LE CERCLE/TRIBUNE – Un collectif de personnalités appelle à un avenir commun entre l’Europe et l’Afrique.

Dans un monde chaotique où il est difficile d’avoir confiance dans le long terme, nombreux sont les chefs d’Etat qui pilotent à vue. La Chine, pourtant, achèvera en 2049  les routes de la soie qui relieront l’Europe et l’Afrique aux intérêts asiatiques.

En Afrique, certains Etats se donnent une perspective de long terme : le Maroc a réintégré l’Union africaine l’année dernière et développe des projets d’envergure, tels que la rocade atlantique d’Agadir à Dakar ; l’Algérie, avec le projet de dorsale transsaharienne qui relierait Alger-Cherchell à Lagos au Nigeria ; l’Egypte, avec  la modernisation du canal de Suez ; le Ghana, avec son président qui affiche sa volonté de rupture avec le passé et trace le chemin d’une Afrique ambitieuse, autonome, liée à l’Europe, dans un rapport équilibré.

Le président Macron a donné une vision de l’ancrage de la France à l’Europe, à l’Afrique et au monde, le 29 août 2017,  devant les ambassadeurs de France : « La stratégie que je veux mettre en oeuvre consiste à créer un axe intégré entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe… C’est en Afrique que se joue largement l’avenir du monde. »

 

Nous adhérons avec une profonde conviction à cette vision car elle est à la fois ambitieuse et réaliste :

 L’Europe est déjà le premier investisseur en Afrique et son premier client. Plus des trois quarts du commerce international des pays de l’UE se réalise en Europe, avec la Russie, avec les pays sud-méditerranéens et l’Afrique – même si les positions commerciales de l’Europe en Afrique se dégradent face à l’offensive chinoise.

 L’internationalisation des échanges conduit à une globalisation, mais aussi à une régionalisation de certaines activités qui bénéficient de l’avantage de la proximité géographique et de la complémentarité économique. C’est ainsi que l’Alena a rapproché les économies des Etats-Unis et du Mexique, et que l’ensemble des Amériques du Nord et du Sud font, désormais, 56 % de leurs échanges commerciaux. C’est ainsi que l’intégration des pays de l’Asie orientale est passée en trente ans de 30 à presque 60 % de leurs échanges commerciaux.

 Avec 500 millions d’habitants vieillissants, l’Europe doit faire le choix du développement accéléré de l’Afrique qui comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050. Les marchés sont et seront de plus en plus au Sud.

 Enfin, cette vision est réaliste au regard des défis communs tels que le terrorisme, l’immigration non contrôlée, le réchauffement climatique et la défense des valeurs morales communes, qui imposent la mutualisation des objectifs et des moyens.

Nouveau traité

La stratégie à mettre en place doit puiser dans un certain nombre de mécanismes et d’institutions qui ont fait leurs preuves en Asie orientale et dans les Amériques. On y trouve d’abord une fondation qui rassemble experts, intellectuels, représentants des sociétés civiles et chefs d’Entreprise travaillant à l’accélération des interconnexions, des réseaux techniques (eau, transport, électricité), financiers et culturels (reconnaissance des diplômes universitaires, échanges d’étudiants…).

A ce jour, il n’existe entre l’Europe et l’Afrique aucun organisme comparable à la Cepalc (700 chercheurs, 40 millions de dollars par an) pour les Amériques ou à l’Eria (15 laboratoires et 30 millions de dollars par an) pour l’Asie orientale.

On y trouve ensuite une institution d’instruments financiers pour le développement, dont disposent déjà les Amériques (BID) et l’Asie orientale (ADB et BAII) pour assurer la mobilité des capitaux Nord-Sud dont la BAD et la BEI pourraient être la plate-forme de base. Le troisième mécanisme serait un partenariat économique entre les pays du Nord (EU) et les pays du Sud (AU). Enfin, il faudrait un lieu de concertation politique comparable à l’Organisation des Etats américains (OEA) et aux Sommets de l’Asie orientale.

L’ensemble de ces quatre outils devrait prendre la forme d’un nouveau traité entre l’Europe et l’Afrique qui prendrait la place des accords de Cotonou qui viennent à échéance fin 2020. Ce « New Deal » donnerait du sens à l’avenir de l’Europe et de l’Afrique.

Aliko Dangote est président du groupe Dangote Industries Limited, Piero Fassino est ancien ministre, député de la République italienne, Talal Abu Ghazalehest chairman de Talal Abu-Ghazaleh Organization (TAG-Org), Jean-Louis Guigou est président de l’Ipremed, Mehdi Houas est ancien ministre en Tunisie, Mo Ibrahim est président de Mo Ibrahim Fondation, Miguel Angel Moratinos est ancien ministre en Espagne, Pascal Lamy est ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Stéphane Richard est président-directeur général d’Orange

Autres signataires :

Pierre Beckouche, professeur des universités, Paris-I Panthéon-Sorbonne

Khater Abi-Habib, président de Kafalat

Didier Acouetey, président du cabinet Africsearch

Mounir Abdelnour, ancien ministre

Iqbal Gharbi, directrice de la chaire d’anthropologie religieuse, université Zitouna de Tunis

Jalloul Ayed, ancien ministre

Abdessalem Ben Ayed, président-directeur général de Pireco

Joachim Bitterlich, ancien ambassadeur

Roland Branquart, président d’Euro2C

Jean-Louis Chaussade, directeur général du groupe Suez

Shermine Dajani, présidente de PanMed Energy Ltd.

Khalil Daoud, président de Liban Post

Nathalie Delapalme, directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim

Kemal Dervis, ancien ministre

Eric Diamantis, avocat partner du cabinet Clyde & Co.

Elias Doumet, président du groupe Matelec

Moulay Hafid Elalamy, président-directeur général du groupe Saham – Maroc

Isidro Fainé, chairman de la Caixa Banking Foundation

Elisabeth Guigou, ancienne ministre, présidente de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue des cultures en Méditerranée

Christian Hiller von Gaertringen, consultant sur le financement de projets d’investissements en Afrique

Noureddine Hajji, président d’Ipemed Tunisie

Marc Hoffmeister, président de Classe Export

Alfonso Iozzo, président du Centro Studi sul Federalismo

Alain Juppé, ancien Premier ministre

Jean Kacou Diagou, président-directeur général du groupe NSIA

Ridha Khadher, artisan-boulanger

Fadia Kiwan, directrice honoraire de l’Institut des sciences politiques de l’université Saint-Joseph de BeyrouthVenance Konan, écrivain

Eneko Landaburu, ancien chef de la délégation de la Commission européenne en Espagne

Denis MacShane, ancien ministre

Alexandre Maymat, responsable de la business unit région Afrique & outre-mer, Société Générale

Radhi Meddeb, président-directeur général du groupe Comète Ingénierie

Gérard Mestrallet, président du conseil d’administration d’Engie

Elie Nkamgueu, président du Club Efficience

Fathallah Oualalou, ancien ministre

Romano Prodi, ancien président de la Commission européenne

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre

Jean-Louis Reiffers, doyen honoraire de la faculté des sciences économiques de l’université d’Aix-Marseille-II

Carmen Romero, ancienne députée européenne

Arnaud Rousseau, président-directeur général du Groupe Avril, président-directeur général du groupe de la Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineuxJean-Michel Severino, président d’Investisseurs & Partenaires (I & P)

Jemal Taleb, ambassadeur itinérant de Mauritanie

Fouad Trad, directeur général délégué de Byblos Bank Europe

Jean-Jacques Van der Slikke, senior vice-president for North Africa and the Middle East at Safran Group

Hubert Védrine, ancien ministre

Douraid Zaghouani, chief operating officer, Investment Corporation of Dubai

Dr Fouad Zmokhol, président de l’Association of Lebanese Business People in the World (RDCL World)