{"id":17188,"date":"2024-01-16T15:03:36","date_gmt":"2024-01-16T14:03:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/?p=17188"},"modified":"2024-01-16T15:04:12","modified_gmt":"2024-01-16T14:04:12","slug":"loccident-au-risque-du-sud-global-un-nouveau-pacte-financier-nord-sud-est-il-possible-t-1560","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/loccident-au-risque-du-sud-global-un-nouveau-pacte-financier-nord-sud-est-il-possible-t-1560\/","title":{"rendered":"L\u2019Occident au risque du Sud global ? &#8211; Un nouveau pacte financier Nord-Sud est-il possible ? (T 1560)"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019id\u00e9e qu\u2019il faille \u00ab\u00a0penser la gouvernance mondiale\u00a0\u00bb et singuli\u00e8rement la gouvernance financi\u00e8re mondiale est commun\u00e9ment attach\u00e9e \u00e0 la France. Notre pays a \u00e9t\u00e9 dans les ann\u00e9es\u00a01970 \u00e0 l\u2019origine du G5 \u2013\u00a0r\u00e9uni pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Rambouillet en 1975\u00a0\u2013 devenu tr\u00e8s vite G7, sommet des pays les plus industrialis\u00e9s, et plus bri\u00e8vement G8 avec l\u2019addition de la Russie jusqu\u2019en 2014 et l\u2019invasion de la Crim\u00e9e. Il a plus tard, apr\u00e8s la crise financi\u00e8re de 2008, jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important dans la transformation du G20, jusque-l\u00e0 r\u00e9union des ministres des Finances, en un sommet des chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement. Et depuis, nous militons pour travailler \u00e0 la r\u00e9forme de ce syst\u00e8me financier international. Et ce, encore r\u00e9cemment avec le sommet convoqu\u00e9 en juin\u00a02023 \u00e0 Paris par le pr\u00e9sident Emmanuel Macron pour discuter des termes d\u2019un \u00ab\u00a0nouveau pacte financier mondial\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le monde G7 a longtemps dict\u00e9 l\u2019agenda financier international, qu\u2019il se soit agi des changes \u2013\u00a0on se souvient des Accords du Plaza et du Louvre en\u00a01985 et\u00a01987, ou des objectifs assign\u00e9s aux institutions financi\u00e8res internationales, au premier chef Banque mondiale et Fonds mon\u00e9taire international (FMI), en particulier pendant les grandes crises r\u00e9gionales, en Am\u00e9rique latine ou en Asie, comme au moment de l\u2019effondrement de l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Ce monde n\u2019est plus et le monde G20 n\u2019a pas encore \u00e9merg\u00e9 sous une forme v\u00e9ritablement organis\u00e9e. Certains comme Ian Bremmer, le fondateur du\u00a0<em>Eurasia Institute<\/em>, parlent de GZero pour illustrer le d\u00e9litement complet de toute forme de gouvernance. D\u2019autres parlent de G2 pour souligner le poids r\u00e9el et complexe du\u00a0<em>condominium<\/em>\u00a0sino-am\u00e9ricain. J\u2019ai m\u00eame entendu un dirigeant indien utiliser l\u2019expression \u00ab\u00a0G-2\u00a0\u00bb (lire G moins 2) pour mettre en exergue le caract\u00e8re destructeur et non align\u00e9 de cet \u00e9quilibre suppos\u00e9 \u00e0 deux.<\/p>\n<h2><strong>2015, un tournant<\/strong><\/h2>\n<p>J\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre t\u00e9moin et acteur de ces transitions comme directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Banque mondiale entre\u00a02013 et\u00a02016 pendant la p\u00e9riode de r\u00e9solution de la crise financi\u00e8re mondiale et au moment de la mise en route du nouveau G20 et du\u00a0<em>Financial Stability Board<\/em>, organe supr\u00eame de la r\u00e9gulation financi\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment cr\u00e9\u00e9 en r\u00e9ponse \u00e0 cette crise. Comme beaucoup, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sensible en septembre\u00a02015, \u00e0 la poign\u00e9e de main, jug\u00e9e historique, entre Barack Obama et Xi\u00a0Jinping. J\u2019ai eu, avec beaucoup d\u2019autres, le sentiment que cette poign\u00e9e de main marquait le d\u00e9but d\u2019une nouvelle \u00e8re de coop\u00e9ration internationale quelques semaines avant le Sommet de Paris sur le Climat. J\u2019ai cru que cette poign\u00e9e de main \u00e9tait le signal de la mise en ordre de bataille. Qu\u2019elle nous entra\u00eenait sur la voie d\u2019une \u00e9conomie qui soit v\u00e9ritablement durable, inclusive et r\u00e9siliente, conform\u00e9ment aux accords adopt\u00e9s \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies \u00e0 New\u00a0York, ce m\u00eame mois de septembre\u00a02015. C\u2019\u00e9tait une erreur de perspective.<\/p>\n<p>Cette poign\u00e9e de main ne signait pas l\u2019entr\u00e9e dans une nouvelle \u00e8re. Elle \u00e9tait plut\u00f4t une poign\u00e9e de main d\u2019adieu \u00e0 la p\u00e9riode ouverte 26\u00a0ans auparavant avec la chute du mur de Berlin. D\u2019une certaine mani\u00e8re, elle marquait la fin de \u00ab\u00a0la fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb. Six mois plus tard, le Royaume-Uni choisissait le\u00a0<em>Brexit<\/em>. Un an apr\u00e8s, Donald Trump \u00e9tait \u00e9lu Pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis. Et quelques mois plus tard, le 19<sup>e<\/sup>\u00a0Congr\u00e8s du Parti communiste chinois ent\u00e9rinait une posture plus affirmative de la Chine dans les relations internationales. Les lignes de front se multipliaient. Les pr\u00e9mices \u00e9taient pourtant visibles. En 2014, les pays qu\u2019on appelait\u00a0<em>BRICS<\/em>\u00a0\u2013\u00a0acronyme forg\u00e9 en 2001 par Jim O\u2019Neill, \u00e9conomiste de Goldman Sachs\u00a0\u2013, soit le Br\u00e9sil, la Russie, l\u2019Inde, la Chine et l\u2019Afrique du Sud cr\u00e9aient la Banque des\u00a0<em>BRICS<\/em>, de son vrai nom la\u00a0<em>New Development Bank<\/em>. Bas\u00e9e \u00e0 Shangha\u00ef, elle est aujourd\u2019hui pr\u00e9sid\u00e9e par l\u2019ancienne Pr\u00e9sidente du Br\u00e9sil (2011-2016) Dilma Rousseff. La m\u00eame ann\u00e9e, la Chine cr\u00e9ait l\u2019<em>Asian Infrastructure Investment Bank<\/em>\u00a0(<em>AIIB<\/em>) \u2013\u00a0dont la France et les pays europ\u00e9ens sont tous devenus rapidement actionnaires, mais pas les \u00c9tats-Unis\u00a0\u2013 pour, entre autres, faire contrepoids \u00e0 la Banque mondiale. Le syst\u00e8me financier international \u00e9tait d\u00e9fi\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur, mais apparemment en bonne intelligence. J\u2019avais d\u2019ailleurs alors approuv\u00e9 cette cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Le message \u00e9tait clair de la part des fondateurs de ces institutions\u00a0: apr\u00e8s la guerre en Irak et apr\u00e8s la crise financi\u00e8re, d\u2019autres outils \u00e9taient n\u00e9cessaires et un r\u00e9\u00e9quilibrage du syst\u00e8me devait \u00eatre obtenu, si ce n\u2019est de l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me, alors \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Les tactiques externes et internes devaient d\u2019ailleurs se compl\u00e9ter. Ces outils demeurent aujourd\u2019hui et sont r\u00e9guli\u00e8rement mis en avant. Encore r\u00e9cemment avec le Sommet des\u00a0<em>BRICS<\/em>\u00a0qui s\u2019est tenu en Afrique du Sud en ao\u00fbt\u00a02023 et qui a vu l\u2019\u00e9largissement de ce groupe \u00e0 6\u00a0nouveaux pays\u00a0<a href=\"https:\/\/www.defnat.com\/e-RDN\/vue-tribune.php?ctribune=1670#(1)\"><sup>(1)<\/sup><\/a>. Ce sommet comme le Sommet du G20 en Inde qui lui a succ\u00e9d\u00e9 en septembre ont \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de souligner, s\u2019il en \u00e9tait besoin, un certain nombre de lignes de fractures entre ce que certains apr\u00e8s Niall Ferguson ont appel\u00e9 \u00ab\u00a0<em>The West and the Rest<\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019Occident et le reste du monde. Ces lignes de fractures, qui sont devenues de plus en plus visibles depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, se sont aggrav\u00e9es apr\u00e8s la crise financi\u00e8re, occidentale mais support\u00e9e de fait par tous, puis avec la crise sanitaire, puis avec les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient et leurs cons\u00e9quences sociales et \u00e9conomiques mondiales. Il est difficile de ne pas penser dans ce contexte \u00e0 ce que faisait dire Marguerite Yourcenar \u00e0 l\u2019empereur, dans les\u00a0<em>M\u00e9moires d\u2019Hadrien<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aurais voulu reculer le plus possible, \u00e9viter s\u2019il se peut, le moment o\u00f9 les Barbares au-dehors et les esclaves au-dedans se rueront sur un monde qu\u2019on leur demande de respecter de loin ou de servir d\u2019en bas, mais dont les b\u00e9n\u00e9fices ne sont pas pour eux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les tensions aujourd\u2019hui se cristallisent sur de nombreux fronts. La gouvernance financi\u00e8re mondiale est devenue \u00e0 la fois le symbole et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, l\u2019exutoire du ressenti comme des ressentiments des uns et des autres. \u00c9videmment. Ce que l\u2019on appelle le\u00a0<em>Global South<\/em>, le \u00ab\u00a0Sud global\u00a0\u00bb, est encore largement une vue de l\u2019esprit, un concept. Et, il y a peu en commun, au fond, entre ses principaux constituants. Ils se retrouvent n\u00e9anmoins sur une ligne \u2013\u00a0qualifi\u00e9e parfois de d\u00e9sinhib\u00e9e\u00a0\u2013 qui demande un r\u00e9examen d\u2019un syst\u00e8me financier international o\u00f9 ils jugent ne pas avoir toute leur place. Ni dans la repr\u00e9sentation de leurs int\u00e9r\u00eats, ni dans les m\u00e9canismes de d\u00e9cision. Alors m\u00eame que la plan\u00e8te s\u2019est donn\u00e9e des objectifs universels en 2015 \u2013\u00a0avec l\u2019adoption du partenariat pour le d\u00e9veloppement \u00e0 Addis-Abeba en juillet, avec l\u2019adoption des Objectifs de d\u00e9veloppement durable (ODD) \u00e0 New\u00a0York en septembre\u00a0<a href=\"https:\/\/www.defnat.com\/e-RDN\/vue-tribune.php?ctribune=1670#(2)\"><sup>(2)<\/sup><\/a>, et avec les Accords de Paris sur le climat en d\u00e9cembre\u00a0\u2013, que ces objectifs requi\u00e8rent un travail en commun, de longue haleine et en confiance, le message qui est envoy\u00e9 Sommet apr\u00e8s Sommet est un message de d\u00e9fiance et de demande de preuve. \u00ab\u00a0<em>Show me the money<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Montrez-moi l\u2019argent\u00a0\u00bb). Cette demande se fait entendre \u00e0 chaque\u00a0<em>COP<\/em>\u00a0ou autour de chaque trait\u00e9. 100\u00a0Md est devenu le \u00ab\u00a0tarif syndical\u00a0\u00bb de la n\u00e9gociation internationale, attendu en paiement du Nord pour le Sud, qu\u2019il s\u2019agisse de climat ou biodiversit\u00e9. Quand bien m\u00eame ce montant reste bien insuffisant face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9fi. Au fond, beaucoup des pays de ce Sud global disent ne plus supporter \u00ab\u00a0les le\u00e7ons de morale\u00a0\u00bb (et parlent de plus en plus de \u00ab green colonialism \u00bb). Que cette morale prenne la forme de normes environnementales ou sociales, ou d\u2019injonction politique. Alors m\u00eame que ces le\u00e7ons ou attentes ne sont pas accompagn\u00e9es des transferts financiers n\u00e9cessaires \u00e0 leur d\u00e9veloppement, que ces transferts soient publics ou priv\u00e9s. Un chef d\u2019\u00c9tat africain me disait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Vous avez un probl\u00e8me avec la Russie, vous avez un probl\u00e8me avec la Chine\u00a0? Moi j\u2019ai un probl\u00e8me avec mon pays et c\u2019est \u00e7a l\u2019ordre de mes priorit\u00e9s. Je ne vais pas m\u2019aligner avec vous si vous ne m\u2019aidez pas dans mon pays\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous pouvons d\u00e9battre de la r\u00e9alit\u00e9 de ce sentiment ou de cette posture. Mais, au fond, le message qui s\u2019est exprim\u00e9 \u00e0 Paris en juin\u00a02023 \u00e9tait assez simple\u00a0: nous vivons dans un syst\u00e8me international qui a \u00e9t\u00e9 largement pens\u00e9 et construit en 1944-1945 avec les Accords de Bretton Woods et la mise en place des Nations unies, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 seuls 50\u00a0pays ont sign\u00e9 et \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 pas plus le climat que la pauvret\u00e9 n\u2019\u00e9taient objets de discussion. Il s\u2019agissait de reconstruire le monde, et en particulier l\u2019Europe, apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. De fait, les probl\u00e9matiques d\u2019aujourd\u2019hui comme la multiplication par quatre du nombre de pays qui participe au syst\u00e8me questionnent, 80\u00a0ans apr\u00e8s, le syst\u00e8me initial m\u00eame amend\u00e9 depuis comme il l\u2019a \u00e9t\u00e9, notamment apr\u00e8s la chute du mur de Berlin. La demande est simple\u00a0: il faut reconstruire, reb\u00e2tir, repenser, refonder les accords qui nous unissent. La difficult\u00e9 est que nous ne sommes pas en 1945, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un conflit mondial avec une puissance dominante des \u00c9tats-Unis pour tenir la plume. Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas de ma\u00eetre du monde et r\u00e9former \u00e0 froid un syst\u00e8me o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats ne sont pas imm\u00e9diatement align\u00e9s rel\u00e8ve, dans l\u2019\u00e9tat de la coop\u00e9ration internationale que nous connaissons aujourd\u2019hui, de la gageure.<\/p>\n<p>En 2015, alors que les grands accords mentionn\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9taient sign\u00e9s, j\u2019ai pilot\u00e9 la publication d\u2019un rapport appel\u00e9 \u00ab\u00a0<em>From billions to trillions<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0<a href=\"https:\/\/www.defnat.com\/e-RDN\/vue-tribune.php?ctribune=1670#(3)\"><sup>(3)<\/sup><\/a>. Celui-ci faisait simplement le constat que, dans une \u00e9conomie mondiale pesant de l\u2019ordre de 100\u00a0000\u00a0Md\u00a0$ (100\u00a0Trillions) dont on voulait changer la trajectoire, il \u00e9tait important de mobiliser les moyens ad\u00e9quats, soit plusieurs milliers de milliards de dollars chaque ann\u00e9e. Or, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, comme aujourd\u2019hui, les montants dont on parle pour cela sont limit\u00e9s et se comptent en milliards (<em>Billions<\/em>). Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019aide publique au d\u00e9veloppement (150\u00a0Md \u00e0 l\u2019\u00e9poque, 200 aujourd\u2019hui), qu\u2019il s\u2019agisse des 100\u00a0Md discut\u00e9s\u00a0<em>COP<\/em>\u00a0apr\u00e8s\u00a0<em>COP<\/em>\u00a0mentionn\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, que les pays avanc\u00e9s doivent transf\u00e9rer aux pays du Sud pour favoriser leur transition climatique ou qu\u2019il s\u2019agisse de la force de frappe combin\u00e9e des organisations financi\u00e8res internationales, dont le FMI et la Banque mondiale, il appara\u00eet un sujet massif d\u2019ordre de grandeur entre l\u2019objectif et les moyens mobilis\u00e9s. Et c\u2019est bien d\u2019un changement radical qu\u2019il s\u2019agit. En 2015, les accords ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s sans qu\u2019ils se soient pass\u00e9s beaucoup de temps sur les moyens n\u00e9cessaires, ni sur le syst\u00e8me qu\u2019il convenait d\u2019am\u00e9liorer pour mobiliser les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9alisation des objectifs. Quelques ann\u00e9es plus tard, on s\u2019aper\u00e7oit \u00e9videmment que le compte n\u2019y est pas.<\/p>\n<h2><strong>2023, un nouvel \u00e9lan<\/strong><\/h2>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que le Sommet de Paris des 22 et 23\u00a0juin\u00a02023 est convoqu\u00e9 par Emmanuel Macron. Les questions qui se posent sont\u00a0: Doit-on choisir entre le d\u00e9veloppement et le combat contre le changement climatique\u00a0? Doit-on choisir entre le d\u00e9veloppement et l\u2019accession de tous \u00e0 une forme de d\u00e9veloppement durable\u00a0? Ces questions sont plus difficiles qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Treize chefs d\u2019\u00c9tat, dont le Fran\u00e7ais Emmanuel Macron, l\u2019Am\u00e9ricain Joe Biden, le Br\u00e9silien Lula, le Sud-africain Cyril Ramaphosa, le K\u00e9nyan William Ruto et quelques autres signent ensemble un \u00e9ditorial international rappelant qu\u2019il faut une transition climatique qui ne laisse personne au bord du chemin\u00a0<a href=\"https:\/\/www.defnat.com\/e-RDN\/vue-tribune.php?ctribune=1670#(4)\"><sup>(4)<\/sup><\/a>. C\u2019est \u00e9videmment plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire et c\u2019est tout l\u2019enjeu de ce Sommet de poser les questions, mais aussi de commencer \u00e0 apporter quelques r\u00e9ponses en disposant les premiers jalons sur la table. Quatre axes de travail sont choisis.<\/p>\n<p>\u2022\u2002Le 1<sup>er<\/sup>\u00a0chantier est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019architecture financi\u00e8re internationale et notamment \u00e0 la r\u00e9forme de la Banque mondiale et du FMI, \u00e0 la crise de l\u2019endettement ou \u00e0 la r\u00e9allocation des Droits de tirage sp\u00e9ciaux (DTS) au b\u00e9n\u00e9fice des pays \u00e9mergents et en d\u00e9veloppement. Ces chantiers ont progress\u00e9. \u00ab\u00a0Chantiers G7\/G20\u00a0\u00bb, ils ont avanc\u00e9 avant comme pendant le Sommet et continueront \u00e0 avancer apr\u00e8s, comme cela a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 et soulign\u00e9 au Sommet du\u00a0<em>G20<\/em>\u00a0en Inde. Les perspectives sont de moyen \u00e0 long termes. Et les changements envisag\u00e9s sont plut\u00f4t de nature incr\u00e9mentale. Il n\u2019y a pas de\u00a0<em>Big\u00a0Bang<\/em>\u00a0en vue en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>\u2022\u2002Le 2<sup>e<\/sup>\u00a0chantier visait \u00e0 d\u00e9velopper un cadre pour faciliter l\u2019investissement dans les infrastructures durables. C\u2019est un chantier de type\u00a0<em>G20<\/em>\u00a0qui, l\u00e0 aussi, suit son cours, pilot\u00e9 notamment par les institutions de d\u00e9veloppement international multilat\u00e9rales et bilat\u00e9rales.<\/p>\n<p>\u2022\u2002Le 3<sup>e<\/sup>\u00a0chantier avait pour objectif de trouver de nouvelles ressources financi\u00e8res internationales, en revenant sur un sujet auquel j\u2019avais \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 avec Jean-Pierre Landau en 2003, \u00e0 l\u2019initiative du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jacques Chirac\u00a0: la question de la taxation financi\u00e8re internationale\u00a0<a href=\"https:\/\/www.defnat.com\/e-RDN\/vue-tribune.php?ctribune=1670#(5)\"><sup>(5)<\/sup><\/a>. \u00c0\u00a0l\u2019\u00e9poque, nous avions propos\u00e9, et cela a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre, une taxation sur les billets d\u2019avion. Aujourd\u2019hui, les d\u00e9bats portent par exemple sur une taxation du commerce maritime. La question pos\u00e9e en 2023 est la m\u00eame que celle pos\u00e9e en 2004\u00a0: Comment trouve-t-on des ressources pour que \u00ab\u00a0la mondialisation paye pour la mondialisation\u00a0\u00bb, selon la formule du pr\u00e9sident Chirac\u00a0?<\/p>\n<p>\u2022\u2002Le 4<sup>e<\/sup>\u00a0chantier, que j\u2019ai eu l\u2019honneur de copiloter, portait sur le financement du secteur priv\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire des entreprises. Cette question est difficile car elle est encore largement orpheline. On sait qu\u2019il faut cr\u00e9er probablement de l\u2019ordre de 3\u00a0millions d\u2019emplois en Afrique tous les mois. Ces emplois ne pourront \u00eatre cr\u00e9\u00e9s que par un secteur priv\u00e9 vivant et diversifi\u00e9. Nous n\u2019y sommes pas, pas plus en Afrique que dans les autres zones \u00e9mergentes et en d\u00e9veloppement. Le secteur priv\u00e9 est encore largement consid\u00e9r\u00e9 comme un sous-produit du d\u00e9veloppement. Si l\u2019on investit dans les institutions et dans les infrastructures \u2013\u00a0physiques et sociales\u00a0\u2013 le secteur priv\u00e9 suivra. Ce n\u2019est pas la conclusion de nos travaux. Nous souhaitons que le secteur priv\u00e9 soit reconnu comme une n\u00e9cessit\u00e9 dans les pays, qu\u2019il soit reconnu par les organisations de d\u00e9veloppement internationales et nationales comme une priorit\u00e9 pour leurs financements. Et nous souhaitons aussi \u00e9videmment que des flux priv\u00e9s viennent financer ces acteurs priv\u00e9s. Sur ces 3\u00a0axes, les progr\u00e8s \u00e0 envisager sont immenses. Tr\u00e8s rares sont les pays qui ont une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement du secteur priv\u00e9. S\u2019agissant des organisations de d\u00e9veloppement, elles sont encore trop souvent paralys\u00e9es par leur aversion au risque et un probl\u00e8me de confiance vis-\u00e0-vis du secteur priv\u00e9. La difficult\u00e9 est culturelle plus que financi\u00e8re ou de gouvernance. Et ces questions culturelles sont les plus difficiles \u00e0 faire \u00e9voluer. C\u2019est une des priorit\u00e9s du nouveau (juin\u00a02023) pr\u00e9sident de la Banque mondiale, l\u2019Am\u00e9ricano-indien Ajay Banga. Ce sujet illustre bien les tensions qui agitent la plan\u00e8te. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 des normes et des attentes, de l\u2019autre des flux financiers qui ne suivent pas. Et enfin, un syst\u00e8me international qui n\u2019est pas \u00e0 la hauteur des attentes.<\/p>\n<p>Au fond, apr\u00e8s le rapport\u00a0<em>Billions to\u00a0Trillions<\/em>, il faudrait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un rapport \u00ab\u00a0<em>Trillions to\u00a0Millions<\/em>\u00a0\u00bb qui permettrait de voir, une fois les ressources mobilis\u00e9es \u2013\u00a0nous n\u2019y sommes malheureusement pas\u00a0\u2013, comment les allouer de mani\u00e8re efficace, au plus pr\u00e8s du terrain. Comment finalement combiner une approche macro\u00e9conomique ambitieuse avec une approche micro\u00e9conomique r\u00e9aliste\u00a0? Cela suppose de secouer un certain nombre de lignes. Notamment dans l\u2019architecture financi\u00e8re internationale qui doit se repenser \u00e0 la fois comme un lieu o\u00f9 sont trait\u00e9es en confiance des priorit\u00e9s non pas de tel ou tel bloc mais de la plan\u00e8te en son entier et des pays en attente, et comme un lieu o\u00f9 les finances publiques et priv\u00e9es arrivent \u00e0 travailler ensemble, et \u00e0 se mobiliser conjointement. Un lieu o\u00f9, effectivement, on retrouve la possibilit\u00e9 comme les termes d\u2019une discussion. Un lieu qui satisfasse tous les participants et o\u00f9 l\u2019on puisse recr\u00e9er de la confiance \u00e0 un moment o\u00f9 celle-ci est fragilis\u00e9e \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>Il est vrai qu\u2019il est difficile d\u2019envisager ces changements sans penser \u00e0 ouvrir le capot et \u00e0 toucher au moteur. Il ne peut s\u2019agir du changement de la seule carrosserie. C\u2019est particuli\u00e8rement sensible quand on parle de gouvernance\u00a0: un certain nombre de pays souhaitent avoir un plus grand mot \u00e0 dire, que ce soit au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies comme au Conseil d\u2019administration du FMI et de la Banque mondiale. La question est particuli\u00e8rement d\u00e9licate pour la France comme pour la Grande-Bretagne, qui sont peut-\u00eatre les deux pays qui ont potentiellement le plus \u00e0 perdre avec une telle redistribution des cartes, mais qui sont aussi souvent les plus engag\u00e9s et cr\u00e9atifs.<\/p>\n<h2><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p>Nous avons pris des engagements en 2015 tr\u00e8s importants. Il s\u2019agit ni plus ni moins de repenser le logiciel \u00e9conomique de notre plan\u00e8te pour lui faire changer de trajectoire. Il n\u2019est pas s\u00fbr que nous avions bien mesur\u00e9 ce que nous souhaitions \u00e0 cette \u00e9poque. La question qui se pose \u00e0 nous aujourd\u2019hui est de savoir si nous sommes s\u00e9rieux avec ces engagements. Si nous le sommes, il est \u00e9vident que le pacte financier, le pacte de Paris pour la plan\u00e8te et ses habitants propos\u00e9 en juin\u00a02023 est une premi\u00e8re \u00e9tape tr\u00e8s importante. Nous devons collectivement faire face \u00e0 un triple d\u00e9ficit\u00a0: de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d\u2019innovation et de confiance. Alors que la plan\u00e8te se fracture, alors que la d\u00e9fiance se r\u00e9pand, il faut trouver des moyens en confiance de reb\u00e2tir un syst\u00e8me qui nous permette de \u00ab\u00a0faire plan\u00e8te\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de r\u00e9pondre collectivement \u00e0 des d\u00e9fis \u00e9minemment collectifs. La question du climat, par exemple, ne sera r\u00e9solue nulle part si elle n\u2019est pas r\u00e9solue partout. Nous le savons confus\u00e9ment. Cependant, nous restons prisonniers de la double trag\u00e9die des horizons et des communs. La paralysie n\u2019est pas une solution acceptable. Le mouvement est difficile. Il est vrai que quand il n\u2019y a pas de crise nous ne changeons gu\u00e8re et que, quand il y a une crise, nous ne changeons qu\u2019un peu. Peut-\u00eatre qu\u2019apr\u00e8s une crise financi\u00e8re, une crise sociale, une crise sanitaire et une crise g\u00e9opolitique, nous allons \u00eatre capables de repenser le syst\u00e8me sans passer par la case cataclysme. En tout cas, les questions sont pos\u00e9es et on ne peut plus les ignorer. Ce qui est en jeu est notre capacit\u00e9 en tant qu\u2019esp\u00e8ce \u00e0 habiter durablement cette plan\u00e8te au XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et au-del\u00e0. Un nouveau pacte est difficile mais il est indispensable et probablement in\u00e9vitable. \u00c0\u00a0froid ou \u00e0 chaud\u00a0? \u00c0\u00a0suivre.<\/p>\n<p>Read the article, originally published on RDN<\/p>\n<p>https:\/\/www.defnat.com\/e-RDN\/vue-tribune.php?ctribune=1670<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019id\u00e9e qu\u2019il faille \u00ab\u00a0penser la gouvernance mondiale\u00a0\u00bb et singuli\u00e8rement la gouvernance financi\u00e8re mondiale est commun\u00e9ment attach\u00e9e \u00e0 la France. Notre pays a \u00e9t\u00e9 dans les ann\u00e9es\u00a01970 \u00e0 l\u2019origine du G5<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":16078,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[23],"tags":[155],"class_list":["post-17188","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news-room","tag-155"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17188","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17188"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17188\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16078"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17188"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17188"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.worldpolicyconference.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17188"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}