00e9rer les effets. Elle n\u2019en a pas moins subi les cons\u00e9quences de la r\u00e9cession mondiale, de la baisse de la demande de mati\u00e8res premi\u00e8res et d\u2019hydrocarbures et de la chute des revenus des migrants et du tourisme.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle, l\u2019Afrique est devenue l\u2019objet de convoitises de la part des grandes puissances \u00e9conomiques et de la Chine, grande importatrice des mati\u00e8res premi\u00e8res, son principal partenaire commercial. Elle remplit dor\u00e9navant le r\u00f4le de relai dans la strat\u00e9gie chinoise \u00ab\u00a0la route et la ceinture\u00a0\u00bb dans son cheminement maritime vers l\u2019Europe.<\/p>\n<p>La probl\u00e9matique du sous-d\u00e9veloppement du continent, produit de la mondialisation, prend au XXI\u00e8me si\u00e8cle un aspect particulier du fait du dynamisme d\u00e9mographique qu\u2019il connait. Durant ce si\u00e8cle, l\u2019Afrique sera le seul continent\u00a0 dont la population continuera d\u2019augmenter pour atteindre, selon les d\u00e9mographes, 40% de la population mondiale en 2100. Cette croissance d\u00e9mographique est un grand d\u00e9fi \u00e0 la fois pour les pays africains eux-m\u00eames et pour le monde en raison de ses cons\u00e9quences en termes d\u2019urbanisation et d\u2019exacerbation de la pauvret\u00e9 et de la pression sur les flux migratoires. Mais, elle est porteuse d\u2019espoir et d\u2019atouts parce qu\u2019elle pourrait se traduire par l\u2019\u00e9largissement de la sph\u00e8re des classes moyennes et le d\u00e9veloppement d\u2019opportunit\u00e9s pour les Africains de s\u2019approprier les outils de la nouvelles r\u00e9volution technologique.<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s Covid-19 pose le probl\u00e8me \u00e0 court terme de l\u2019endettement des pays africains qui ne peut \u00eatre r\u00e9solu que dans la cadre d\u2019une concertation internationale entre les pourvoyeurs occidentaux et chinois de financements ext\u00e9rieurs (le G20 a recommand\u00e9 la suspension du remboursement des services de la dette pour une ann\u00e9e). A moyen terme, l\u2019Afrique doit am\u00e9liorer ses performances dans le domaine agricole, l\u2019\u00e9largissement de ses march\u00e9s domestiques, la mise en place de la zone de libre-\u00e9change continentale, la promotion de l\u2019\u00e9lectrification et la r\u00e9alisation de grands progr\u00e8s en mati\u00e8re de formation. Tout cela ne peut se faire sans progr\u00e8s r\u00e9el dans la gouvernance politique des pays. Le challenge essentiel est d\u2019arriver \u00e0 diversifier les tissus productifs dans toutes les r\u00e9gions du continent pour lui permettre de mieux n\u00e9gocier sa position dans les chaines de valeur mondiales.<\/p>\n<p>Pour une refondation r\u00e9ussie de la mondialisation, l\u2019Afrique doit \u00eatre au c\u0153ur des nouveaux centres d\u2019int\u00e9r\u00eat des politiques publiques\u00a0: sant\u00e9, \u00e9quit\u00e9, environnement. Elle saura alors d\u00e9montrer sa capacit\u00e9 \u00e0 maitriser ses rapports avec toutes les grandes puissances et \u00e0 construire, dans la cadre de la multipolarit\u00e9 future et dans une approche de r\u00e9gionalisation avec l\u2019Europe voisine, une zone de coproduction et une verticale Afrique-Europe avec un nouveau centre de rayonnement\u00a0: le M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Maroc, qui appartient \u00e0 cette aire afro-euro-m\u00e9diterran\u00e9enne aura certainement \u00e0 \u00eatre actif dans cette approche r\u00e9gionale<\/p>\n<p><em>(mai 2020)<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mondialisation avanc\u00e9e et impr\u00e9visibilit\u00e9 \u00a0 Fathallah Oualalou Senior fellow. Policy Center for the New South &#8211; PCNS. Auteur de \u00ab\u00a0La mondialisation et nous, le sud dans le grand chamboulement\u00a0\u00bb. La<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":13561,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[23],"tags":[],"class_list":["post-13560","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news-room"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13560","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13560"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13560\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13561"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13560"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13560"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13560"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}