La transition énergétique vue d’ailleurs

20.11.2023

Ayant eu la chance de participer à la seizième édition de la World Policy Conference (WPC16) tenue à Abou Dhabi du 3 au 5 novembre 20231, j’ai pu constater que les points de vue de nombreux grands pays de la planète, notamment ceux de l’Inde, étaient en matière de transition énergétique, bien différents des nôtres. Ce n’est pas qu’ils nient en quoi que ce soit l’ampleur du réchauffement de la planète et encore moins l’importance des phénomènes climatiques extrêmes, ce sont eux qui en subissent les premiers les lourdes conséquences directes (inondations, sécheresse, fortes chaleurs) ou indirectes (maladies parasitaires et croissance du coût de l’énergie), surtout quand surviennent quasi simultanément une épidémie nouvelle et un bouleversement des marchés des matières premières dû aux conflits en cours et, notamment, à la guerre en Ukraine.

En Europe, comme en France, cette guerre a eu un effet inflationniste sur les matières premières agricoles et le coût de l’électricité. Pour ne citer que ce seul chiffre, les factures d’électricité des hôpitaux français ont été multipliées par trois entre 2019 et 2022, pour un surcoût global d’environ un milliard d’euros, soit 1% des dépenses hospitalières. Mais, si j’ose dire, il ne s’agit que d’argent. Dans les pays du sud, il s’agit de vie et de mort. En effet, les pays riches ont détourné à leur profit les matières premières, le gaz, le pétrole, voire le charbon qui parvenaient dans les pays pauvres, si bien que la population mondiale en situation d’extrême pauvreté (moins de 2,15 $ par jour et par personne) a cessé de décroître et a très sensiblement augmenté en 2022 (environ 100 millions de personnes), pour atteindre un total de 700 millions d’êtres humains. Si notre égoïsme confiscatoire passe inaperçu sous nos latitudes tempérées, soyez persuadés que le comportement des pays riches laisse ailleurs de profondes traces et beaucoup de ressentiments.

Aujourd’hui, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, l’exemple de la Chine semble exemplaire, même si ce pays continue de construire des centrales électriques à charbon. Il s’engage en effet à ne plus le faire à partir de 2026, les centrales nucléaires et les énergies vertes répondant alors à leur demande croissante d’électricité. Les pays du Sud, dont l’Inde, ont examiné de près l’exemple chinois. Ils savent que l’incroyable croissance de l’espérance de vie de ce pays depuis 1960 (45 années entre 1960 et 2021 !) est due à son développement économique, elle-même tirée par ses succès industriels permis par une énergie aussi bon marché que polluante. L’accès à l’énergie est crucial pour la croissance. Même si la réduction de la pollution atmosphérique devient enfin une priorité de l’Empire du milieu, l’effet sanitaire bénéfique d’une croissance économique fut bien supérieur aux effets sanitaires délétères de la pollution atmosphérique, insistons : 45 années de vie en plus, ce n’est pas rien !

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Retrouvez l’article entier écrit par Jean de Kervasdoué sur Le Point.