Alain Juillet

Alain Juillet est Président de l’Académie de l’intelligence économique et de l’Association de lutte contre le commerce illicite (ALCCI). Après quelques années comme officier dans les forces spéciales, il a été Directeur du développement du Groupe Pernod Ricard, puis Directeur General d’entreprises agro alimentaires françaises et européennes, avant de terminer comme Directeur général de Marks and Spencer France. Il est aujourd’hui Conseiller senior du Cabinet d’avocats Orrick Huttington Sutcliffe. De 2002 à 2003, Mr Juillet a été directeur du renseignement à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure au Ministère de la Défense, puis Haut responsable chargé de l’intelligence économique dans les services du Premier ministre jusqu’en 2009. En 2010 il a été promu Commandeur de la Legion d’Honneur. Il est aussi professeur dans des écoles de commerce et des universités françaises et étrangères en Intelligence économique, gestion de crise, sécurité et géo-économie.

Vergil Chitac

Sénateur, président de la Délégation roumaine à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Après avoir effectué des missions à bord de différents navires MCM de la marine roumaine, il a poursuivi sa carrière à l’Académie navale, dont il a été commandant de 2010 à 2016. Après avoir pris sa retraite de la marine en 2016, il a été élu sénateur du comté de Constanța, et a été nommé chef de l’équipe roumaine à l’AP-OTAN. Il possède un doctorat en architecture navale et est l’auteur de nombreux manuels et livres, ainsi que d’articles parus dans les annales scientifiques de diverses conférences nationales et internationales.

Pierre M’Pelé

Ambassadeur de Mercy Ships pour l’Afrique, Dr M’Pelé est médecin depuis 1982. Il est spécialisé en épidémiologie, santé publique, maladie infectieuses et en médecine tropicale. Entre 2007 et 2016, Dr M’Pelé a été Représentant résident de l’OMS dans plusieurs pays d’Afrique. Auparavant, il a notamment été président de la ”Society for Aids in Africa” (1995-2005), directeur du programme national de lutte contre le sida au Congo (1987-1998) et directeur du Laboratoire national de santé publique. Dr M’Pelé a publié en février 2019 sa première autobiographie : Itinéraire d’un médecin Africain, du commencement au début de la fin de l’épidémie du Sida en Afrique (éditions Maia France). Il est diplômé de l’Université de Paris.

Robert Dossou

Avocat au Barreau de Paris et actuellement au Barreau du Bénin, Président de l’Association Africaine de Droit International. Il est également membre du curatorium de l’Académie africaine pour la coopération régionale (Maroc) et membre du comité d’honneur de la Fondation René Cassin (France). Ancien Bâtonnier, Robert Dossou a été député, ministre du plan puis ministre des affaires étrangères. Ancien Président de la Cour Constitutionnelle du Bénin, expert-consultant, il a effectué et effectue encore diverses missions pour diverses organisations internationales : ONU, UA, CEDEAO, OIF…etc. Il est arbitre du commerce international. Président du Comité National Préparatoire de la Conférence Nationale du Bénin, il a à son actif plusieurs publications sur la démocratie, les droits de l’homme, la transition démocratique. Ancien enseignant à l’Université de Paris I puis à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC BENIN), doyen honoraire de la Faculté de Droit et Sciences Politiques de l’UAC, il est également membre associé de l’Académie des sciences d’Outre-Mer (France), Grand officier de l’Ordre National du Bénin et Commandeur des Palmes académiques (France).

Vidéo. Michel Foucher : « L’Europe doit venir au monde »

Ambassadeur Michel Foucher, Chaire de Géopolitique mondiale au Collège d’études mondiales de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (Paris). Conseiller de la direction de la prospective du Ministère des Affaires étrangères et européennes. Directeur des études de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (2009 à 2013). Michel Foucher a publié de nombreux ouvrages, dont « L’Europe, un dessein, un destin », éd. Marie B, 2019. Résumé de la vidéo par Joséphine Boucher pour Diploweb.com. 

Venir au monde c’est suivre le conseil de Machiavel qui dit : sortez de chez vous et considérez ceux qui vous entourent. Savoir d’où on vient et ce qui a présidé aux origines de la communauté économique devenue Union européenne fonde aussi une conscience tragique historique puissante. Et demain ? Une passionnante conférence prononcée dans le cadre du Festival géopolitique. Vidéo accompagnée d’un résumé rédigé par Joséphine Boucher pour Diploweb.com.

« L’Europe doit venir au monde » : le titre choisi pour cette conférence porte un double sens. Venir, c’est aller vers mais c’est aussi advenir au monde, puisque l’ouverture nécessaire de l’Europe sera la condition de son existence. Pour illustrer cela, la formule suivante émise par le politologue et diplomate américain Henry Kissinger (1923 – ) semble résumer l’ensemble de la problématique de cette conférence : « L’Europe ne peut pas se couper de sa quête contemporaine pour un ordre mondial en faisant de sa construction interne son objectif géopolitique ultime. »

Venir au monde, c’est confronter et non pas subir et c’est aussi raisonner à une autre échelle que les échelles de référence habituelles. L’enjeu aujourd’hui est d’ajouter une échelle de référence à celles qui ont précédé, à savoir le franco-allemand, l’échelle continentale avec l’élargissement de 2004 ou encore l’euro-méditérranée. Penser la coopération européenne à l’échelle mondiale ne va pas de soi, car sur tous les sujets, les désaccords sont plus importants que les accords. Il faut donc élaborer une revue stratégique de tous les défis d’échelle mondiale pour savoir dans quelle mesure on est en accord ou pas.

Ambassadeur Michel Foucher, Chaire de Géopolitique mondiale au Collège d’études mondiales de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (Paris) Crédit photographique : GEM

S’il est intéressant de parler de géopolitique, il convient aussi de traiter de l’Histoire en revisitant les grands récits fondateurs de la construction européenne. L’historien britannique Tony Judt rappelle à ce titre que pour que l’invention européenne soit possible, « il a fallu que des dirigeants éclairés créent des institutions à vocation prophylactique capables de tenir le passé en respect des nationalismes extrêmes. L’Europe post-nationale, pacifique et coopérative de nos Etats Providence n’est pas née du projet optimiste qu’imaginent aujourd’hui de manière rétrospective les euro-idéalistes. La construction européenne est la fille vulnérable de l’angoisse. » Telle est la matrice fondatrice du projet européen, qu’il ne faut pas oublier aujourd’hui. En effet, depuis le premier jour, dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la construction européenne s’est développée dans un contexte mondial. Véritable club de vaincus mis à part les Britanniques, la construction européenne est énoncée dans ses principes par W. Churchill (1874-1965) dès le 19 septembre 1946. Il affirme ce jour là que « la première étape de la recréation de la famille européenne doit être un partenariat entre la France et l’Allemagne. (…) La Grande-Bretagne, le Commonwealth des nations britanniques, la puissante Amérique et j’en suis convaincu la Russie soviétique (…) doivent être les amis et les parrains de la nouvelle Europe ». De plus, les situations mondiales successives ont toujours été à l’horizon de la construction européenne. Si la France signe le traité de Rome en 1957, c’est à cause du contexte des indépendances de quelques anciennes colonies et c’est avec le pivot européen de de Gaulle que la puissance française se projette de l’empire colonial au champ européen. C’est ainsi qu’ont été créées une communauté de droit, une puissance juridique et une véritable fabrique de la règle. Pourtant, cette communauté ne semble pas préparée à l’événement au sens d’Hannah Arendt.

Intéressons-nous désormais aux questions structurelles et aux valeurs européennes dans un contexte international brutal et dans un ordre mondial redéfini. Quelle est la place actuelle de l’Europe entre rivalités, formation de blocs, démontage de l’ordre international libéral et compétition beaucoup moins militaire que géotechnologique ? Dans cet ordre mondial, il est impossible de ne pas traiter de la Chine. En voulant devenir une référence en termes de normes, elle rivalise avec les Etats-Unis et l’Europe dans tous les compartiments de la puissance et est en train de créer un système mondial alternatif à travers ses banques de développement, le rattrapage militaire et tout un travail de méthodologie qui comprend des jumelages avec des régions, des villes, des firmes et autres ports italiens et slovènes. Alors, quel est l’impact de cette réalité pour l’Union européenne ? En tant que première puissance commerciale du monde, elle est d’abord un marché mais aussi une cible. Qui contrôle l’Europe contrôle le monde, selon la déclaration d’un haut responsable de la politique étrangère du comité central du parti communiste chinois. Entre achats et investissements multiples en Europe au nom d’idéologies néo-libérales, des pays comme l’Allemagne ont mis en place des changements de législations pour empêcher la prise de contrôle d’actifs stratégiques. Cette forme de réveil pour protéger les industries nationales s’accompagne aussi d’une prise de conscience du ciblage dans les Balkans. Cependant, force est de constater qu’il n’y a pas de réponse européenne à cette politique chinoise. Face à la puissance américaine qui s’accroche à ses éléments de puissance que sont l’extra-territorialité, le dollar, le budget militaire, les bases militaires et le soft power, elle semble participer au réveil d’une conscience géopolitique en Europe et à l’idée d’autonomie stratégique. Sur le plan commercial, l’Europe est en position de force mais elle se trouve en position de faiblesse en termes d’extra-territorialité du droit comme en témoigne le conflit autour de la 5G. Il va donc falloir se situer dans le cadre européen face à un paramètre structurant pour 30 ans. Quant à la Russie, c’est une puissance militaire, diplomatique, nucléaire et d’influence mais c’est aussi un pays très sensible aux sanctions pour lequel l’Union européenne constitue et reste le premier débouché commercial, notamment pour le gaz et le pétrole. Il semble nécessaire de reprendre le dialogue des deux côtés entre les deux entités. Enfin, l’environnement du Maghreb et du Proche-Orient a beaucoup de conséquences directes dans tous les domaines. L’UE se retrouve définitivement hors-jeu au plan diplomatique au Moyen-Orient. Il faut en fait laisser les puissances régionales se réorganiser et rétablir l’ordre. Ce sont elles qui possèdent la vraie maîtrise du terrain, et les Européens peuvent de leur côté essayer de faire circuler des idées sur un système de sécurité régionale sur le modèle de Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) devenue en 1994 l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Il est clair que les Occidentaux et surtout les Européens n’ont plus aucun poids politique au Proche et au Moyen Orient. S’il s’agit bien de notre voisinage critique, ce n’est pas cela qui a réveillé la conscience géopolitique européenne mais plutôt la remise en cause géopolitique de l’alliance par les Etats-Unis de Donald Trump (2017 – ).

Ambassadeur Michel Foucher, Chaire de Géopolitique mondiale au Collège d’études mondiales de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (Paris) Crédit photographique : GEM

Structurer et improviser : ce sont là deux termes clés pour décrire l’Europe d’aujourd’hui. Ainsi, la crise grecque a finalement été surmontée au prix d’un choix politique par Angela Merkel de ne pas faire sortir la Grèce de la zone euro, même provisoirement. En ce qui concerne le Brexit (2016 – ), il faut rappeler qu’il ne s’agit pas d’un problème européen mais d’un problème britannique, celui du parti conservateur et du parti travailliste. Il a même renforcé l’Union européenne en témoignant de la cohésion des 27. Contrairement à tout ce qui est dit à ce propos, ce n’est donc pas une crise de l’UE mais la stratégie d’une petite fraction des conservateurs nostalgiques de l’Empire. Par ailleurs, si l’on veut aborder le sujet des problèmes internes autour des souverainismes et autres populismes, il convient de noter qu’ils concernent seulement certains Etats et non pas l’ensemble des 27 ou des 28. Qu’est ce que le populisme ? Au lieu d’une idéologie, il s’agit plutôt d’un style qui explique au peuple qu’il y a des solutions simples aux problèmes compliqués, à travers des outils simples comme le référendum et les réseaux sociaux. Est ainsi entretenue une forme de fantasme d’un peuple élu et homogène contre des dirigeants qui comploteraient contre eux. Ce style de campagne permanente met en scène des ennemis verticaux, à savoir l’Union européenne, et des ennemis horizontaux que sont l’autre et l’immigré. Pour saisir tous ces enjeux, il faudrait prêter plus d’attention aux cartes électorales. En effet, les cartes du Brexit, du Front National aux présidentielles de 2017, de l’Alternative pour l’Allemagne (en allemand : Alternative für Deutschland, AFD) dans les anciens länder allemands de l’est du pays, du vote 5 Etoiles et du vote de la Ligue en Italie disent quelque chose et définissent en réalité des zones prioritaires d’action qu’il faudrait prendre en compte. En ce qui concerne le cas polonais, il s’avère assez particulier dans la mesure où il traduit une réaction conservatrice face à une modernisation rapide, dans un pays où l’Eglise catholique a un rôle prépondérant, est une puissance financière et d’influence considérable. Elle exprime un certain malaise d’une partie de la population face à la modernisation accélérée d’un pays qui par ailleurs a un taux de croissance économique supérieur à 5%.

Suite aux élections européennes de mai 2019, peut-être pourra-t-on espérer que le Parlement européen devienne un véritable parlement, c’est-à-dire un lieu de débat. Jusqu’à maintenant, diverses coalitions rassemblaient le Parti Populaire Européen, les Socialistes européens, les Libéraux et les Verts. Cette forme de parallélisme convergent des nuances cache une absence de débat sur le fond. Il y aura sans doute après les élections des groupes dispersés qui apporteront la contradiction au projet européen habituel et connu à travers des débats, obligeant alors les pro-européens à mieux préciser les finalités de la coopération, ce dont ils se dispensent actuellement.

Finalement, il est possible de parler d’une véritable prise de conscience de ce que Michel Barnier appelle les intérêts partagés des Européens, c’est-à-dire que le monde ne leur est pas spontanément favorable et qu’ils ont des intérêts à promouvoir et à protéger. Pourtant, c’est au moment où commence à s’éveiller une conscience géopolitique qu’il y a des faiblesses internes. Autrement dit, l’Europe de l’Union progresse en tant qu’alliance d’intérêts objectifs mais elle est mise en cause comme union des valeurs.

Pour conclure, venir au monde c’est suivre le conseil de Machiavel (1469-1527) qui dit : sortez de chez vous et considérez ceux qui vous entourent. Mais comment convaincre la jeunesse de l’utilité de l’UE quand elle a tant de mal à s’incarner ? La réponse se trouve dans Education européenne (1945) de Romain Gary (1914-1980), qui rappelle la longue durée de cette coopération entre Etats nations qui ne va pas de soi. Car il faut répéter à la nouvelle génération que ça n’est pas un acquis pour qu’elle en soit consciente et qu’elle puisse prendre le relais et assumer sa part d’Europe. Enfin, n’oublions pas l’importance de l’Histoire et de la longue durée. Savoir d’où on vient et ce qui a présidé aux origines de cette communauté économique devenue Union fonde une conscience tragique historique puissante. Or, comme l’a fait remarquer l’ancien vice-président du Conseil d’Etat Jean-Marc Sauvé, tout se passe comme si « le consensus anti-totalitaire qui a présidé à la naissance du projet européen n’était plus partagé par tous. »

 

Joséphine Boucher pour Diploweb.com

Publié le 21 août 2019

Kervasdoué – Du CETA aux particules ultra-fines, comment de vraies questions sanitaires ou environnementales se transforment de plus en plus en peurs irrationnelles

Que ce soit à la suite du rapport de l’Anses sur les dangers sur la santé des particules ultra-fines dans l’air ou à propos des normes sanitaires qui sont prévues dans le cadre du CETA, la quête de perfection en matière de santé est de plus en plus sensible dans le débat public.

Atlantico : Le rapport de l’Anses sur les dangers sur la santé des particules ultra-fines dans l’air ou le sujet des normes sanitaires prévues dans le cadre du CETA mettent en lumière la quête de perfection en matière de santé, de plus en plus sensible dans le débat public. N’y a t-il pas un manque, dans le débat d’opinion, d’appréciation rationnelle des risques sanitaires, qui peuvent être réels mais qui doivent être mesurés avec plus de nuances ?

Jean de Kervasdoué : Le rapport savant et détaillé de l’ANSES illustre la qualité des travaux récents en matière de santé et d’environnement, mais aussi les dérives de cette expertise, comme celles du principe de précaution.

Après une analyse approfondie des normes internationales en matière de particules ultrafines, fines ou grossières, de produits chimiques (sulfates, nitrates, ammonium …), de métaux (nickel, zinc, cuivre, vanadium …), de poussières diverses, d’émanation des moteurs à explosion, du charbon, du pétrole … ce rapport recense les études internationales qui montrent que, dans certaines conditions, une dose plus ou moins élevée de ces substances dans l’air peut avoir un effet soit sur la santé des animaux de laboratoire, soit sur celle des enfants, soit sur des sujets asthmatiques … La cible varie donc selon les études.

Remarquons tout d’abord que ce rapport néglige la source de loin la plus dangereuse de pollution de l’air pour les asthmatiques : le pollen ! Peut-être parce que cette pollution est « naturelle » et ses effets autrement sensibles.

Mais l’essentiel de ce rapport, on ne peut plus précautionneux, est qu’il extrapole les effets de ces polluants à des populations dont le degré d’exposition n’est pas mesuré, en supposant de surcroit que l’effet toxique est linéaire, ce qui reste à démontrer. Il aboutit ainsi, une fois encore, à une estimation absurde de 40 000 à 70 000 décès prématurés dus à la pollution de l’air, alors que la dernière estimation de l’effet sanitaire des cancers potentiellement évitables en France, le 25 juin 2018, le Bulletin hebdomadaire du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) soutient que les cancers attribuables à la pollution atmosphérique ne sont plus que 1466.

Bien entendu, il faut réduire la pollution atmosphérique, mais à quel coût ? En interdisant toute activité économique et tout transport par les véhicules propulsés par un moteur à explosion ? En interdisant toute cuisine au gaz dans une atmosphère confiné ? En exportant chez les autres la pollution comme le font les Japonais qui développent des moteurs à hydrogène chez eux en oubliant que ce gaz liquéfié a été fabriqué en Australie grâce à des centrales à charbon ?

Pourquoi ces estimations irréalistes ? Parce qu’en France sévit à la fois le principe de précaution, principe sans limite pour tout risque qui n’a pas besoin d’être avéré, principe absurde qui prétend prendre pour un risque incertain des mesures « proportionnées ». Proportionnées à quoi ?

Le coût de ces précautions hasardeuses est considérable et est, notamment, la cause   principale de la baisse de nos exportations de produits agricoles.

 

Dans le privé, nos concitoyens sont probablement moins regardant sur les pratiques et les consommations nocives. Comment expliquer ce phénomène de psychologie collective (peur dans le domaine public, et relative irresponsabilité dans le privé) ?

Les humains sont très sensibles aux risques subits et notamment aux conséquences pour eux des comportements des autres, pondèrent très différemment les risques choisis et de surcroît, dans ce dernier cas, cela se fait sans grande logique. Il serait intéressant, par exemple, de savoir combien d’adeptes d’une alimentation « bio » – au bénéfice nutritionnel non démontré – fument ou pratiquent les sports de montagne. De même, je me souviens d’une journaliste m’expliquant comment elle faisait venir à grand frais de la viande « bio », tout en m’accompagnant pour fumer sa dixième cigarette de la matinée.

Ceci a toujours existé. Ce qui est nouveau, c’est à la fois la coupure des populations urbaines du monde agricole et la disparition des rites et des rythmes alimentaires. Les urbains mythifient une nature qu’ils croient bonnes. En outre, omnivores, redoutant donc toute alimentation, ils ne sont plus guidés par les rites religieux et les rythmes des repas pris en famille. A Paris, 25% des habitants ne préparent plus jamais de repas et cherchent ce qu’ils croient être bon pour leur santé.

En outre, comme la doxa de l’écologie politique diffuse dans la très grande majorité des médias, ces croyances sont renforcées par notre très naturel biais de confirmation : tout homme cherche les faits qui semblent confirmer ses croyances et ignorent ceux qui les remettent en cause. Contrairement à Saint-Thomas, on ne voit que ce que l’on croit.

Enfin, on confond risque (le fait d’avoir un couteau chez soi) et danger (celui d’être poignardé). Or, le principe de précaution voudrait nous faire croire que l’on pourrait vivre sans risque.

 

En quoi est-ce que l’importance donnée dans le droit au principe de précaution a aussi une influence sur cette question ?

Incapable de réduire le chômage, la classe politique a laissé entendre qu’elle allait pouvoir protéger la population de tout. Ainsi, les assurances sociales sont devenues la sécurité sociale et celle-ci s’est transmutée en protection sociale. Comme cela ne suffisait pas est venu le principe de précaution, dont les écologistes politiques, anticapitalistes et apôtres de la décroissance définissent les thèmes, les règles et les solutions et ainsi nourrissent l’agenda politique et confortent les croyances de la population. S’ils trouvent un terrain fertile, c’est parce que derrière toutes ces croyances se cachent le refoulement de la mort et la promesse, avec l’OMS, de la santé parfaite, « état complet de bien-être psychique, physique et mental, et pas seulement absence de maladie ».

Pourtant tout n’est pas affaire d’opinion. Si les vérités scientifiques sont provisoires, leur évolution, voire leur révolution, se produisent grâce à un processus complexe. Certes les scientifiques font mourir leurs hypothèses à leur place, mais leur débat est d’une autre nature et même si vous croyez que tout est relatif, quand vous appuyez sur la commande d’un téléviseur, vous voyez une image ! Terminons par une citation de Marie Curie. « Notre société, où règne un désir âpre de luxe et de richesses, ne comprend pas la valeur de la science. Elle ne comprend pas que celle-ci fait partie de son patrimoine moral le plus précieux, elle ne se rend pas non plus suffisamment compte que la science est la base de tous les progrès qui allègent la vie humaine et en diminuent la souffrance ».

 

Avec Jean de Kervasdoué

Publié le 18 juillet 2019 par Atlantico

Renaud Girard : « Le cancer islamiste s’incruste dans le monde »

CHRONIQUE – Depuis 2001, le cancer islamiste a plus progressé que régressé dans le monde. La contre-offensive occidentale a globalement échoué.

Presque une génération a passé depuis les attentats islamistes du 11 septembre 2001 à New York et Washington. À l’époque, du fait d’un nombre comparable de victimes américaines, les analystes du monde entier avaient comparé cette attaque à celle du 7 décembre 1941 à Pearl Harbor. Mais il fallut moins de quatre ans aux États-Unis pour détruire la menace nippone, et quelques années de plus pour transformer l’Archipel en allié stratégique en Asie, ce qu’il demeure aujourd’hui. Contrairement à leurs lointains prédécesseurs japonais, les kamikazes du 11 Septembre n’avaient pas d’État à défendre, seulement une idéologie à répandre. Force est de reconnaître que, malgré les moyens gigantesques mis par l’Amérique de George Bush dans sa contre-offensive, ces djihadistes, pour la plupart saoudiens, n’ont pas échoué dans leur opération de propagande. Depuis 2001, le cancer islamiste a plus progressé que régressé dans le monde. La contre-offensive occidentale a globalement échoué.

[…]

La suite de la chronique de Renaud Girard est disponible sur Le Figaro. 

 

Renaud Girard 

Publié le 15 juillet 2019 dans Le Figaro

Renaud Girard : « Il faut une stratégie industrielle française »

CHRONIQUE – La France n’a eu que de modestes «politiques industrielles», qui n’ont jamais servi qu’à placer des sparadraps dans des secteurs structurellement condamnés, afin d’afficher le sauvetage (toujours provisoire) de quelques emplois.

Il y a vingt ans, les Chinois admiraient encore l’industrie française. Ils nous enviaient nos «quatre A»: Alstom, Alcatel, Airbus, Areva. Aujourd’hui,ils ne nous en envient plus qu’un seul A. C’est Airbus, dont ils essaient de soutirer les secrets technologiques par tous les moyens.

Il y a seulement une génération, Alcatel caracolait dans le monde comme la plus brillante entreprise de télécommunications. Elle a fondu, à coups de dépeçages, de plans sociaux, de fusion, d’absorption. Aujourd’hui avalée par Nokia, elle n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut. Parallèlement, Huawei, qui n’était à l’époque qu’un distributeur provincial chinois, est devenu un géant technologique mondial, en avance sur tous ses concurrents en matière de 5G.

Quelle explication à ce désastre pour l’économie et l’emploi français? Les Chinois ont une stratégie industrielle, alors que la France n’en a pas. […]

La suite de la chronique est disponible sur Le Figaro. 

 

Renaud Girard 

L’adieu au monde plat

PARIS – Il y a cinquante ans, on pensait que le monde n’avait rien de plat. Les pays riches dominaient les pauvres et aucune lueur n’annonçait un avenir meilleur : au fil des années les riches allaient s’enrichir d’avantage et les pauvres, s’appauvrir, au moins en termes relatifs. Des économistes comme Gunnar Myrdal en Suède, Andre Gunder Frank aux Etats-Unis et François Perroux en France annonçaient l’augmentation des inégalités entre pays, le développement du sous-développpement et le renforcement de la domination économique. Commerce international et investissements étrangers étaient considérés avec suspicion.

Ces théories ont été démenties par les faits. Le phénomène le plus important des cinquante dernières années est le rattrapage économique d’un ensemble de pays pauvres. Comme l’a montré Richard Baldwin du Graduate Institute de Genève dans un livre éclairant, The Great Convergence, ses moteurs principaux ont été le commerce international et la chute spectaculaire du coût de la mobilité des idées – ce qu’il appelle la « deuxième séparation » (entre maîtrise de la technologie et localisation de la production). D’une formule saisissante Thomas L. Friedman, du New York Times, a résumé cette nouvelle donne en 2005 : le monde est plat.

Ce nivellement des relations économiques internationales ne se limitait d’ailleurs pas à la connaissance, aux échanges et aux investissements. Il y a vingt ans, la plupart des chercheurs tenaient aussi les taux de change flottants pour un puissant facteur d’égalisation : grâce à eux, disait-on, chaque pays, petit ou grand, pouvait déterminer sa propre politique monétaire, dès lors que ses institutions de politique économique étaient solides. C’en était fini de la hiérarchie caractéristique des régimes de changes fixes. Même les flux de capitaux ont été considérés, fût-ce brièvement, comme un facteur potentiel d’égalisation. Le Fonds Monétaire International n’a-t-il pas envisagé, en 1997 de faire de leur libéralisation un objectif général ?

À la limite, dans ce monde, les États-Unis n’étaient guère qu’un pays plus gros et plus avancé que les autres. Bien sûr, cette image était exagérée. Mais les responsables politiques américains d’alors avaient eux-mêmes tendance à relativiser la singularité de leur pays et le poids démesuré des responsabilités correspondantes.

Et voici, cependant, que le monde paraît à nouveau changer de tournure. À l’heure de l’économie immatérielle, des réseaux numériques et de la finance globalisée, centralité et hiérarchies s’imposent à nouveau. Se révèle un nouveau monde qui n’a plus l’air plat du tout. Il est au contraire hérissé de pointes.

La première raison de ce changement de perspective est que dans une économie toujours plus numérique, où une part croissante des services est produite à un coût marginal nul, la création de valeur et la captation de la valeur se concentrent dans les lieux d’innovation et d’investissement immatériel, au détriment des sites de production.

Les réseaux numériques contribuent également à cette asymétrie. Il y a encore quelques années, on présumait souvent que l’internet allait devenir un réseau global point à point, dépourvu de centre. En fait, il a évolué vers un système hiérarchisé de type « moyeu et rayons ». La raison de cette évolution est avant tout technique : une telle structure est plus efficace. Mais comme l’ont récemment souligné dans un passionnant article deux spécialistes de science politique, Henry Farrell et Abraham Newman, un réseau structuré procure un avantage considérable à tous ceux qui en contrôlent les nœuds.

Cette même structure en étoile se retrouve dans d’autres domaines. La finance en présente un cas particulièrement clair. La crise financière globale a mis en évidence la centralité de Wall Street dans le réseau financier mondial, au point qu’une série de défauts dans un segment mineur du marché du crédit immobilier américain a pu contaminer l’ensemble du système bancaire européen. Elle a également révélé la dépendance des banques internationales au billet vert, et leur besoin d’accès à la liquidité en dollar. La carte des facilités de crédit accordées par la Réserve fédérale américaine à une série de banques centrales partenaires pour les aider à répondre à cette demande de liquidité fournit une image saisissante de la hiérarchie du système monétaire international.

Cette nouvelle prise de conscience de l’interdépendance internationale comporte deux conséquences majeures. La première est purement économique : les asymétries internationales croissantes sont devenues un sujet de recherche. Hélène Rey de la London Business School a réfuté l’idée dominante selon laquelle des taux de change flottants mettent les pays qui les adoptent à l’abri des aléas des cycles monétaires américains. Elle affirme au contraire que la seule manière pour un pays de se protéger d’entrées et de sorties de capitaux déstabilisantes consiste soit à piloter fermement l’évolution du crédit, soit à avoir recours au contrôle des changes.

Dans un esprit analogue, Gita Gopinath, aujourd’hui économiste en chef du Fonds Monétaire International, a mis l’accent sur la dépendance de la plupart des pays vis-à-vis du taux de change du dollar. Alors que l’approche usuelle considérait le taux de change entre le won et le réal comme le déterminant principal du commerce entre la Corée et le Brésil, la réalité, dans la mesure où les échanges de ces pays sont le plus souvent libellés en dollar, est que leurs taux de change vis-à-vis du dollar jouent un rôle plus significatif que leur taux de change bilatéral. A nouveau, ceci souligne la centralité de la politique monétaire américaine pour tous les pays, indépendamment de leur taille.

Dans ce contexte, la répartition des bénéfices de l’ouverture et de la participation à l’économie globale est de plus en plus biaisée. De plus en plus de pays se demandent quel est leur intérêt à participer à un jeu dont les gains ne sont pas distribués de manière égale, et qui leur fait perdre leur autonomie macroéconomique et financière. Le protectionnisme reste une lubie dangereuse. Mais il est devenu plus difficile d’argumenter pour l’ouverture économique.

L’autre conséquence est géopolitique : un système économique global plus asymétrique affaiblit le multilatéralisme. Il suscite au contraire une lutte pour le contrôle des nœuds de connexion des réseaux internationaux. De manière éloquente, Farrell and Newman parlent de « militarisation de l’interdépendance » pour décrire la transformation de structures économiques efficaces en machines à concentrer le pouvoir.

La brutalité avec laquelle Donald Trump utilise la centralité du système financier américain et du dollar pour contraindre ses partenaires économiques à se conformer aux sanctions économiques imposées de manière unilatérale à l’Iran ont suscité dans le monde entier une prise de conscience : le prix à payer pour l’interdépendance économique asymétrique est élevé. À coup sûr, la réplique de Pékin sera de se battre pour mettre en place ses propres réseaux et s’assurer du contrôle de leurs points de connexion. Ici encore, la victime risque d’être le multilatéralisme.

Un nouveau monde commence à émerger, dans lequel il sera très difficile de séparer l’économique du géopolitique. Un monde qui ressemble davantage à celui de Game of Thrones qu’au « monde plat » de Friedman.

Par Jean Pisani-Ferry 

Publié le 1er juiller 2019 dans Project Syndicat

Thomas Gomart : « Les diplomaties occidentales et européennes ont oublié la vertu cardinale de la prudence »

Thomas Gomart publie « L’affolement du monde : 10 enjeux géopolitiques » aux éditions Tallandier. Jean-Yves Le Drian a remis le Prix du livre géopolitique 2019 à Thomas Gomart le 18 juin dernier pour cet ouvrage. En exclusivité pour Atlantico, il décrypte les instabilités géopolitiques. 

Atlantico.fr : Contrairement à ce qui est généralement admis, vous affirmez que l’Europe et les États-Unis sont davantage responsables des instabilités géopolitiques actuelles que de la Chine et de la Russie. Comment expliquer cette situation ?

Thomas Gomart : Ce que je dis est un peu différent. Le risque géopolitique a été inventé par les Européens et les Américains pour apprécier les trajectoires d’émergence d’un certain nombre de pays. Or, aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis et l’Union européenne qui représentent un risque géopolitique dans la mesure où ils portent plus d’incertitudes que de certitudes.

En ce qui concerne les Européens sur la cohésion de l’UE et pour les Etats-Unis sur la trajectoire qu’ils peuvent suivre. Ces incertitudes créent un effet de contraste avec les régimes autoritaires que sont la Chine et la Russie. Un effet de contraste qui, à mon avis, crée un effet de trompe l’œil.

Au bilan, on a une instabilité globale qui s’est accentuée en raison du changement de cap des Etats-Unis et de l’Europe, mais pas seulement.

Pour chaque puissance internationale (USA, Europe, Russie, Chine), vous détaillez la « conception du monde » qui correspond. L' »affolement du monde », provient-il du choc entre ces conceptions ou de la divergence de chacune par rapport au modèle occidental et libéral ?

Les deux. Effectivement, quand on regarde la conception du monde chinoise et qu’on la met en perspective, ce qui est certain, c’est qu’il y a une volonté de retrouver la centralité qu’occupait la Chine dans le monde à travers l’histoire. Du côté américain l’histoire est plus récente, mais est marquée par un leadership exercé pendant la deuxième partie du 20e siècle. La Russie repose sa vision sur le concept de solitude stratégique.

Ces trois exemples et les effets de choc qu’ils induisent montrent que le modèle de gouvernance que les Européens ont inventé et qu’ils pensaient voir se répandre est de plus en plus contesté par les logiques de puissance précédemment décrites.

Selon vous, il est difficile d’aborder sereinement le sujet russe depuis l’annexion de la Crimée en mars 2014. De manière générale, l' »affolement du monde » ne proviendrait-il pas finalement de notre incapacité à traiter les problèmes avec pragmatisme, sang-froid et lucidité ? À quoi ce manque de pragmatisme est-il dû ?

L’affolement du monde est davantage éprouvé en Europe qu’ailleurs. Il y a eu de la part des diplomaties occidentales et européennes en particulier l’oubli de la vertu cardinale qu’est la prudence. En ce qui concerne la Russie c’est un problème important pour les Européens car nous avons un voisinage partagé mais la Russie est un problème secondaire sur la scène internationale si on compare avec les événements qui secouent le Moyen Orient et l’Asie Pacifique.

Aujourd’hui, quand on regarde la composition du nombre de membres permanents du Conseil de sécurité, il ne reflète plus les rapports de force globaux. À mon avis, à terme, la France, le Royaume-Uni et la Russie risquent d’être vus de manière de plus en plus illégitime de la part des puissances émergentes.

Cette absence de prudence s’explique sans doute par la perte d’une culture historique et d’une vision de moyen et de long terme : c’est le triomphe de l’immédiateté et de la communication. L’idée selon laquelle une politique étrangère se construit sur la durée se perd. Plus réactifs que créatifs, les Européens sont dans une immédiateté politique qui les empêche de penser même le moyen terme. Cela accompagne l’émergence de leaders qui n’ont pas forcément la profondeur nécessaire pour saisir des politiques de puissance inscrites dans la durée. Ces leaders sont souvent pris dans un temps politique contaminé par le temps médiatique.

Vous faites référence dans votre ouvrage à plusieurs auteurs de philosophie politique, et notamment Machiavel qui ouvre et conclut votre analyse. En quoi l’auteur du Prince donne-t-il des clés de lecture unique du monde contemporain ?

Machiavel venait écouter Jérôme Savonarole au couvent saint-Marc à Florence. Il y a une opposition pour moi entre deux types de pensée. La prédication qui fustige du Dominicain et la pensée qui dévoile les mécanismes du pouvoir chez Machiavel.

De plus, il ne faut pas oublier que Machiavel a personnellement éprouvé le mal et nous rappelle en permanence que le mal est plus significatif que le bien en politique. C’est une manière de dire que l’Historie est tragique. Ce tragique, il faut l’avoir en tête pour éviter qu’il ne se reproduise. Nous sommes face à une sorte d’amnésie dans le cadre des relations internationales qui me semble dangereuse au regard de la brutalité des temps.

Par ailleurs, Machiavel rappelle des principes élémentaires d’organisation du pouvoir. Un de ses préceptes doit toujours être conservé à l’esprit : la solidité d’un Etat dépend de celle de ses forces armées.

Avec Thomas Gomart pour Atlantico.fr

Renaud Girard : « Iran-USA : Macron et Abe doivent agir, vite ! »

Emmanuel Macron, en visite officielle au Japon, aura tout le temps pour travailler sérieusement, avec le premier ministre Shinzo Abe, sur la crise du Golfe persique.

Par une ruse positive de l’Histoire, le 26 juin 2019, se retrouveront, en tête-à-tête à Tokyo, les deux leaders les plus à même de bâtir une médiation entre Américains et Iraniens, pour mettre fin à leur dangereuse escalade actuelle, qui risque d’embraser le Moyen-Orient.

Emmanuel Macron, en visite officielle au Japon, aura tout le temps pour travailler sérieusement, avec le premier ministre Shinzo Abe, sur la crise du Golfe persique. Ce n’est en effet que le 28 juin que commence le sommet du G 20 d’Osaka, auquel participera Donald Trump.

Après que, le jeudi 20 juin, les Iraniens eurent abattu un drone de surveillance de l’US Navy (survolant les eaux iraniennes selon Téhéran, les eaux internationales selon le Pentagone), la planète frôla de près le déclenchement d’une quatrième guerre du Golfe, en l’espace de quarante ans. […]

La suite de la chronique de Renaud Girard est disponible sur Le Figaro.

 

Renaud Girard

Publié le 24/06/2019 dans Le Figaro

Election municipale à Istanbul : « Erdogan doit faire preuve d’une certaine ouverture »

La victoire d’Ekrem Imamoglu à la mairie d’Istanbul va contraindre le président Erdogan à davantage d’ouverture pour ne pas s’isoler, estime Dorothée Schmid, spécialiste des questions turques.

L’écrasante victoire dimanche de l’opposition face au candidat de Recep Tayyip Erdogan aux élections municipales d’Istanbul est un avertissement pour le président turc, estime Dorothée Schmid, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), spécialiste des questions turques.

Comment expliquer ce large revers du parti d’Erdogan aux élections municipales d’Istanbul dimanche ?

DOROTHÉE SCHMID. Il y a de nombreux facteurs. Les problèmes de politique extérieure de la Turquie, c’est-à-dire sa relation extrêmement orageuse avec les Etats-Unis ou ses difficultés militaires en Syrie, pèsent très fortement. La Turquie doit aussi se sortir de la crise économique dans laquelle elle est plongée. Tout cela donne l’impression d’un pouvoir à bout de souffle avec trop de dossiers difficiles à gérer à la fois. Pour la première fois, on sent que le colosse est beaucoup plus fragile qu’il y a deux ou trois mois.

Le manque de démocratie en Turquie a-t-il pu jouer dans la récente défaite de l’AKP, le parti d’Erdogan ?

Peut-être, mais il y a un climat liberticide en Turquie depuis longtemps déjà avec les manifestations anti-Erdogan de 2013. Il s’est renforcé avec la tentative de coup d’Etat manqué de 2016.

Que va concrètement changer cette élection municipale ?

C’est la première fois que les partis d’opposition à Erdogan arrivent à s’allier contre l’AKP, en surmontant leurs divisions. On retrouve trois groupes dans cette alliance : le CHP, c’est-à-dire le parti kémaliste de Imamoglu, quelques dissidents du parti nationaliste et le soutien d’une partie des Kurdes. Mais, le parti kémaliste doit maintenant se réformer et tenir la route après sa victoire aux municipales.

Quelle stratégie pourrait appliquer Erdogan face à ce nouveau concurrent qu’est Imamoglu ?

Erdogan a commencé sa carrière politique à Istanbul, c’est l’homme du peuple stambouliote. Cette défaite de l’AKP a donc été un choc symbolique. On a l’impression qu’il est à bout de souffle, usé. Il sera peut-être obligé de lâcher du lest. Mais le président turc est aussi capable de retournement de situation impressionnant. Le grand défi pour Erdogan, c’est de ne pas s’isoler. Il doit faire preuve d’une certaine ouverture, pratiquer le pouvoir avec plus de collégialité au sein de son parti pour éviter une dissidence.

Erdogan et Imamoglu, c’est finalement un choc entre deux personnalités très différentes ?

Oui, Erdogan joue sur le clivage et passe son temps à insulter son adversaire. Pour lui, le nouveau maire est une sorte de bobo qui n’a pas compris les besoins du vrai peuple d’Istanbul. Il le traite même de terroriste. À l’inverse, Imamoglu est quelqu’un d’assez atypique et dynamique. Il est jeune, utilise beaucoup les réseaux sociaux et parle aux minorités. Les électeurs sont satisfaits d’avoir une tête différente de celle d’Erdogan : Imamoglu incarne une nouvelle génération de politiciens plus modernes.

Peut-il être un concurrent sérieux pour Erdogan en 2023 ?

Depuis qu’Imamoglu est sorti du bois, tout le monde a cela en tête et considère qu’il a un très bon profil pour être candidat. J’imagine aussi qu’Erdogan y pense, dans ses pires cauchemars ! Mais il peut se passer tellement de choses en l’espace de trois ans… La Turquie est un pays qui bouge vite.

Par Raphaël Dupen

Publié le 24 juin 2019 dans Le Parisien

Olivier Blanchard : « Les taux vont rester durablement bas »

L’ancien chef économiste du FMI redoute que la zone euro soit mal préparée pour affronter la prochaine récession.

Ancien chef économiste du Fonds monétaire international, Olivier Blanchard appelle les Etats à sortir de l’obsession de la dette publique. Présent à Sintra (Portugal), au Forum de la Banque centrale européenne (17 au 19 juin), il souligne les marges de manœuvre que leur offrent les taux bas.

Les pays membres viennent de s’entendre sur un projet de budget pour la zone euro. Est-ce une avancée majeure, comme l’estime Bruno Le Maire ?

Je n’ai pas encore eu le temps de me pencher sur les détails, mais c’est l’embryon de quelque chose. Certains soulignent que c’est un début, d’autres, que c’est un moyen de tuer tout projet plus ambitieux. D’une certaine façon, les deux sont vrais ! Je pense que mettre le pied dans la porte est en général positif. Il est plus facile d’avancer lorsqu’une institution existe que de partir de rien. Dans tous les cas, je suis favorable à la création d’un vrai budget commun.

Alors que la croissance ralentit, vous appelez les gouvernements à réviser leur politique budgétaire à l’aune des taux bas. Que voulez-vous dire ?

Lorsque les taux d’emprunt sont bas, la dette publique s’accumule moins vite, son coût pour le budget et l’économie est plus faible. De plus, lorsque les taux sont bas, il devient difficile ou même impossible de les diminuer encore, si bien que la politique monétaire a des marges de manœuvre limitées. Dès lors, la politique budgétaire prend une importance majeure : elle est presque le seul levier susceptible d’augmenter la demande, et donc la production et l’emploi.

[…]

La suite de l’interview de Oliver Blanchard est disponible sur Le Monde.

Marie Charrel 

Publié le 20 juin 2019 dans Le Monde

Cosmin Ghita

PDG de Nuclearelectrica depuis 2017, le seul producteur d’énergie en Roumanie, qui couvre environ 20% de la consommation énergétique du pays. Depuis 2019, il est le seul membre roumain du Conseil de direction principal de l’Association mondiale des exploitants nucléaires (WANO). Le rôle de M. Ghita en tant que PDG de Nuclearelectrica est de mettre en place des projets stratégique qui soutiennent la sécurité énergétique de la Roumanie, son processus de transition et ses objectifs de décarbonisation. A travers ses projets d’investissements, Nuclearelectrica doublera sa production après 2031 et la contribution à la production énergétique sans CO2 totale de la Roumanie augmentera de 66% d’ici 2030.

Gabriel Valentin Comanescu

PDG et président du conseil d’administration de Grup Servicii Petroliere, première société de construction et de forage offshore en mer Noire. M. Comanescu a créé Grup Servicii Petroliere en 2004 et occupe depuis le poste de président du conseil d’administration. Sous sa direction, la société s’est transformée en un holding complexe, qui fournit un système intégré de services, couvrant tous les aspects majeurs d’un projet, de l’ingénierie à la planification, en passant par l’approvisionnement, la fabrication, l’installation et le démantèlement. GSP possède et exploite le plus grand nombre d’actifs spécialisés de la région, des navires AHTS et PSV aux grues flottantes offshore, en passant par les barges de construction offshore, les ROV et les plateformes de forage offshore, adaptés aux eaux peu profondes et profondes. L’empreinte de GSP est devenue mondiale. GSP Holding a mené à bien divers projets EPCI de construction et de forage offshore dans le monde entier, pour une valeur de plus de 4 milliards de dollars. Actuellement, GSP développe d’importants projets EPCI en Mer Noire, et développe ses capacités pour s’engager dans le forage en eaux profondes, le forage à terre et la construction à terre.

Comanescu est diplômé en ingénierie électromécanique navale de l’Académie navale « Mircea cel Bătrân », à Constanta, en Roumanie. Peu après avoir obtenu son diplôme, en 1992, M. Comănescu a entrepris de devenir l’un des hommes d’affaires les plus prospères du secteur industriel. Tout au long de sa carrière, il a reçu divers prix et reconnaissances, maintenant une présence constante dans la liste des Roumains les plus riches. 

Mohamed Ibn Chambas

Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) du 12 septembre 2014 au 7 avril 2021. Il possède une vaste expérience et une longue carrière remarquable dans des organismes internationaux et gouvernementaux. Avant de rejoindre l’UNOWAS, M. Chambas était Représentant spécial conjoint Union africaine-ONU pour le Darfour et Chef de l’Opération hybride Union africaine-ONU au Darfour. 

Ancien député du Ghana, M. Chambas a été vice-ministre des Affaires étrangères du Ghana en 1987 et vice-ministre de l’Éducation chargé de l’enseignement tertiaire de 1997 à 2000.

Yorizumi Watanabe

Professeur d’économie politique internationale et doyen de la School of International Communication à la Kansai University of International Studies depuis avril 2019. Avant cela, il a enseigné à l’Université de Keio (2005-2019). Il a également été directeur-général adjoint du Bureau des Affaires économiques au ministère des Affaires étrangères du Japon (2002-2004), et assistant spécial du ministre des Affaires étrangères japonais en 2004. Il a joué un rôle majeur dans l’application de différents accords de partenariat économique (APE) tels que les APE Japon-Mexique, Japon-UE et Japon-Inde. Prof. Watanabe fait actuellement partie du Groupe de discussion sur la question du Brexit, mis en place par le KEIDANREN (la Fédération des organisations économiques du Japon).

Memduh Karakullukçu

Vice-président fondateur du conseil exécutif et président fondateur du Global Relations Forum. Il est associé à D4 Ventures (Royaume-Uni) et se focalise sur l’e-commerce et les investissements en technologie financière, IA et deep learning. Il conseille des entreprises technologiques sur des problématiques complexes liées à leur inscription au NASDAQ. Il a été le directeur général fondateur du parc scientifique ARI de l’Université technique d’Istanbul (ITU). Pendant son mandat à l’ITU, il a été conseiller principal du président, coordinateur du programme d’études supérieures en droit, technologie et politique, et conseiller stratégique au Centre de communications par satellite de l’université. Il a été membre du personnel académique de l’ITU et de la London School of Economics and Political Science (LSE). Plus tôt dans sa carrière, il a travaillé comme spécialiste en financement structuré à Londres et à Istanbul. Il est titulaire d’une licence en génie électrique et en économie du Massachusetts Institute of Technology, d’une maîtrise en finance de la LSE et d’un doctorat en droit de l’université de Columbia. Il a récemment co-écrit un livre sur la politique étrangère turque, Değerler, Çıkarlar ve Dönüşüm (Valeurs, Intérêts et Transformation), avec deux anciens sous-secrétaires turques des Affaires étrangères et du Renseignement. Il est membre de l’Association du barreau de l’État de New York.

Naoki Tanaka

Président du Center for International Public Policies Studies (CIPPS) et critique économique indépendant spécialisé dans divers domaines tels que l’économie, la politique et l’industrie japonaises et internationales. Auparavant, il a été président du 21st Century Public Policy Institute. Il est diplômé de la faculté de droit à l’Université de Tokyo, et a achevé des études au département de recherche économique pour obtenir un doctorat. Parmi ses publications, on peut citer The Great Stagnation of China (2016) et Japan’s Growth Strategy (2013, co-écrit avec le CIPPS).

Shibley Telhami

Shibley Telhami est le professeur Anwar Sadat pour la paix et le développement et directeur des sondages d’opinion sur les questions critiques à l’Université du Maryland, et senior fellow non résident à la Brookings Institution. Il a joué un rôle important dans le domaine de la politique étrangère, en tant que conseiller dans toutes les administrations américaines de George H. W. Bush à Barack Obama. Parmi ses publications, on peut citer son best-seller The Stakes: America and the Middle East (2003) ; Power and Leadership in International Bargaining: The Path to the Camp David Accords (1990) ; The Peace Puzzle: America’s Quest for Arab-Israeli Peace, 1989-2011, co-écrit avec Dan Kurtzer, et al. (2013) ; et The World Through Arab Eyes: Arab Public Opinion and the Reshaping of the Middle East (2013). Il a été sélectionné par la Carnegie Corporation of New York avec The New York Times comme l’un des « Great Immigrants » de 2013 et a été nommé “Distinguished Scholar-Teacher” (éminent universitaire-enseignant) de l’Université du Maryland pour l’année 2018-2019.

Andrés Rozental

Ambassadeur éminent du Mexique et président de Rozental & Asociados. Andrés Rozental est également membre des conseils d’administration de plusieurs grandes multinationales en Europe et au Mexique. Il a été diplomate de carrière pendant plus de 35 ans, après avoir servi son pays comme ambassadeur du Mexique au Royaume-Uni (1995-1997), secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères (1988-1994) et ambassadeur en Suède (1983-1988). Il a été représentant permanent du Mexique auprès des Nations Unies à Genève (1982-1983), et a occupé des postes à hautes responsabilités au ministère des Affaires étrangères du Mexique et à l’étranger. Andrés Rozental est le président fondateur du Conseil mexicain des relations étrangères et depuis 1994, a le rang à vie d’ambassadeur éminent du Mexique.

Enrico Letta

Président de l’Institut Jacques Delors. Ancien doyen de l’École des Affaires internationales de Sciences Po Paris (Paris School of International Affairs, PSIA). Il a été président du Conseil italien d’avril 2013 à février 2014 avant d’être le secrétaire général du Parti démocrate italien (PD) de 2021 à 2023. Auparavant il a exercé la fonction de ministre pour les Politiques communautaires (1998-1999), ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur (2000-2001), entre autres, puis sous-secrétaire d’État à la Présidence du Conseil de Romano Prodi (2006-2008). Enrico Letta a été député italien (2001-2015), à l’exception de la période 2004-2006, où il exerce le mandat de député européen. Il a également occupé la fonction de vice-secrétaire du Parti Démocrate (2009-2013). Enrico Letta est diplômé en Droit international de l’Université de Pise (sa ville d’origine) et titulaire d’un doctorat de Droit des communautés européennes de l’École supérieure Sainte-Anne de Pise.

Kim Jong-Seok

Membre de l’Assemblée nationale coréenne depuis mai 2016, et ancien président de l’Institut Youido, un think tank du Parti de la liberté de Corée. Il est actuellement membre du comité de politique national et du comité spécial sur le budget et les comptes de la 20ème Assemblée nationale. Il est vice-président du comité de politique au Parti de la liberté de Corée. Il a occupé le poste de président à l’Institut de recherche économique de Corée (KERI) (2007-2009), un think tank économique, et a été membre du Conseil national des conseillers économiques au bureau du Président (2011-2013). Avant cela, il a enseigné en tant que professeur d’économie à l’Université de Hongik (1991-2016). Dr Kim a écrit de nombreux articles pour des revues académiques et les médias. Il a obtenu son doctorat en économie à l’Université de Princeton et a enseigné au Dartmouth College avant de retourner en Corée en 1988.

Gabriel Felbermayr

Directeur de l’Institut autrichien de recherche économique (WIFO) et professeur à l’université d’économie et de commerce de Vienne depuis octobre 2021. Après avoir travaillé en tant que consultant associé chez McKinsey & Co à Vienne de 2004 à 2005, il a occupé divers postes d’enseignant en économie de 2005 à 2009 à l’Université de Tübingen puis à l’Université de Hohenheim à Stuttgart. De 2010 à 2019, il a dirigé le ifo Center for International Economics de l’Université de Munich. Il a été président de l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale (Institut für Weltwirtschaft – IfW) entre 2019 et septembre 2021. Ses activités de recherche et de conseil se concentrent sur les questions de gouvernance économique mondiale, d’intégration économique européenne et de politique économique allemande. Il a publié un grand nombre d’articles dans des revues scientifiques internationales, des notes d’orientation et des journaux. Il est titulaire d’un doctorat en économie de l’Institut universitaire européen de Florence en Italie.

Othman Al-Omeir

Éditeur et rédacteur en chef chez Elaph. Il a commencé sa carrière de journaliste en tant que jeune correspondant sportif pour un journal saoudien. Il s’est rapidement fait un nom et est devenu correspondant à Londres pour le journal Al Jazirah, basé à Riyadh. Il a également été rédacteur en chef d’Al Majalla, à Londres, ainsi que du journal Asharq Al Awsat, à Londres (le principal journal international en langue arabe). Il crée Elaph Publishing Limited en 2001 au Royaume-Uni et sa société associée en Arabie Saoudite pour publier www.elaph.com, qui devient rapidement le premier portail d’information arabe. En 2021, Elaph signe un accord avec le Financial Times pour produire, sous licence, le magazine de luxe du FT, How To Spend It en arabe. Othman Al-Omeir a obtenu des interviews exclusives de nombreux leaders mondiaux et s’est vu décerner le Prix des nouveaux médias pour l’avenir par la Fondation Anna Lindh en décembre 2009.

The politics of the globalization backlash: Sources and implications

Logo of the Global Reasearch Unit

Abstract

A backlash against globalization has led to widespread political movements hostile both to economic integration and to existing political institutions throughout the advanced industrial world. Openness to the movement of goods, capital, and people has had important distributional effects. These effects have been particularly marked
in communities dependent upon traditional manufacturing, some of which have experienced a downward spiral from the direct economic effects of foreign competition through broader economic decline to serious social problems. Those harmed by globalization have lashed out both at economic integration, and at the elites they hold responsible for their troubles. Political discontent is in part due to failures of compensation – insufficient provision of social safety nets for those harmed by economic trends. It is also due to failures of representation – the belief that prevailing political parties and politicians have not paid adequate attention to the problems faced by large groups of voters. Countries vary on both dimensions, as do national experiences with the populist upsurge. Previously dominant socio-economic interests and political actors may act to try to address this dissatisfaction, but the path faces serious economic and political obstacles.

© 2018 by Jeffry Frieden, Harvard University. All rights reserved.

To read the full working paper, click here.

Le monde n’a plus le temps

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WASHINGTON – En 2015, la communauté internationale a redoublé d’efforts pour relever les défis posés à la planète, avec, notamment, deux grandes avancées des Nations Unies : le Programme de développement durable à l’horizon 2030 [voté en septembre 2015] et la Conférence des parties de la Convention cadre sur le changement climatique de Paris (COP 21 [qui s’est tenue du 30 novembre au 11 décembre 2015]). Passé un premier mouvement d’enthousiasme, l’élan imprimé vers la réalisation des objectifs de développement durable et dans la lutte contre la dégradation du climat s’est pourtant essoufflé. Il semble que les mises en garde de plus en plus alarmées lancées par l’ONU ou par d’autres organismes concernant l’accélération des extinctions d’espèces, l’effondrement des écosystèmes et le réchauffement de la Terre suscitent de nombreuses réactions allergiques.

Il n’est plus temps de nous demander si le verre, eu égard aux progrès réalisés, est à moitié plein ou à moitié vide. Il n’y aura bientôt plus de verre du tout. Malgré l’attention portée par les médias aux initiatives civiles et politiques pour faire face aux crises qui s’annoncent, les tendances à long terme sont inquiétantes. Voici quelques mois, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a rassemblé les preuves écrasantes des conséquences dévastatrices qu’aura sur des milliards d’humains dans le monde un réchauffement global supérieur à 1,5° C au-dessus des niveaux préindustriels.

Un récent rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques lance un autre coup de semonce. L’activité humaine, conclut ce rapport, met en danger d’extinction un million d’espèces – chiffre sans précédent. Les océans, qui fournissent à plus de quatre milliards d’humains nourriture et moyens de subsistance, sont menacés. Si nous ne prenons pas immédiatement des mesures pour renverser ces tendances, il sera probablement impossible de rattraper le retard que nous aurons pris.

Pendant des décennies, la plupart des grandes économies se sont appuyées sur une forme de capitalisme qui assurait des bénéfices considérables. Mais nous sommes aujourd’hui les témoins des conséquences de la célèbre formule de Milton Friedman, lauréat en son temps du Nobel d’économie : « La [seule] responsabilité sociale de l’entreprise est d’accroître ses profits. » Un modèle de gouvernance d’entreprise fondé sur la maximisation de la valeur actionnariale a longtemps dominé notre système économique, déterminant nos cadres comptables, nos régimes fiscaux et les programmes de nos écoles de commerce.

Mais nous atteignons un point où de grands penseurs de l’économie remettent en question les fondements mêmes du système dominant. The future of Capitalisme [non traduit] de Paul CollierPeople, Power and Profits [à paraître en français] de Joseph E. Stiglitz et The Third Pillar [non traduit] de Raghuram G. Rajan examinent en détail le problème. Le système capitaliste actuel, déconnecté de la plupart des gens et sans attaches dans des territoires où il opère, n’est plus acceptable. Les systèmes ne peuvent fonctionner dans l’isolement. À la fin, la réalité s’impose : les tensions commerciales mondiales resurgissent, les nationalistes populistes arrivent au pouvoir et les catastrophes naturelles se multiplient et gagnent en intensité.

Pour le dire simplement, notre façon d’envisager le capitalisme a aggravé des problèmes sociaux et environnementaux auparavant solubles et semé de profondes divisions sociales. L’explosion des inégalités et l’intérêt exclusif donné aux résultats de court terme (c’est-à-dire aux gains trimestriels) ne sont que deux symptômes d’un système brisé.

Maintenir en état de fonctionnement une économie qui puisse soutenir les intérêts de toutes ses parties prenantes requiert que nous portions notre attention sur le long terme. D’une certaine façon, nous le faisons déjà. Mais nous devons rassembler les efforts entrepris en une campagne concertée qui engage des réformes systémiques au-delà du point critique. Ainsi seulement aurons-nous atteint une boucle de rétroaction récompensant des philosophies à long termes, des conceptions durables de la vie économique.

Le plus important est que nous ne succombions pas à la complaisance. Les tensions à court terme concernant le commerce et d’autres questions ne manqueront pas d’attirer l’attention de l’opinion et des gouvernements. Mais permettre aux premiers gros titres de nous distraire du souci de catastrophes environnementales et sociales serait manquer la forêt pour l’arbre.

Cela dit, l’élan qui conduira l’avènement d’un changement positif ne peut se fonder sur la peur. Les crises qui menacent sont aussi réelles que terrifiantes, mais les cris d’alarme semblent faire de moins en moins recette. Les gens s’immunisent contre la réalité. Le changement à long terme doit donc provenir d’un réajustement du marché et de nos structures de régulation. Si consommateurs, investisseurs et autres acteurs du marché doivent continuer de s’instruire et de se former, partant, de pousser au changement, nous devons aussi réexaminer rapidement et en profondeur les règles et les normes qui régissent aujourd’hui le capitalisme.

Les acteurs du marché qui ne changent pas de comportement doivent en assumer les coûts réels. Discours, commentaires et rapports annuels ne suffiront pas. L’économie de marché est une force puissante, qui nécessite une direction ; le compas est entre les mains des régulateurs et des acteurs du marché. Il est temps de passer aux choses sérieuses et de mettre en place les incitations et les sanctions financières qui présideront à une évolution systémique. Ce n’est qu’après les avoir instituées que nous pourrons débattre pour savoir si le verre est à moitié vide ou à moitié plein.

Traduit de l’anglais par François Boisivon

Bertrand Badré
Publié le 17/06/2019 dans Project Syndicate

Bertrand Badré, a former Managing Director of the World Bank, is CEO of Blue like an Orange Sustainable Capital. He is the author of Can Finance Save the World? 

« Sur le budget de la zone euro, le compte n’y est pas ! »

Portrait de Jean Pisani-Ferry à Rome, Italie

Après des mois de négociations, les ministres des Finances de l’Eurogroupe ont donné leur feu vert vendredi dernier à un budget de la zone euro. Doté d’une mission de « convergence et de compétitivité », il est loin de l’ambition initiale de la France de disposer d’un outil de stabilisation. L’économiste Jean Pisani-Ferry estime cette réponse très insuffisante.

Est-ce que le budget de la zone euro acté en fin de semaine par les ministres des Finances européens valait le capital politique que la France y a placé ?

Tout l’enjeu de ces discussions portait sur la création d’un instrument budgétaire commun de stabilisation de la zone euro en cas de choc important sur une économie. Ce n’est pas une lubie française, c’est la position du FMI, de l’OCDE, ou de la BCE. Un tel instrument a été proposé par la Commission et une large majorité d’économistes le soutiennent y compris des Allemands orthodoxes.  Le résultat des négociations  est que le nouvel outil exclut cette fonction de stabilisation. Il est consacré à l’appui aux réformes et aux investissements. Le glissement s’est fait par compromis successifs entre la proposition française initiale, l’accord franco-allemand qui soutenait l’objectif de stabilisation, et le résultat final où ce dernier a été abandonné.

Ce n’est donc pas une bonne nouvelle ?

Non. L’aspect positif c’est qu’on soit parvenu à consacrer un instrument pour la seule zone euro. C’est symboliquement important, comme l’a été  il y a 20 ans la création de l’Eurogroupe.

Comment expliquer la modestie du résultat ?

Par la mollesse de l’Allemagne à défendre ce projet et  la forte résistance de la coalition emmenée par les Pays-Bas avec des pays, dont la Suède et le Danemark, qui ne veulent ni financer des dépenses supplémentaires, ni laisser se créer un vrai budget pour la zone euro.

Est-ce que ce n’est pas une première étape utile ?

Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux avouer que le compte n’y est pas. D’une certaine manière, le budget de stabilisation Macron s’est transformé en « contrat de réforme Merkel ». La ministre espagnole des Finances, Nadia Calvino a dit sans ambages qu’il vaudrait mieux en rester sur un désaccord. Le risque, c’est de cocher la case budget pour mieux oublier la stabilisation.

Vidéo intégrée

Ministerio de Economía y Empresa

@_minecogob

📽️@NadiaCalvino Estoy convencida de que un día habrá un presupuesto para la zona euro. Es imprescindible tener un instrumento fiscal que complemente la Unión Monetaria y garantice verdaderamente una estable y sólida de cara al futuro

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Pourtant, il y a en Allemagne des responsables politiques qui défendent une assurance chômage européenne qui est un instrument de stabilisation ?

Le ministre des Finances Olaf Scholz l’a suggéré sans aller bien loin dans sa démarche. Les Néerlandais sont contre cette idée mais en revanche ils sont favorables à un système bancaire et financier intégré sur lequel on ferait reposer cette capacité d’absorption des chocs, sur le modèle américain. C’est insuffisant mais cohérent. La réticence allemande à l’égard d’un système financier intégré, doublée d’une absence d’engagement sur la stabilisation budgétaire ne l’est guère. Toutes ces divisions envoient un mauvais signal, y compris aux marchés, car ils indiquent qu’on veut l’euro mais sans se donner les moyens d’un système robuste.

Que manque-t-il d’autre à la zone euro pour fonctionner plus efficacement ?

Il faudrait réformer les règles du Pacte de stabilité et de croissance qui sont aujourd’hui illisibles. Sanctionner un Etat au prétexte qu’il affiche un déficit budgétaire structurel dont le mode de calcul est opaque et controversé serait politiquement périlleux. Il y a un consensus pour dire que ces règles ne fonctionnent pas.  Notre groupe d’économistes franco-allemand propose de les redéfinir et de se fonder sur un objectif d’évolution des dépenses publiques . Et puis, il devient indispensable de faire progresser le rôle international de l’euro qui stagne. Le dollar n’est pas un bien public mondial, c’est un instrument de la politique de puissance américaine et les Chinois accélèrent l’internationalisation du renminbi. Deux conditions sont nécessaires pour cela : créer un actif sûr propre à la zone euro, des obligations qui pourraient être émises par le MES en contrepartie de lignes de crédit aux différents Etats de la zone euro. Et, en situation de stress, il faut prévoir que la BCE puisse fournir de la liquidité en euro à des banques centrales partenaires, ce qui n’est pas dans son mandat actuel.

Tout cela veut-il dire que la zone euro n’est toujours pas hors de danger ?

Oui, même s’il y a eu des progrès avec la supervision des banques, et  le renforcement du Mécanisme européen de stabilité (MES) créé pour assister les Etats qui perdent l’accès au marché. L’accord sur les facilités de liquidité proposées aux pays de la zone euro en difficulté passagère est utile.

Comment évaluer le risque du retour d’une crise financière spécifiquement européenne, sur les dettes publiques ?

Il y a clairement un risque italien. Les Italiens veulent rester dans l’euro, mais la dette italienne ne sera plus soutenable si les taux d’intérêt s’éloignent de leur plancher actuel et que la croissance reste extrêmement faible.  La Commission a raison d’alerter mais il ne faut pas se tromper de diagnostic : C’est vraiment la croissance qui lui a fait défaut depuis vingt ans, pas la discipline budgétaire. J’ai fait le calcul : si la France avait suivi depuis 1999 la politique budgétaire de la Péninsule, notre dette serait de 45 % seulement du PIB ! La France, elle, a eu la croissance.

Avec les taux d’intérêt actuels, est-ce le moment d’investir massivement, par exemple dans la transition énergétique ?

Oui. Le bas niveau des taux a une forte composante structurelle, en raison de l’importance de l’épargne et d’une demande soutenue d’actifs sûrs. On peut en déduire qu’ils vont rester bas un certain temps. Que faire de cette fenêtre ? La réponse économique est claire : Il faut s’en servir pour des dépenses d’investissement, comme l’écologie et les réformes – pas des dépenses courantes. Malgré son niveau d’endettement, c’est également vrai pour la France, à condition de réduire les dépenses courantes.

Mais aucun gouvernement européen ne défend cette ligne…

C’est vrai. Mais nous avons un problème « intertemporel » massif auquel il faut bien réfléchir. Rien ne justifie de faire financer notre consommation par les générations futures. Mais nous allons leur laisser une dette financière et une dette climatique. Laquelle est la plus importante ? Celles et ceux qui ont aujourd’hui 15 ans préféreront sans doute l’amélioration du climat à la réduction de la dette. L’argument traditionnel sur le fardeau aux générations futures se renverse.

Les tractations s’intensifient sur la distribution des postes en Europe. Le choix pour la BCE est-il important ou secondaire ?

Il est important. Angela Merkel poussera-t-elle la candidature de Jens Weidmann (le dirigeant actuel de la Bundesbank, NDLR) ? Je me demande s’il considère toujours que le programme d’Opérations Monétaires sur Titres (OMT) de la BCE est contraire au Traité, comme  il est allé le plaider devant la cour constitutionnelle de Karlsruhe . Si oui, cela le disqualifie. Au-delà, ce n’est pas une question de nationalité mais de qualité personnelle. En cas de crise financière, il faut réagir, et bien réagir, en quelques heures. Ben Bernanke, le président de la Fed, a eu les bons réflexes en 2008 parce qu’il avait étudié les années trente. Il serait grave que le choix pour la BCE apparaisse principalement comme une question de nationalité ou que le poste serve de variable d’ajustement secondaire par rapport au choix du président de la Commission européenne.

Catherine Chatignoux et Dominique Seux
Publié le 17/06/2019 dans Les Echos

Mme Assia Bensalah Alaoui s’exprime à l’ouverture du Forum de Tunis

Tunis – Mme Assia Bensalah Alaoui, ambassadeur itinérant de SM le Roi, a souligné, mardi à Tunis, la convergence de vue entre le Président de la République française, Emmanuel Macron et Sa Majesté le Roi Mohammed VI sur l’importance du dialogue multilatéral initié dans le cadre du Sommet des deux Rives de la Méditerranée.

«Sa Majesté le Roi a une ambition immense pour la région méditerranéenne et pour les populations et particulièrement les jeunes pour leur redonner espoir et rechercher un meilleur-vivre ensemble dans le respect des diversités», a déclaré Mme Bensalah Alaoui à l’ouverture du Forum de Tunis, l’un des cinq Forums régionaux thématiques préparatoires au Sommet des deux Rives prévu le 24 juin courant à Marseille.

Elle a qualifié d’«inédit» ce projet, initié par le Président français, puisque, dit-elle, «c’est pour la première fois que des politiques acceptent de se dessaisir du contrôle d’un processus».

«C’est un projet qui donne les premiers rôles à la société civile non pas pour faire de la figuration, mais pour porter et incarner des projets qui sont concrets et qui seront mis en œuvre», a-t-elle soutenu.

Et d’ajouter qu’au fil des forums, «nous avons été extrêmement surpris par l’avalanche des projets que nous avons reçu et par la créativité de ces jeunes qu’on nous dit qu’ils sont blasés, qu’ils ne veulent pas faire de la politique, qu’ils ne s’intéressent à rien, mais nous avons eu la démonstration du contraire, un dynamisme, une énergie et un engagement sans précédent avec des centaines d’initiatives».

La méditerranée est portée par ces jeunes talents qui ont un espoir et qui ont confiance dans l’avenir et dans le «faire ensemble», a affirmé Mme Bensalah Alaoui qui a travaillé pendant plus d’un quart de siècle sur la Méditerranée, arguant que «faire ensemble est la garantie d’une meilleure intégration basée sur le concret, la communauté de vue et l’harmonisation des approches».

Notant que les projets présentés répondent aux aspirations des jeunes et ambitionnent, notamment, d’éliminer toutes les disparités entre femmes et hommes, l’ambassadeur itinérant de SM le Roi a estimé que la méditerranée a aujourd’hui besoin de changements de paradigmes et d’une économie innovante basée sur un nouveau modèle de développement inclusif.

Intervenant pour la même occasion, la présidente du Comité de pilotage du Sommet des deux Rives et chef de file pour la Tunisie, Mme Ouided Bouchamaoui, a déclaré que l’Assemblée des Cent planche sur l’examen de plusieurs projets innovants et concrets visant à transformer la méditerranée et à créer des opportunités pour les jeunes.

Elle a précisé que les projets identifiés couvrent pratiquement tous les secteurs et sont portés par la société civile. «Les projets validés lors de l’assemblée des Cent seront présentés aux ministres des affaires étrangères des Etats membres de ce dialogue multilatéral initié par le Président de la République française», dit-elle, expliquant qu’il s’agit de projets qui répondent aux objectifs de développement durable et qui tiennent compte de l’importance de la digitalisation, de la formation et de l’employabilité des jeunes.

L’Assemblée des Cent, un Comité de pilotage regroupant neuf pays de la Méditerranée occidentale de la rive Nord et de la rive Sud, s’est réuni aujourd’hui dans la capitale tunisienne pour une large consultation des représentants de la société civile des pays du bassin occidental de la Méditerranée, correspondant dans son expression politique à l’espace du Dialogue 5 +5.

Ce dialogue multilatéral initié par le Président de la République française, Emmanuel Macron, réunit le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie et Malte de la rive nord et le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie, la Libye et la Tunisie de la rive sud. Il inclut par ailleurs des partenaires européens et internationaux, à savoir l’Union Européenne, l’Allemagne, la Banque Mondiale, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) ainsi que l’Organisation de Coopération et de Développement Economique, l’Agence Française du Développement, La Fondation Anna Lindh et l’Union pour la Méditerranée.

Les forums qui ont eu lieu dans 5 pays des deux rives ont vu une large participation de la société civile méditerranéenne encourageant la mise en œuvre de projets concrets, faisables et repliables basés non seulement sur l’initiative économique, mais également et essentiellement sur le respect de l’humain et le développement durable. Ils ont traité de sujets divers et variés mettant l’accent sur l’innovation, le partage des bonnes pratiques, l’inclusion et la complémentarité. Il s’agit du Forum «Énergie» (Alger 8 avril 2019), Forum «Jeunesse, éducation, mobilité» (La Valette 24 et 25 avril 2019), Forum «Économie et compétitivité» (Rabat 29 avril 2019), Forum «Culture, médias, tourism» (Montpellier 2 et 3 mai 2019) et Forum «Environnement et développement durable» (Palerme 15 et 16 mai 2019).

À travers 5 tables rondes correspondant aux 5 thématiques déjà mentionnées, Le Forum de Tunis fera la synthèse de cette large consultation et présentera la Déclaration de Tunis qui marquera l’aboutissement de cet exercice sans précédent.