Les économistes français en Amérique ont la cote

08.11.2019

Confluences

Selon le journal le Monde, les économistes français et leurs travaux sont à la mode outre-Atlantique. Et leur apport pourrait révolutionner la pensée économique mondiale.

Esther Duflo, Gabriel Zucman, Emmanuel Saez, Thomas Philippon, Thomas Piketty, Philippe Aghion, Olivier Blanchard… Dans l’Amérique de Donald Trump, les économistes français sont à la mode. Ils publient des ouvrages à succès (le Capital au XXIe siècle pour Piketty, le Triomphe de l’injustice pour Zucman et Saez), enseignent dans les établissements les plus prestigieux (Philippon à New York University, Aghion à Harvard), travaillent pour les principales institutions internationales (Blanchard, ancien économiste en chef du FMI) et gagnent parfois le prix Nobel (Esther Duflo).

Mais ce n’est pas tout. Si Zucman et Saez affirment que, grâce à la réforme du locataire de la Maison-Blanche, les 400 premières fortunes américaines paient un impôt sur le revenu proportionnellement inférieur à la moyenne des Américains, Philippon dénonce « la cartellisation de l’économie ». Duflo, ancienne conseillère de Barack Obama, se dit quant à elle « mue par un désir profond d’améliorer le quotidien des populations pauvres », tandis que Piketty, cela est désormais bien connu, veut « dépasser l’hyper-capitalisme et lutter contre les inégalités ».

Les économistes français sont-ils en train de révolutionner la pensée économique mondiale ? Ce qui est certain, c’est qu’ils ont une certaine « vision du monde », explique le Monde, pour qui les Français « ne cherchent pas l’art pour l’art ». Certes, ils sont connus pour leur connaissance des mathématiques, « bien meilleure en France qu’aux États-Unis ». Mais pour les Français, « la théorie n’est qu’un instrument », précise Daniel Cohen, qui fut leur professeur à l’École normale supérieure. Selon le maître, les économistes made in France viennent à l’économie « avec un but, la compréhension du monde ».

CHANGEMENT CULTUREL

Thomas Philippon ne dit pas autre chose à propos des économistes français. « C’est notre côté Zola : nous pensons qu’un intellectuel doit être dans le débat public. Nous avons l’orgueil de penser que nous avons quelque chose à dire et qu’il faut sortir de notre tour d’ivoire », confie-t-il.

Surtout, cette génération de Frenchies arrive après la crise financière qui a ébranlé les fondements de la vision libérale de l’économie, incarnée par l’école de Chicago. Celle-ci a en effet « pris un formidable seau d’eau froide avec la crise de 2008 », souligne Daniel Cohen. Résultat : les questions liées à la lutte contre les inégalités, la croissance équitable, la flexibilité budgétaire, l’aide au développement ou encore la taxation des hauts revenus hantent les esprits. Par ailleurs, les grands patrons américains appellent les entreprises à plus de responsabilité sociale : une première et un véritable changement culturel. Ceci à un an de l’élection présidentielle américaine.

Or, si les économistes américains sont souvent « prisonniers des contraintes politiques qu’ils ont perçues à Washington », les étrangers, eux, « n’appartiennent pas à l’establishment », analyse Gabriel Zucman. Ils sont ainsi « moins imprégnés de l’idéologie dominante ».

Serait-ce l’avènement d’une nouvelle ère post-libérale ? Peut-être, et elle pourrait bien démarrer de l’autre côté de l’Atlantique.

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