L’IMPUISSANCE STRATÉGIQUE DES OCCIDENTAUX AU MOYEN-ORIENT

Beyrouth, janvier 2019

Commencé au début de la présente décennie, le mouvement dit « des printemps arabes » a vu, au Moyen-Orient, l’affrontement entre deux idéologies, l’idéologie libérale occidentale et l’idéologie islamiste issue du mouvement des Frères musulmans. C’est une guerre dont aucune des deux idéologies n’est sortie vainqueur. C’est une guerre qui a pavé la voie au retour du fait national. Loin d’être oblitérées, les frontières sont plus marquées que jamais. Les citoyens ne croient plus à un monde arabe globalisé et modernisé par la libre expression sur les réseaux sociaux. Le rêve islamiste d’un califat réunissant tous les pays musulmans de la région est également évanoui. Le mouvement du retour à la nation continue au Moyen-Orient. Quand on regarde la région de l’intérieur, on constate que les nations ne cessent de s’y renforcer. Elles le font dans leurs rivalités comme dans les alliances qu’elles nouent entre elles ou à l’étranger.

Quand on contemple la région de l’extérieur, un phénomène est frappant en ce début d’année 2019. C’est l’impuissance stratégique de l’Occident au Moyen-Orient. Elle se voit partout, dans tous les pays.

En Syrie, l’Occident n’a pratiquement plus son mot à dire ; tout se passe au sein du club d’Astana, c’est-à-dire entre les Turcs, les Iraniens et les Russes. Les Syriens, appuyés par leurs alliés iraniens, voudraient reconquérir immédiatement la poche d’Idlib (nord-ouest de la Syrie), les Turcs eux ne veulent pas toucher au statu quo pour garder leurs alliés rebelles en place et les Russes sont favorables au contrôle par Damas de cette portion de territoire syrien, mais ils obtiennent actuellement des délais afin de privilégier une voie négociée avec les rebelles.

En Turquie, les Occidentaux n’ont pas réussi à convaincre le Président Erdogan de maintenir la trêve qu’il avait instituée avec les Kurdes en mai 2013. Les Kurdes syriens ont été les principaux supplétifs des Occidentaux dans leur guerre contre les djihadistes. Parce qu’ils sont liés aux Kurdes turcs révolutionnaires du PKK, les Kurdes syriens sont aussi devenus une cible stratégique du président turc. Ankara voit rouge dès qu’on évoque la possibilité d’un territoire autonome kurde, même en Syrie, où il existe de facto depuis 2011, sous le nom de Rojava (bande de terre courant au nord du territoire syrien, le long de la frontière turque). En mars 2018, les Occidentaux n’ont pas réussi à dissuader les Turcs de prendre aux Kurdes le contrôle du canton d’Afrin (nord-ouest du territoire syrien), et d’y installer leurs supplétifs arabes islamistes. Le 19 décembre 2018, le président Trump a annoncé qu’il allait retirer du Rojava les forces spéciales américaines (2000 soldats stationnés à Manbij, sur la rive droite de l’Euphrate). Abandonnés par les Occidentaux, les Kurdes syriens (qui sont laïcs) se tournent désormais vers le régime de Damas pour trouver une protection efficace face à l’armée turque.

Au Liban, pays créé par les Français en 1920, les Occidentaux n’ont désormais pas plus d’influence que l’Iran, dont le fils spirituel (le Hezbollah) détient un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques du gouvernement.

Au Yémen, l’Occident s’est montré incapable d’empêcher la catastrophe humanitaire née de l’intervention, à partir de mars 2015, de ses alliés saoudiens et émiratis contre les rebelles nordistes houthis, qui tiennent toujours la capitale Sanaa.

Dans le Golfe, les Occidentaux n’ont vu qu’un réformateur dans le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salman (MBS), aveugles quant à son aventurisme militaire et à son cynisme politique. De 2012 à 2016, le Royaume wahhabite a commis trois grosses bévues de politique étrangère. Il s’est immiscé en pure perte dans la guerre civile syrienne, y finançant et y armant les rebelles les plus djihadistes, sur lesquels il a perdu tout contrôle aujourd’hui. Il s’est également immiscé dans la guerre civile yéménite, alors qu’il n’était nullement menacé par les montagnards houthistes (de confession zaïdite, proche du chiisme) qu’il combat aujourd’hui. Enfin, en juin 2017, il a imposé au Qatar un embargo terrestre, aérien et maritime, sans parvenir à faire fléchir le moins du monde le petit émirat gazier. En l’espace d’un an et demi, les Occidentaux n’ont même pas réussi à obtenir une réconciliation au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG), institution de coopération entre monarchies sunnites, dont ils avaient facilité la création en 1981, afin d’endiguer l’expansion de la révolution islamique iranienne.

En Palestine, les Occidentaux ne sont pas parvenus à faire prévaloir leur solution des deux Etats, dont ils ne cessent de parler depuis 30 ans. On n’a jamais été aussi éloigné de cette solution des deux Etats et la colonisation israélienne en Cisjordanie est si avancée aujourd’hui qu’on ne voit pas très bien comment on pourrait encore y créer un Etat viable pour les Palestiniens.

En Libye, qu’on peut rattacher au Moyen-Orient tant les intérêts égyptiens, émiratis, turcs et qataris y sont importants, l’Occident a créé un chaos qu’il n’est pas capable de gérer. Les efforts de conciliation de la France, entamés par le Président Macron à La Celle Saint-Cloud le 25 juillet 2017, n’ont toujours rien donné de concret sur le terrain.

En Afghanistan (on peut mettre l’Afghanistan dans le Moyen-Orient puisque l’ONU le fait), après 17 ans de présence, les Occidentaux sont impuissants à faire prévaloir leurs vues. Les Talibans, soutenus en sous-main par les services militaires de renseignement pakistanais, font plus que jamais la loi dans les campagnes.

En Iran, malgré toutes les sanctions unilatérales supplémentaires décrétées par Trump en mai 2018, les Américains ne vont pas réussir à faire changer le régime. Les Britanniques et les Français, alliés de l’Amérique, mais favorables au maintien de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 avec l’Iran et à la suspension des sanctions commerciales, sont dans une position d’impuissance stratégique caractérisée, car leurs banques suivent le diktat américain, par peur de représailles du Treasury de Washington. Pour survivre, l’Iran va se tourner massivement vers la Russie et vers la Chine.

Lorsque les Occidentaux expriment des vœux sur le devenir du Moyen-Orient, plus personne ne les écoute, que ce soit à l’intérieur de cette région ou à l’extérieur. Comment en est-on arrivé à une telle impuissance stratégique ? L’Occident a commis trois fautes principales.

La première est le néo-conservatisme, ce mouvement qui croit que l’on peut imposer la démocratie à des peuples étrangers par la force des armes. Quel terrible gâchis que celui de l’invasion de l’Irak en 2003, certes courageusement dénoncée par la France ! Le retrait prématuré des Américains en 2010 a été une erreur stratégique aussi profonde, parce qu’ils n’auraient dû se retirer qu’une fois l’Irak stabilisé.

La seconde faute des Occidentaux est la soumission de leurs politiques étrangères à leurs impératifs électoraux intérieurs. Des considérations de politique intérieure ne sont pas étrangères à la décision de Nicolas Sarkozy, un an avant la présidentielle, d’intervenir militairement en Libye, et à la politique de Trump avec l’Iran, pays détesté depuis quarante ans par sa base électorale. Les exemples désastreux de l’Irak et de la Libye ont convaincu les peuples orientaux que l’Occident était en définitive assez indifférent à leur bien-être, lorsqu’il intervenait militairement chez eux.

La troisième faute est l’indécision des Occidentaux. Combien de fois les Occidentaux se sont-ils montrés incapables de prendre une décision ! La proposition Tchourkine de février 2012 en donne un bon exemple. En février 2012, l’ambassadeur de Russie aux Nations Unies Vitali Tchourkine fait une proposition aux Occidentaux, c’est-à-dire aux membres du P3 (les Américains, les Français et les Anglais) parce qu’il a bien compris que le régime de Damas vacillait et qu’il fallait peut-être trouver une solution, c’est-à-dire faire partir, avec les honneurs, le Président Bachar al-Assad, afin de constituer un gouvernemment de transition. Les trois Occidentaux ensemble lui ont répondu : « Non, ce n’est pas la peine de négocier car, de toute façon, Bachar sera chassé par son peuple d’ici quelques semaines ! » Au Moyen-Orient, le wishful thinking a souvent tenu lieu de politique chez les Occidentaux.

La conséquence de ces fautes est l’effacement des Occidentaux, qui furent aussitôt remplacés par la grande puissance opportuniste de la région qu’est la Russie. La Russie a deux bases souveraines en Syrie, mais au-delà, elle a réussi le prodige de faire venir à Moscou en 2017 le Roi d’Arabie saoudite qui l’avait combattue en Syrie. Le réchauffement russo-saoudien est tel que Vladimir Poutine a apporté son soutien à MBS après l’affaire Khashoggi (opposant saoudien sauvagement assassiné le 2 octobre 2018 au Consulat saoudien d’Istanbul). « Il n’y a pas d’affaire, laissons la justice saoudienne traiter cet incident ! », a dit le maître du Kremlin. La Russie a réussi à améliorer ses relations avec un autre grand allié des Américains : Israël. On a vu Netanyahou arborer le ruban de St Georges sur la Place Rouge à côté de Poutine. La Russie est aussi en force en Egypte, où elle va construire une centrale nucléaire. Et le Général Haftar en Libye est devenu une carte russe autant qu’elle était autrefois une carte américaine.

Cet effacement de l’Occident au Moyen-Orient n’est pas une bonne nouvelle pour la région. Car les Occidentaux y ont aussi, par le passé, apporté de très bonnes idées. Pour libérer le Koweït, envahi par l’Irak le 2 août 1990, les Américains avaient constitué une large coalition militaire, comprenant de nombreux pays arabes. En octobre 1991, ils convoquaient à Madrid une vaste Conférence de paix où les Palestiniens furent invités. Moins de deux ans plus tard, le Palestinien Arafat et l’Israélien Rabin se serraient la main sur la pelouse de la Maison Blanche. Seul l’assassinat, en novembre 1995, du premier ministre israélien (par un extrémiste religieux juif) allait réussir à enrayer un processus de paix qui avait été enclenché grâce à l’impact de la Conférence de Madrid.

L’Amérique, qui n’a plus besoin du pétrole moyen-oriental, a décidé de diminuer son implication militaire et politique dans la région, où sa stratégie se limite à asphyxier les Iraniens, pour les faire changer de régime. La Grande-Bretagne et la France sont trop faibles militairement pour prétendre y rejouer un rôle important. L’impuissance stratégique de l’Occident au Moyen-Orient est donc un phénomène qui a toutes les chances de se poursuivre…

Renaud Girard

Amid Brexit Chaos, E.U. Sees a ‘Catastrophic Success’

BRUSSELS — Some of the smugness here is gone.

The European Union took a tough line in negotiating its divorce with Britain, wishing to preserve its unity and discourage other countries from wanting to leave the bloc. But now officials worry that what they have achieved may be “a catastrophic success.”

British politics is in meltdown after Parliament’s crushing defeat of Prime Minister Theresa May’s carefully negotiated plan for Brexit, as the process of withdrawal is known. And no other compelling alternative plan for an orderly exit is in sight, with just 10 weeks to go until Britain is set to exit the bloc.

European Union officials are now worried that Britain could leave without any agreement — a so-called “hard exit” that analysts warn could trigger a recession in Britain, causing huge backlogs, delays and shortages of goods, and badly hit the European economy, too, since more than 40 percent of Britain’s trade is with the bloc.

Yet they see no point in making any concessions now, since Mrs. May has lost control of the process.

“Catastrophic success is accurate, in that the general meltdown of the British political system highlights to everyone what a bad idea it is to leave the European Union,” said Nathalie Tocci, director of Italy’s Institute of International Relations. “That is success, but catastrophic because at this point there’s no obvious way out of this.”

Some in Britain are urging a delay in its scheduled March 29 departure, to allow time for a new consensus, a leadership change or even a second referendum. But even a delay, which the bloc would probably grant if a deal seemed imminent, has its own complications.

Postponing Britain’s departure, while avoiding chaos, “could still have bad and even catastrophic consequences for the E.U., given the delays involved and the imminence of the European elections,” Ms. Tocci said.

Those elections for a new European Parliament, set to begin May 23, are considered a crucial test of populist and euroskeptic sentiment on the Continent.

An extended Brexit debate and the subsequent uncertainty “would be spun in different national contexts, creating risks and unpredictability that most incumbent governments don’t want to raise,” Ms. Tocci said.

But European leaders seem united in rejecting any renegotiation of the withdrawal agreement, or divorce deal, which they believe already goes a long way toward meeting British demands.

For now, the Europeans will wait to see what emerges from Britain’s lawmakers. At the same time, they are preparing for a “no-deal” exit and consider March 29 to be a pressure-cooker deadline for Britain.

“Nobody wishes to end up with a complete breakdown, which would be bad for both sides, even if worse for the U.K.,” said Mark Leonard, director of the European Council on Foreign Relations. “But the other E.U. states are reasonably confident Britain won’t do that, since there is no parliamentary majority for a no-deal.”

Once a divorce deal is finally done, Britain’s future relationship with the bloc can be negotiated in many ways, European officials consistently say. But most of the likely options would require retaining the primary sticking point in Britain: the guarantee that no hard border will be created on the island of Ireland.

President Emmanuel Macron of France has been particularly tough on the issue, partly because France sees a larger role for itself once Britain leaves.

But now that he is so unpopular at home and challenged by the anti-Europe “yellow vest” protesters, “the more macabre and gruesome the British situation is, the better given his domestic situation,” Mr. Leonard said.

France will not accept any dilution of the single market, said Christian Lequesne, a professor of political science at Sciences Po in Paris. In regard to the European Parliament, France also wants to avoid “an ongoing negotiation with a new Parliament without Britons, while the British are not officially out of the E.U.,” he said, adding, “That’s just too complicated.”

Even Chancellor Angela Merkel of Germany, who has been eager to keep close ties with Britain, has said that “it is clear that there cannot be any renegotiations” of the current deal, although she is open in principle to extending the deadline for departure.

From the perspective of the European Union, the whole exercise has been something of a nightmare, said Fabian Zuleeg, chief executive of the European Policy Center, an independent think tank in Brussels.

“The E.U. would say it made a number of concessions to the U.K. but preserved its principles, making the best deal possible given British red lines,” he said.

The bloc deals only with governments, not with parliaments or the public, and the European Union was eager to help Mrs. May get her deal through.

“But if it now looks like that is not in her power, no matter what the E.U. puts on the table, the inclination is not to put anything more out there,” Mr. Zuleeg said. “And some still feel that the closer the U.K. gets to a no-deal, the more likely it is that they will compromise.”

There is little regret among European officials about their role in the talks. As Mr. Leonard said, the European Union’s primary goal from the start has been to preserve the single market, get money from Britain, preserve the rights of European Union citizens, make sure that Ireland was protected and make leaving look unattractive to other countries.

The member states held together, Mr. Leonard said, adding, “Brussels never sold out Ireland, as much as the U.K. may have wished it to.”

Governance lags behind youth expectations and needs

The 2018 Ibrahim Index of African Governance (IIAG) measures performance of the provision of political, social, and economic public goods and services that every citizen has the right to expect from their state, and that a state has the responsibility to deliver to its citizens. In the IIAG, country performance in delivering governance is measured across key dimensions that effectively assess a country’s Overall Governance performance (see Figure 1.1).

Over the past decade, public governance in Africa remains on average on a moderate upward trajectory, mainly driven by progress in Gender, Health, and Infrastructure. The 2018 IIAG shows that approximately three out of four African citizens live in a country where public governance has improved over the past 10 years. Many positive trends emerge from this year’s index. Thirty-four out of 54 African countries have improved in Overall Governance over the past decade, with 15 of these having accelerated their pace of improvement in the past five years. Among those, Côte d’Ivoire, Morocco, and Kenya display the most impressive progression, stepping up from 41st, 25th, and 19th ranks out of 54 countries to 22nd, 15th, and 11th over the past decade, respectively. On the continent, improvements stand out in indicators related to Health, the most improved of the 14 sub categories of the IIAG over the past decade, as well as in Gender and Infrastructure. There are also recent and welcome improvements in Rule of Law and Transparency & Accountability, even if scores in the latter are still low.

But despite these improvements, needs and expectations of the continent’s youth are not met. Faced with unprecedented demographic growth, key governance areas are not progressing fast enough to keep up with rising demands, and more specifically to answer the growing expectations of Africa’s youth (under 25 years old), who now represent more than 60 percent of our continent’s population and are still expected to increase their number by almost 20 percent in the next decade.

Considering Africa’s youth population growth, it is concerning to see the recent downturn of the African average score for Education. For 27 countries—half of African countries—Education scores registered deterioration in the past five years, meaning that education outcomes are worsening for more than half (52.8 percent) of Africa’s youth.

Though enrollment levels are higher, this concerning drop is driven by a fall in the indicators measuring whether education is meeting the needs of the economy, as well as education quality and citizens’ expectations of education provision.

In a world of globalized information and multiplying social networks, Africa’s growing number of young citizens also ask for better rights and participation.

Progress in Participation & Human Rights has been registered, and almost four out of five of Africa’s citizens (79.6 percent) live in countries that have progressed in this dimension over the past decade.

However, the increased number of free and fair executive elections does not necessarily translate into a better participatory environment. Alarmingly, citizens’ political and civic space in Africa is shrinking, with worsening trends in indicators measuring civil society participation, civil rights and liberties, freedom of expression, and freedom of association and assembly.

Also, strong macroeconomic growth over the past decade has failed to translate into progress in Sustainable Economic Opportunity for citizens, namely the extent to which governments enable their citizens to pursue economic goals and provide the opportunity to prosper. While Africa’s combined GDP has increased by almost 40 percent over the past decade, average progress has been almost null for citizens in Sustainable Economic Opportunity. Even if some countries do manage to register progress, almost half (43.2 percent) of Africa’s citizens live in one of the 25 countries where Sustainable Economic Opportunity has declined over the past 10 years.

The almost stagnant trend then strikes a concerning contrast with demographic growth and youth expectations. Africa’s population has increased by 26 percent over the past 10 years and 60 percent of the continent’s 1.25 billion people are now under the age of 25 years old. A deteriorating business environment and high unemployment, among others, are a huge missed opportunity that could become a recipe for disaster even for the largest African economies. Large unemployed populations are bound to fuel further migration flows or political unrest and shake the stability of countries for years to come.

The IIAG results confirm that governance must be citizen-centered. Common factors among the best-performing countries in Overall Governance are relatively higher scores in the provision of property rights, civil rights and liberties, government accountability, and social welfare policies to their citizens.

The index also confirms that Rule of Law and Transparency & Accountability are key pillars of good governance. These two sub-categories show the strongest relationships with Overall Governance scores. Transparency & Accountability is also key for progress in economic opportunity, being strongly correlated to the Sustainable Economic Opportunity category and the Business Environment sub-category. However, even if recent improvements here are encouraging, Transparency & Accountability performance is still low and needs to be further strengthened.

Africa is at a tipping point. We welcome progress in Overall Governance, but the lost opportunity of the past decade is deeply concerning. Africa has a huge challenge ahead: Its large and youthful potential workforce could transform the continent for the better, but this opportunity is now close to being squandered. Young citizens of Africa currently lack hope, prospects, and opportunities. Their leaders need to invest in education and speed up job creation to sustain progress and stave off potential deterioration, as well as to make sure the voice and expectations of the youth are included in policymaking. The time to act is now.

Younes Maamar

Founding Partner of the Quattro Group and Partner of eONE Global Investments LLP (an advisory and investment outfit in Energy/Africa). His work experience started in 1995 with the World Bank Group in Washington DC where his last held position was Investment Officer in the IFC’s Oil and Gas Department. He joined The AES Corporation in 2001, the World’s largest independent power producer, working on business development and restructuring in the EMEA region. In 2006, he was appointed as the CEO of the Office National de l’Electricité. He is an electrical engineer by training, graduated from Ecole Centrale de Nantes and holds a post-Masters’ degree in economics from the French Commissariat à l’Energie Atomique.

Marie Françoise Marie-Nelly

World Bank’s Country Director for the Maghreb and Malta, Middle East and North Africa. She joined the World Bank in 1994 and has held a variety of positions focused on the restructuring of public enterprises, support to private sector development, regional integration, and management of the oil sector. Prior to her current position, she spent four years as Country Director for Nigeria, and previous to that held a number of other positions. She graduated of the Ecole Supérieure de Commerce de Nantes and Bowling Green University (Ohio, USA). She has also completed several management programs at Harvard University in the US. She worked for many international firms and was advisor to several governments before joining the World Bank.

Larbi Belarbi

Honorary Consul of Japan in Morocco, a member of the Economic, Social and Environmental Council, Chairman of the Academic Committee at Al Akhawayn University in Ifrane, Vice-President of the Moroccan Association of Competitive Intelligence, and Director of several public and private companies. He began his career at “Editions Hachette” as Head of the Maghreb Educational Center. He then joined the textile group ICOMA as a Sales Director and later the Moroccan subsidiary of ITT (International Telephone and Telegraph) as General Director.

Driss Ouaouicha

President of Al Akhawayn University. He had previously served at Al Akhawayn as Vice President for Academic Affairs, Interim Dean of the School of Business Administration, and Dean of the School of Humanities and Social Sciences. He is General Secretary of the Moroccan British Society, and former Secretary of the EuroMed Permanent University Forum. He holds a Ph.D in Linguistics and Education from the University of Texas at Austin, a Masters in Applied Linguistics and Language Teaching from the University of Wales, and a Bachelor of Arts from Mohamed V University.

Anouar Benazzouz

General Manager of the National Highway Company of Morocco. He began his career as a Project Manager Engineer, then held several management positions at UNILEVER in Casablanca, London, Singapore, before being appointed Chief Financial Officer of Unilever Egypt. He has also held the position of General Manager of “Savola Morocco”.  In 2012, he returned to Morocco to assume the position of Chief of Staff of the Minister of Equipment, Transport and Logistics before being appointed in January 2014 General Manager of the National Highway Company of Morocco. He is an engineer from the Ecole Centrale de Paris and also graduated from Imperial College Business School in London where he prepared an MBA in Finance and Strategy.

Othman El Ferdaous

Secretary of State for investment, Ministry of Industry, Investment, Trade and Digital Economy, Kingdom of Morocco. He began his career as an auditor at PricewaterhouseCoopers Paris, between 2003 and 2006. He subsequently, held the position of Director Special Advisor at Mena Media Consulting-Rabat between 2008 and 2016. He became Manager of Europa Conseil-Casablanca in July 2016. He has been President since January 2017 of clubgibraltar.org, a think tank dedicated to promoting the anchoring of the Maghreb in the European project. He also held the position of Secretary General of Sciences Po Alumni Morocco between 2012 and 2016. He holds a Master’s degree in journalism from the Paris Institute of Political Studies, an Executive Master’s from the National School of Administration, Post Graduate Course of European studies. He is also a graduate of the ESC Nantes-Atlantique business school (Audencia).

Brahim Bouabid

Member of the National Control Commission for the Protection of Personal Data. Lawyer by profession, he has served successively as advisor to the Secretary of State to the Prime Minister in charge of the Post and Information Technologies, and adviser to the Minister of Justice, in charge of international cooperation. As such, he participates in several international negotiations with the USA and the EU. Also, he is the author of specialized studies and legal articles, published in various law journals.

Fatima Harrak

Historian and political scientist. She is a research professor of the University Mohamed V Institute of African Studies (IAS) where she served as director from 2003 to 2008. She is an active member of the pan-African Council for the Development of Social Science Research in Africa (CODESRIA), Dakar, which she served as vice-president then president from 2009 to 2015. She has been visiting scholar at a number of African, European and US universities and authored numerous books and studies on themes of Islamic reform in North and West Africa, African women in the transmission of Islamic learning, trans-Saharan slavery and Africa in the world. She graduated from the Institut d’Etudes Politiques (IEP) in Paris and the University of London School of Oriental and African Studies (SOAS).

Loubna Tricha

Director General of the Office of Vocational Training and Employment Promotion (OFPPT). She has been a member of OCP’s Industrial Development Department before being promoted to the head of the public company in 2014. In 2018, she was appointed by the King Mohammed VI as Secretary General of the OFPPT. She was officially installed at the head of the Office in August 2018. She graduated from the Mohammadia School of Engineers (EMI) in Rabat.

Hynd Bouhia

CEO of Global Nexus, a private equity fund dedicated to clean energy infrastructure in Morocco. Prior to that, she was the Head of Investment Strategy of Morocco’s Public Pension Fund, and a Director General of the Casablanca Stock Exchange. She went back to Morocco in 2004 after eight years at the World Bank in Washington to become the Economic Advisor to Morocco’s Prime Minister. She received her Ph.D. in Environment Engineering from Harvard, an MA from Johns Hopkins School of Advanced International Studies, and a Diploma of Engineering from Ecole Centrale Paris.

Ahmed Abaddi

Member of the Council of Qaddi Ayyad University since 2002, he was appointed Directeur of Habous and Islamic Affairs in April 2004. Secretary General of Rabita Mohammadia des Oulémas (Mohammadia League of Scholars) since April 2006. He holds of a PhD (doctorat d’Etat) in Islamic studies from the Qaddi Ayyad University of Marrakech, and has been teaching, since 1988, compared history of religions (Faculty of Arts and Humanities) and the Islamic thought (English department) within this university. Since 1995, he has delivered lectures as professor of sociology of North Africa within the framework of a programme of cooperation between Qaddi Ayyad University and DePaul University of Chicago.

Valeria M. Aruffo

Regional manager for West and North Africa for EnergyNet. She currently works with governments across West and North Africa promoting investment into the energy, electricity, and infrastructure sectors with a clear focus on energy access and economic development in Africa through project implementation, climate finance, technology transfer, and capacity building. With an emphasis on North and West Africa development and regional cooperation, she has led high level investor’s summits promoting energy access around the world, most recently in Marrakech where she led the EnergyNet’s Africa Renewable Energy Forum (ARF), the officially labelled side event of COP22. She holds a bachelor’s degree in political science and international relations from the University of Rome, two master’s degrees, one in the history of Africa and one in political studies from the EHESS in Paris.

Veronique Hob-Hob

Marketing manager at Bridge Africa, a tech start-up that promotes African-generated content by enabling people to create professional websites for their business. Prior to this, she served as a business development assistant at FHI360 in Washington, DC. She also served as EducationUSA country coordinator at the U.S. Embassy in Yaounde, Cameroon. She has been named a World Economic Forum Global Shaper and is founding curator of the Global Shaper’s Yaounde Hub. She is also a founding partner of New Frame Limited, a mobile app development startup that seeks to help businesses in Cameroon improve their brands. She holds a bachelor’s degree in political science from Williams College.

AFTER THE MIDTERMS: AUSTRALIA, THE UNITED STATES AND THE INTERNATIONAL ORDER

21 DECEMBER 2018
By Michael Fullilove
Executive Director Dr Michael Fullilove reflects on the Trump administration, the effect of the midterms on US foreign policy and what this means for Australia and the world order. This speech was delivered at the Lowy Institute on 13 November 2018.

Many of you will know that I have been arguing for some time that Australia needs to step up its foreign policy efforts.

In 2015 I was honoured to deliver the Boyer Lectures, which were titled ‘A Larger Australia’.[i] I called the first of my Lectures ‘Present at the Destruction’ – a play on the title of Dean Acheson’s memoir about the establishment of the post-war order, Present at the Creation. I argued that the country around which the post-war order was constructed, the United States, had stepped back from the world, while powers such as China and Russia had stepped forward into it. The pillars supporting that order were weak. And the principles that defined it were under challenge. The order was not necessarily finished, I said, but it was fraying.

Some protested that I was being too gloomy.

But since then we have seen the international system degrade further. Nationalism and protectionism are rising. Faith in democracy is falling. Strongmen and authoritarians are up on their hind legs. International norms are being flouted. Assassinations and extrajudicial executions on foreign soil seem to be multiplying. The United Kingdom is exiting the European Union, which will weaken both Britain and the West. And the leader of the free world is Donald J. Trump.

No one is saying now that I was too gloomy.

Ladies and gentlemen

We are now halfway through the first term of the Trump administration. Today I will talk about the first two years of Trump’s foreign policy, how the midterms will affect US foreign policy, and what this means for Australia.

President Trump’s foreign policy

Ladies and gentlemen

President Trump came to office with a more coherent worldview than other recent American presidents. For decades, he has held four core beliefs about the world.

They are not exactly the Four Freedoms.

First, Mr Trump scoffs at the longstanding American commitment to international leadership and cooperation. During the presidential election campaign he promised to wall off the world and reduce America’s international commitments. In his midterm election campaign he sent troops to the border to stop a caravan of migrants, and vowed to end birthright citizenship. Since the 1940s, American presidents have appreciated the advantages of global leadership. Mr Trump seems oblivious to them.

As I mentioned earlier, the process of pulling America back from the world did not start in 2016 – but it has certainly accelerated since then.

Second, Mr Trump is unimpressed by the alliance network through which Washington has traditionally projected its influence – even though China or Russia would dearly love to have an alliance network as powerful and cost-effective as that of the United States.

Third, he is hostile to free trade agreements (or at least those negotiated by others).

Finally, he has a weird affinity for strongmen such as Russia’s President Vladimir Putin. By contrast, he is lukewarm about most democratic leaders.

In office Mr Trump’s instincts have, in many respects, informed America’s policies.

He junked the Iran deal. He pulled out of the Paris Accord. He boosted the Brexiteers, and called for other countries to leave the European Union. He signalled that America will withdraw from the INF Treaty with Russia.

On alliances, he repeatedly refused to endorse the collective security guarantee of the NATO treaty, and threatened that the United States would ‘go (its) own way’ if ‘delinquent’ NATO members did not increase their defence spending. He has been ambivalent towards bilateral alliances with South Korea and Australia.

On trade, President Trump withdrew from the TPP and levied tariffs on A$350 billion of Chinese imports.

And he has pandered to President Putin. He accepted the Kremlin’s denial of election interference over the considered opinion of his own intelligence community. He has emboldened a cohort of strongmen including The Philippines’ Rodrigo Duterte, Hungary’s Victor Orban, Italy’s Matteo Salvini, Saudi Arabia’s Mohammed bin Salman and North Korea’s Kim Jong-un.

Of course, Mr Trump has had his foreign policy successes. He put upward pressure on NATO allies’ defence spending – a good thing, and no small thing. He forced allies such as Canada and Mexico to renegotiate trade agreements. He drew the eyes of the world when he met with Kim Jong-un.

But the scale of his successes is mostly modest; certainly, less than he claimed. For example, the US-Mexico-Canada Agreement is not notably different from NAFTA. It is more of a rebranding than a rewriting.

And at what price do these successes come? A stronger party can usually impose its will on a weaker party, but over time, bullying behaviour will undermine the regard in which the stronger party is held.

The genius of America’s conduct after the Second World War was, as historian John Lewis Gaddis observed, that Washington established ‘hegemony by consent’.[ii] If you push your allies to the brink in every negotiation, that consent will quickly evaporate.

At home, President Trump has lowered the bar of acceptable political conduct. His dismissal of all criticism as ‘fake news’ undercuts the free press and has been adopted by dictators abroad. His violent language helps to normalise political violence on the part of some of his followers. His cynicism undermines liberal values and strengthens the claim of Moscow and Beijing that Western democracy is a sham. As my friend, The New York Times columnist Bret Stephens, wrote: ‘The story of the Trump presidency so far isn’t catastrophe. It’s corrosion — of our political institutions, civic morals, global relationships and democratic values.’[iii]

Think of some of the disturbing international events of the past two years. Kim Jong-un assassinated his brother at a major international airport with a chemical weapon. The head of Interpol disappeared in China. A journalist was murdered and dismembered in the Saudi consulate in Turkey, apparently on the orders of the Crown Prince. Once Washington would have cared about these developments and done something about them. Now we hear crickets.

The ghastly case of Jamal Khashoggi is instructive. As Susan Glasser, Washington columnist for the New Yorker – who will soon visit the Lowy Institute – wrote recently, the Khashoggi case is ‘the Trump Presidency distilled to its morally compromising, press-bashing, truth-denying essence. At a time when many question American leadership in the world, Trump’s combination of credulity and cynicism in response to the brutal murder of a dissident who sought refuge here gives the world’s bad guys yet another reason to cheer.’[iv]

President Trump’s worldview has shifted US foreign policy and weakened international society. However, the president’s writ does not run everywhere. Two factors have limited the Trump influence on Trump foreign policy.

The first is opposition from within his administration – the so-called Deep State. The ‘adults in the room’ have prevented the president from doing irreparable damage to America’s alliances and foreign relationships. They have issued official documents such as the National Security Strategy and the National Defence Strategy, which reflect orthodox rather than Trumpian policies. For the most part, they have had a positive effect. Thank God for the Deep State.

However, by now most of the adults have left the room. There are persistent rumours that Chief of Staff John Kelly and Secretary of Defence Jim Mattis will soon follow the others out the door.

Second, the president lacks the patience, discipline and focus to implement his will. He is not really interested in solving policy problems. He is interested in being seen to win. As Tom Wright of the Brookings Institution and the Lowy Institute argued recently, Mr Trump’s style is to make a bold and unexpected move on an issue, declare victory and move on to something else.[v]

The historian Arthur Schlesinger said of Franklin Roosevelt that ‘detail stuck in his mind like sand in honey.’[vi] No one says this of Donald Trump. He is not a details man. Next steps are not important to him. He prefers cheap cheers.

Few observers believe, for example, that scrapping the Iran nuclear deal lessened the chance of Iran obtaining nuclear weapons. Few expect Kim Jong-un to give up his nukes. So goading Tehran and romancing Pyongyang were not real victories. But in the Trumpian era, what happened is a detail. What is seen to happen – what Mr Trump declared just happened – this is what matters.

These two factors – the Deep State’s resilience and the president’s character – have combined to limit the damage Mr Trump has done to the international system. He has hurt America’s interests, damaged international agreements and diminished America’s attractiveness, but he has not yet done irreversible harm.

However, we should not be too sanguine. President Trump is yet to face an externally generated foreign policy crisis. Most of his problems to date have been internally generated. President Obama came to office in the midst of a major financial crisis. Imagine if another such crisis were to occur, and our last line of defence were Donald Trump.

As Mr Trump’s confidence increases, and the influence of his professional advisers ebbs away, the likelihood of presidential error increases further.

The 2018 US midterm elections

This, then, was the foreign policy record submitted to the American people in last week’s midterm elections. Of course, the elections were not just about foreign policy. Midterms are traditionally seen as a referendum on the incumbent president, and this time around, President Trump declared them to be so.

So, did Mr Trump win or lose?

The answer is: ‘it’s complicated’. Both sides have something to skite about.

The president described the result as a ‘fantastic success’ and claimed a ‘Big Victory’. It is true that Republicans increased their majority in the Senate, so Mr Trump’s partisans can say there was no blue wave, only a blue ripple. In his post-election press conference, however, the president did not carry himself like a winner.

Democrats can point to the fact that they won control of the House of Representatives for the first time in eight years. They also won the House popular vote by seven or eight points at a time of record high employment and strong economic growth. Democrats now have the power to check the president’s agenda and investigate his affairs.

Mr Trump remains unpopular with the American people, however in the midterms he tightened his grip on the GOP. Republicans ran towards Trump, not away from him. Many who previously criticised or rejected the President, such as Senators Ted Cruz and Lindsay Graham, now embrace him. And several moderate Republicans lost office last week.

So Americans delivered a slap, not a punch, to Mr Trump. He was not submerged in a blue wave, but the water is now up to his knees.

The question is: how will this result affect a person like Mr Trump?

On the one hand, he might moderate, as George W. Bush did in the second half of his first term, when he realised that events weren’t proceedings as expected. The president may conclude that in order to maintain his reputation as a change agent, he needs to cooperate with Democrats on some areas such as infrastructure and emphasise the positives of the strong US economy rather than the negatives of immigration.

He may invite the adults back into the room – turning over more control of foreign policy to the experts, for example, by empowering Secretary Mattis.

This seems unlikely, however. It is more likely that he will double down.

Given the likelihood of gridlock in Washington, the president may well get bolder in his foreign policy – Trumpier, if you like – both because he has greater freedom to move abroad and because he thinks foreign wins will help him at home.

The president described these two scenarios himself the day after the midterms. He said that he and Speaker Nancy Pelosi could create a ‘beautiful bipartisan-type situation’ but, if the Democrats came after him, he would adopt a ‘warlike posture’.

We should prepare for both possibilities. Certainly, we can now say with some confidence that the United States will not ‘snap back’ to normality. Mr Trump is more likely than not to be re-elected in two years’ time. So America’s posture is unlikely to change any time soon.

President Trump and Australia

What does all this mean for Australia – a country that relies heavily on its security alliance with the United States, but whose citizens distrust the US president? Recall that this year’s Lowy Institute Poll found that only 30 per cent of Australians have confidence in Mr Trump ‘to do the right thing regarding world affairs’.[vii]

Australia believes in a rule-based order. Mr Trump does not. He does not believe in a rules-based order between individuals. He does not accept that rules that apply to other adults also apply to him. And he clearly does not believe in a rules-based order between nations. He believes in a power-based order, by which I mean using all of America’s power, even against its friends, to squeeze out the maximum short-term advantage for the United States.

There are broadly three approaches the Australian government could adopt in response to the Trump effect.

The first approach would be to imitate President Trump – to devise an ‘Australia First’ foreign policy. No one proposes explicitly that we should ‘Make Australia Great Again’. But you see hints of such an approach in suggestions that Australia should pull out of various international agreements or curry favour with Mr Trump by copying his policy positions.

Paul Kelly provided a succinct rebuttal of this line recently in The Australian. ‘The Trump fan club in this country’, said Kelly, ‘doesn’t grasp that America is big enough and powerful enough to live with decisions that antagonise much of the world — but that Australia isn’t, and doesn’t escape with such im­munity.’[viii]

Even if we could get away with aping his conduct, the truth is that President Trump’s instincts are profoundly antithetical to Australia’s interests.

Mr Trump is sympathetic to isolationism; Australians are inclined toward internationalism. Mr Trump is an alliance sceptic; Australians are alliance believers. Trump is hostile to free trade; Australia is a trading nation. Mr Trump swoons over autocrats and strongmen; Australia is an old democracy and a free society. Mr Trump decries globalists; nearly four in five Australians polled by the Lowy Institute agreed that globalisation is mostly good for Australia.[ix]

So an ‘Australia First’ foreign policy would make no sense.

A second approach would be the opposite of the first. Australia could join the ranks of the ‘Never Trumpers’. Our leaders could spend their time refuting President Trump’s untruths. We could edge away from the United States – perhaps move towards its rival, China.

This would be an act of self-sabotage. I am concerned about what President Trump presages for the world. Australia should stand up to him when our interests and the order are threatened. But we should not join the global Resistance. For all its frailties, the United States remains the keystone of the international system. And America is still in play – both its liberalism and its power. There is a good chance that America will be back.

I prefer a third approach.

I agree with the Australian government’s stated commitment to the rule-based order – but I think we should do more to support that order.

This would be a hard task in the best of circumstances. Australians are often complacent about the world. We are interested in international events – but we see them as things that happen over there, rather than things that will affect us here. Too often we regard ourselves as onlookers, rather than players.

And at the moment, of course, our political class is traumatised by a decade of failure and churn. It is hard for governments to be creative when they are beleaguered.

The last prime minister and foreign minister produced a foreign policy white paper that is persuasive on the importance of the rules-based order. But what new initiatives is the government undertaking to support the order? What risks will we take? What costs will we bear?

I would like to suggest eight principles that might inform a larger, more creative Australian policy towards the United States and the international order in the Trump era.

First, we need to maintain our alliance with the United States. As my chairman Sir Frank Lowy said in this year’s Lowy Lecture: ‘Australia would be mad to walk away from the alliance. And where exactly would we go?’[x]

In the long run it is China, not the United States, that poses the greatest challenge to the existing order. China’s rise makes the alliance more, not less, important. Far from suggesting that Washington retreat from regional leadership, as some suggest, we should urge that Washington reaffirm its presence in Asia. A robust US presence is necessary to maintain a balance of forces in the region.

Second, in our dealings with Mr Trump we should stand up for ourselves and our values. We should avoid the example of British Prime Minister Theresa May, who displayed unseemly enthusiasm in her early approaches to the president, culminating in a humiliating joint press conference in the garden at Chequers in which she looked on while he complimented her rival, Boris Johnson, and railed against the ‘fake news’.

Prime Minister Malcolm Turnbull has his famous phone call with President Trump. But compared to other allied leaders such as Germany’s Angela Merkel and Canada’s Justin Trudeau, he got off lightly. Australia’s time will likely come. When it does, Scott Morrison or Bill Shorten should stand up for Australian values. They needn’t troll the president, but neither should they defer to him. Like everything else in life, the Trump presidency will pass. My advice to leaders is: don’t do something you will regret later. Retain your self-respect. Maintain your independent bearing.

Third, we should call out challengers to the international order – whether they reside in the White House or Zhongnanhai. In March this year, then-Trade Minister Steve Ciobo was asked if Australia would consider supporting WTO action by other countries hit by President Trump’s aluminium and steel tariffs. He replied that Australia would ‘practise what we preach on free trade.’[xi] He was widely criticised for this statement – but he was right. There is too much at stake for us to keep our heads permanently below the parapet.

Standing up to Washington when required will give us credibility when we need to stand up to Beijing. Ciobo was correct: we should practise what we preach.

Fourth, we should be an exemplar in following international rules and observing international agreements. A country of our size benefits enormously from an international order in which the rules of the road are well established and widely observed. We should, in the words of Ralf Beste, head of policy planning at the German Federal Foreign Office in a recent appearance here at the Institute, ‘ruthlessly play by the rules’.[xii]

One example of this is the Paris Accord. The experts have told us what global warming will mean for Australia: more bushfires, worse heat waves, more droughts and flooding rains, rising sea levels, falling agricultural production. It is in our interest to play our part in helping the world to avoid the kind of dangerous warming predicted in the latest report by the IPCC. Accordingly we should bolster the Paris Accord. The last thing we should do is walk away from an agreement we signed under Prime Minister Tony Abbott, thereby weakening the case for concerted international action and also undermining our own reputation as a reliable country that sticks to its word.

Fifth, we should thicken our connections to other countries that matter to us. That means doing more with regional powers including Japan, South Korea, India, Indonesia and Vietnam – but also with like-minded extra-regional powers such as the UK and France.

This is easy to say, of course, and hard to do. Canberra should aim to build these relationships out. For example, it is important that Australia and Japan conclude an agreement to strengthen defence ties. We should also boost our cooperation with Southeast Asian militaries, particularly at sea. Australia is growing its navy because we know the big challenges to our security lie in the maritime domain. We also have an interest in helping Indonesia to increase its maritime capability.

Stepping up our intelligence cooperation with our neighbours would also be a good thing. I liked Defence Minister Christopher Pyne’s idea of providing training in reconnaissance and intelligence gathering to ASEAN countries.[xiii]

I also applaud French President Emmanuel Macron’s notion of greater cooperation between Australia, France and India.[xiv]We are three democracies with overlapping interests. Working more closely with New Delhi and Paris will open up new avenues of action.

Asia’s diplomatic geometry is changing. The linear application of power will not do the job any more. Australians will have to bone up on their trigonometry.

Sixth, we should work with other capitals to support global deals until the fever in Washington has passed. I commend the Turnbull Government for working with Tokyo and Ottawa to keep the TPP afloat. The TPP-11, ratified by Australia a fortnight ago, is a liberal development in a world that is increasingly illiberal.

Seventh, we should help to stand up a new concert of middle powers – countries that, like us, have an interest in supporting the international order and capabilities to help do so. It is past time to institutionalise a group of like-minded middle powers – a ‘coalition of the responsible’. In a recent essay in Foreign Affairs, Ivo Daalder and Jim Lindsay suggest that a G-9 of middle powers could meet annually at leader or ministerial level, or form an informal caucus within existing institutions such as the UN and the WTO.[xv]

Australia has a distinguished history of institution-building – from the United Nations and ANZUS to the Cairns Group and APEC – where our interests and values required it and the creativity of our leaders enabled it. We should draw on that history now.

Finally, and perhaps most importantly, we need to bolster our own national capabilities so that we are better positioned to shape our external environment and buttress the international system. If we want the United States to be a responsible stakeholder, then we must be a responsible stakeholder. We should not be one of those countries that opines furiously on international developments but refuses to stump up for a serious defence force – countries that speak loudly but carry a small stick. We should do what we say.

I welcome the progress made by the Coalition government in increasing defence expenditure towards 2% of our gross domestic product and I am pleased that the Opposition has also committed to the 2% target.  In the future, a credible ADF may well cost more than that. It certainly won’t cost less. For Australia, the era of cheap security is over.

In government, Labor would find this a difficult commitment to meet. Last time it occupied the Treasury benches, it cut defence spending significantly as a proportion of our GDP. I agree with those progressives who say we should lead, not free-ride, on climate change. But equally I would argue that we should lead, not free-ride, on the provision of security, especially in our neighbourhood. I was pleased, therefore, to hear Opposition Leader Bill Shorten declare at the Lowy Institute last month that the 2% pledge is ‘fundamental’.[xvi]

Along with a muscular ADF, we need a better resourced diplomatic corps and a generous aid program.

For most of the last three decades, DFAT’s budget stagnated and our network shrank. This government has arrested that trend. Since 2015, DFAT has opened 10 new posts, and Prime Minister Scott Morrison announced last week another five new posts in the Pacific. But Australia’s diplomats are still thin on the ground. DFAT fields substantially fewer personnel overseas today than it did in the late 1980s. Our network is one of the smallest in the G20. This makes no sense.

It is also hard to understand the recent cuts to Australia’s aid efforts. Since 2014 aid spending has fallen in real terms from roughly $5.5 billion to around $4 billion. As a proportion of gross national income, Australian aid has fallen to its lowest point in half a century. We have cut our aid budget too far. We should undo some of these cuts. Foreign aid helps us to do good in the world, but it also helps us to do well.

Conclusion

I said in my Boyer Lectures that Australia’s strategic circumstances demanded a larger foreign policy. Those circumstances have deteriorated significantly since 2015. The results in the midterms have not improved things.

The pace of regional diplomacy is picking up. But as we go into summit season, others are making the running. We seem to have lost a step. How could it be otherwise when our new prime minister will spend most of the time between now and next year’s election introducing himself to his counterparts?

Australia needs to rediscover its ambition and revive its history of creative diplomacy. In our dealings with President Trump’s Washington, we will need to be a busy ally. But that will not be enough.

Australia is a beneficiary of the international order. From time to time, we must serve in its bodyguard.


[i] Michael Fullilove, A Larger Australia: the ABC 2015 Boyer Lectures, (Melbourne: Penguin Random House, 2015). https://www.lowyinstitute.org/news-and-media/multimedia/audio/2015-boyer-lecture-1-present-destruction.

[ii] John Lewis Gaddis, Surprise, Security and the American Experience, (Cambridge, London: Harvard University Press, 2004), 77.

[iii] Bret Stephens, “The Rules for Beating Donald Trump”, The New York Times, 27 July 2018, https://www.nytimes.com/2018/07/27/opinion/donald-trump-2020.html.

[iv] Susan B. Glasser, ‘“Trump Never Handles Anything Right”: The President Is Acting Like Saudi Arabia’s Lawyer in the Khashoggi Affair’, New Yorker, 19 October 2018, https://www.newyorker.com/news/letter-from-trumps-washington/trump-never-handles-anything-right-the-president-is-acting-like-saudi-arabias-lawyer-in-the-khashoggi-affair.

[v] Thomas Wright, “Trump’s Mystifying Victory Lap at the UN”, The Atlantic, 26 September 2018, https://www.theatlantic.com/international/archive/2018/09/trump-united-nations-bolton-foreign-policy-iran-north-korea-russia/571339/.

[vi] Arthur M. Schlesinger Jr., The Age of Roosevelt, Vol. I, (Boston: Houghton Mifflin, 1957-60), 408.

[vii] Alex Oliver, 2018 Lowy Institute Poll (Sydney: Lowy Institute, 2018), https://www.lowyinstitute.org/publications/2018-lowy-institute-poll.

[viii] Paul Kelly, “Wentworth: no excuse for copying Trump on Israel or Iran”, The Australian, 20 October 2018, https://www.theaustralian.com.au/news/inquirer/wentworth-no-excuse-for-copying-trump-on-israel-or-iran/news-story/074f0238894b6650a4bd5e6b77744807.

[ix] Alex Oliver, 2017 Lowy Institute Poll (Sydney: Lowy Institute, 2017), https://www.lowyinstitute.org/publications/2017-lowy-institute-poll.

[x] Frank Lowy, An Ambitious Australia: the 2018 Lowy Lecture, (Sydney: Lowy Institute, 13 September 2018), https://www.lowyinstitute.org/publications/2018-lowy-lecture-sir-frank-lowy-ac.

[xi] David Wroe & Adam Gartrell, “Ciobo leaves door open to broader pushback against Trump’s tariffs”, The Sydney Morning Herald, 11 March 2018, https://www.smh.com.au/politics/federal/ciobo-leaves-door-open-to-broader-pushback-against-trump-s-tariffs-20180311-p4z3ti.html.

[xii] Ralf Beste, “Panel Discussion: Can middle powers save the international order? Views from Germany”, https://www.lowyinstitute.org/news-and-media/multimedia/audio/panel-discussion-can-middle-powers-save-international-order-views.

[xiii] James Massola, “Christopher Pyne backs Australia joining Asia’s ‘Our Eyes’ intelligence group”, The Sydney Morning Herald, 11 October 2018, https://www.smh.com.au/world/asia/christopher-pyne-backs-australia-joini….

[xiv] “Macron wants strategic Paris-Delhi-Canberra axis amid Pacific tension”, Reuters, 3 May 2018, https://www.reuters.com/article/us-australia-france/macron-wants-strategic-paris-delhi-canberra-axis-amid-pacific-tension-idUSKBN1I330F.

[xv] Ivo H. Daalder & James M. Lindsay, “The Committee to Save the World Order: America’s allies must step up as America steps down”, Foreign Affairs, November/December 2018, https://www.foreignaffairs.com/articles/2018-09-30/committee-save-world-order.

[xvi] Bill Shorten, The Foreign Policy of the Next Labor Government, (Sydney: Lowy Institute, 29 October 2018), https://www.lowyinstitute.org/publications/foreign-policy-next-labor-government.

Karin Kneissl

Austrian Federal Minister for Europe, Integration and Foreign Affairs since December 2017. Since 1998 she has worked as an independent lecturer in the areas of international law, Middle Eastern history and the energy market at various universities. She is co-founder and vice president of Whistleblowing Austria as well as vice president of the Society for Politico-Strategic Studies, STRATEG. She plays an active role in numerous non-profit organisations in Austria and Lebanon. She speaks various foreign languages: Arabic, English, French, Hebrew, Italian, Hungarian and Spanish.

Iran : les Etats-Unis rajoutent des sanctions ciblées

Le Trésor américain continue de sanctionner Téhéran et ses alliés. Les Européens patinent sur l’élaboration d’un véhicule financier qui leur soit propre.

Comme un métronome. En parallèle à la restauration des sanctions contre l’Iran par les Etats-Unis le 5 novembre dernier qui a notamment touché la vente de pétrole, les transports maritimes et avions iraniens, des banques et 700 individus, le Trésor américain a poursuivi une stratégie de sanctions ciblées. Le 16 octobre, il a ainsi bloqué les actifs de plusieurs établissements financiers dans l’orbite de la  Fondation coopérative Basij, accusée de financer le corps des gardiens de la révolution et le recrutement d’enfants soldats. Le 13 novembre, le Trésor a également bloqué  les actifs de quatre membres du Hezbollah développant des réseaux financiers et d’action en Irak.

« Ils soutiennent les actions terroristes en faisant de la contrebande de pétrole », a expliqué à Paris Sigal Mandelker, sous-secrétaire au Trésor en charge du terrorisme et de l’intelligence financière. Elle arrivait d’une tournée de cinq jours qui l’a menée de Londres à Berlin, Paris et Rome où elle notamment rencontré les milieux d’affaires pour redire le sérieux des sanctions américaines. « Nous allons les faire strictement respecter », a-t-elle prévenu, afin de pouvoir renégocier l’accord sur le nucléaire iranien ».

Pas d’hébergeur

Cherchant à préserver l’accord nucléaire et à éviter les sanctions secondaires américaines,  les Européens souhaitent développer depuis septembre un véhicule financier qui pourrait aider surtout les petites entreprises n’ayant pas d’intérêts aux Etats-Unis à commercer avec l’Iran. Mais ce « Special Purpose Vehicle » (SPV) est difficile à concevoir et à mettre en place d’autant qu’aucun pays ne souhaite l’héberger. L’Autriche s’y est refusée et, selon l’agence Reuters, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne (signataires de l’accord nucléaire) font maintenant pression sur le Luxembourg et pourraient aussi solliciter la Belgique.

A Paris la semaine dernière, Kamal Kharrazi, président du conseil stratégique des relations étrangères de la république islamique d’Iran et ancien ministre des Affaires étrangères, constatait « qu’avoir un passeport iranien est maintenant devenu un délit pour les banques ! ». La Bundesbank vient en effet de refuser le versement de 300 millions d’euros de la banque Europaeische-Iranische Handelsbank à un Iranien pour préserver les relations avec les Etats-Unis.

Isolement

Les sanctions américaines font leur effet et Kamal Kharrazi a prévenu : « tant que l’accord nucléaire permet de préserver les intérêts iraniens, nous resterons. Mais si l’Europe ne tient pas ses engagements, nous sortirons. Et quels effets cela aura-t-il sur le contexte sécuritaire de la région ? ». Accusé de plusieurs actions terroristes ces derniers mois en Europe (Danemark, France) dont un attentat fomenté lors d’un rassemblement des Moudjahidines du peuple à Villepinte, Teheran se défend. « C’est un piège très bien planifié à un moment où l’Iran et l’Europe doivent décider de leur avenir », a-t-il déclaré.

Le 18/11/2018, Les Echos

Virginie Robert

Renaud Girard: «Influence au Moyen-Orient, nucléaire, les mollahs à l’heure des choix en Iran»

Iran : les mollahs à l’heure des choix

La population iranienne n’a pas de chance. Aux élections présidentielles de 2013, puis à celles de 2017, elle s’était prononcée pour l’ouverture du pays. Dans le maigre choix que lui offrait le système théocratique conservateur en place, elle avait choisi le candidat le plus décidé à réintégrer la Perse dans l’arène internationale. Dans son premier mandat, le président Hassan Rohani avait obtenu une levée des sanctions internationales, en échange d’un encadrement étroit de son programme nucléaire par l’AIEA (Agence international pour l’énergie atomique de Vienne) et d’une renonciation à la bombe atomique (que le régime islamique prétend n’avoir jamais voulue). Washington et Téhéran n’avaient pas repris leurs relations diplomatiques (rompues en 1980 pendant la Révolution islamique), mais le Secrétaire d’Etat Kerry et le ministre des affaires étrangères Zarif avaient établi entre eux des liens de grande confiance.
Rohani souhaitait consacrer son second mandat à la désétatisation de l’économie et à la lutte contre la corruption – qui ronge l’élite au pouvoir, à commencer par le corps des Pasdarans (Gardiens de la Révolution), et certaines des grandes fondations religieuses chiites. Mais, patatras, tout ce beau programme s’est effondré après la décision de Trump de se retirer de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 (pourtant sanctuarisé par la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’Onu), de rétablir toutes les sanctions, de menacer de représailles toutes les entreprises qui continueraient à commercer avec l’Iran (hormis les secteurs agro-alimentaire et pharmaceutique). Depuis novembre 2018, la République islamique d’Iran vit à nouveau sous un régime de sanctions. Sa monnaie a perdu les deux tiers de sa valeur en un an. Ses exportations de pétrole sont déjà passées de 2,5 millions de barils/jour à moins d’un million et demi. Confrontées aux menaces américaines, les sociétés françaises Total, Peugeot et Renault se sont retirées d’Iran. Les perspectives ne sont pas gaies pour ce pays de 80 millions d’habitants, dont les deux tiers n’étaient pas nés lorsque le Shah fut renversé en faveur de l’ayatollah Khomeiny.
Lors de la dernière Assemblée générale de l’Onu, Rohani s’est montré un ardent défenseur du multilatéralisme. Mais le soutien iranien à la légalité internationale arrive trop tard. Téhéran se retrouve face à une Amérique intraitable, inspirée autant par les Saoudiens que par les Israéliens. Pour les Iraniens, il a déjà été très douloureux de renoncer à l’arme nucléaire, que détiennent quatre puissances dans leur voisinage immédiat : la Russie, Israël, le Pakistan et les Etats-Unis (dont la Cinquième Flotte est basée au Bahreïn). Mais le président Trump réclame davantage du régime des mollahs : il veut que Téhéran renonce à perfectionner ses armes balistiques et à exercer une influence militaire régionale (présence armée en Syrie, fournitures d’armements au Hamas, au Hezbollah libanais et aux houthistes yéménites). L’Amérique se plaint plus discrètement de la présence militaire iranienne en Irak, car Washington et Téhéran y poursuivent un objectif commun : l’élimination de l’Etat islamique.
Le problème des mollahs est qu’ils ne parviennent pas choisir entre deux stratégies très différentes : retrouver une position commerciale prééminente au Moyen-Orient et en Asie centrale ou conserver, par la force des armes et des milices, une politique hégémonique sur les territoires qui les séparent de la Méditerranée.
Lassée de l’anémie économique, la jeunesse iranienne a déjà fait son choix. Au début de janvier 2018, dans des manifestations anti-régime qui se sont propagées dans la plupart des villes du pays, elle défilait en hurlant : « Pas Gaza ! Pas la Syrie ! Occupez-vous de l’Iran ! ». Les étudiants que vous rencontrez dans la rue à Téhéran vous confient tous qu’ils n’ont rien contre Israël et qu’ils ne partagent pas l’obsession antisioniste du régime. Connectés au monde extérieur grâce à Internet, ils adorent la culture occidentale.
Lorsque les manifestants de l’hiver dernier ont commencé à crier dans la rue « Mort au dictateur ! », visant l’Ayatollah Khamenei, le Guide suprême de la Révolution (dont le pouvoir, dans le système iranien, est bien supérieur à celui du Président), le régime a vraiment pris peur. La répression fut sévère (25 morts), et on ferma le réseau Telegram, utilisé par les manifestants. Depuis Rohani l’a rouvert, passant outre l’autorité judiciaire, plus conservatrice que lui.
Il y a une schizophrénie iranienne : le régime est islamique, sa jeunesse ne l’est plus. Les mosquées sont quasi-vides à la grande prière du vendredi. L’Iran est devenu le moins pratiquant des pays musulmans. Plus personne ne croit à la pertinence du principe khomeyniste du Velayat-e-faqih (le gouvernement du savant en religion). S’il ne s’adapte pas rapidement à ce que réclame sa société civile, le régime des mollahs risque de connaître bientôt le sort de feu le communisme soviétique.

Le 19/11/2018, Le Figaro

Renaud Girard

La Chine cherche le soutien des Philippines pour avancer ses pions en mer de Chine

Les promesses d’investissements de Pékin convainquent le président Rodrigo Duterte de se tenir à un ton conciliant.

Par Frédéric Lemaître et Brice Pedroletti

Publié le 21 novembre 2018, Le Monde  

Après la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le sultanat de Brunei, le président chinois, Xi Jinping, s’est rendu mardi 20 et mercredi 21 novembre en visite aux Philippines auprès du nouveau soutien régional de Pékin : le président Rodrigo Duterte. Une première pour un chef d’Etat chinois depuis treize ans.

Autant d’étapes qui montrent que, malgré les critiques américaines, la Chine n’a aucunement l’intention de renoncer à son projet d’investissements internationaux des « nouvelles routes de la soie ». L’étape philippine est stratégiquement importante car Manille est un allié de longue date des Etats-Unis.

L’un des vingt-neuf accords conclus au cours de cette visite concerne l’exploration conjointe du pétrole et du gaz dans les eaux litigieuses de la mer de Chine du Sud, encore au stade de protocole d’accord. « Si cela aboutit, Pékin marque un point, car il cherche depuis longtemps à mettre en place ce type de cadre avec des pays riverains. Les Vietnamiens ont toujours refusé, par exemple »,explique Jean-Pierre Cabestan, de l’université baptiste de Hongkong.

Pour la Chine, l’intérêt est de préparer le terrain pour des arrangements similaires avec les autres pays riverains qui contestent ses revendications maritimes en mer de Chine du Sud. M. Xi s’est donné trois ans pour mener à bien l’élaboration d’un « code de conduite », une sorte de pacte de non-agression, discuté de longue date, avec les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.Rodrigo Duterte a fait montre, dès son élection en 2016, d’une grande prévenance envers Pékin : il a décidé d’ignorer la décision, tombée quelques semaines après sa victoire, de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye qu’avait saisie son prédécesseur, Benigno Aquino, après l’occupation par la Chine de l’atoll de Scarborough en 2012, à 220 km à peine des côtes philippines. Celle-ci avait donné raison à Manille en statuant que les revendications de Pékin en mer de Chine méridionale n’avaient « aucun fondement juridique ».

M. Duterte s’était justifié au motif qu’aucune entité ne pouvait faire appliquer la décision. En octobre de la même année, il se rendait à Pékin avec l’ambition ouverte d’y signer des contrats, annonçant solennellement, pour le plus grand plaisir de son hôte, sa « séparation » d’avec les Etats-Unis.

[…]

Mounting tension in Asia

The Asia-Pacific Economic Cooperation forum, or APEC, has 21 members throughout the Pacific Rim in Asia, Australia, Oceania and the Americas. The purpose of the organization, founded on the initiative of Japan, Australia and the U.S., is to promote free trade in the region. It is a loose association and its resolutions are nonbinding.

Last week, APEC held its annual summit in Port Moresby, the capital of Papua New Guinea. For the first time in the organization’s history, no common statement could be issued. The main reason for this was that Chinese President Xi Jinping and U.S. Vice President Mike Pence used the meeting as a platform to argue over their countries’ differences.

The allegations are substantial – especially those the U.S. has made against China – and the incident made even clearer the deep rift between the two countries. Besides old issues such as China’s theft of intellectual property and its economic espionage, the main American charge was that China, with its Belt and Road Initiative (BRI), has created several dependent states.

For his part, President Xi (hypocritically) criticized U.S. protectionism. But the biggest issue for China is that it believes Washington and its allies have worked to contain it, both politically and economically. It is true that the U.S. has engaged in this strategy – and it is a normal reaction from a hegemonic power toward a rising, assertive power. It must also be acknowledged that China’s attempt to fully control the South China Sea violates international rules.

Containment strategies

The American strategy to contain China is nothing new. Access to the Pacific Ocean is controlled by U.S. allies, starting with Japan and South Korea in the north, moving south through Okinawa, Taiwan, the Philippines and Singapore. Indonesia and especially Vietnam are also concerned about China becoming too powerful. Ironically, for all these countries – except Japan and Singapore – China is their largest trading partner. In fact, the Trans-Pacific Partnership (TPP), which would have created a free trade area between the U.S., Canada and some Latin American countries with Japan, South Korea and Southeast Asian states, was also aimed at containing China in terms of trade. It was a flagship project of the Obama administration, though President Trump pulled the U.S. out of the initiative.

As a counter to China’s BRI, the U.S. proposes the “Free and Open Indo-Pacific” strategy, which heavily involves Japan, India and Australia. It is seen as an association of democracies, assuring the economic and trade links between the Pacific and the Indian Ocean. The project is especially interesting for Indonesia, the world’s fourth-largest country in terms of population, whose archipelago of thousands of islands separates the two oceans.

India plays a big role in this strategy. During the Cold War, New Delhi leaned more toward the Soviet Union than the U.S. This has changed, especially due to India’s increased concerns about China. India sees China as a threat to its territorial integrity across the Himalayas, worries about Beijing’s political and economic flirtation with Pakistan and has begun to challenge China’s rising naval presence in the Indian Ocean.

Sino-Indian tensions manifest themselves on the countries’ border along the Himalayas. But there are other indicators. Take the Maldives, for example, a group of islands that so far has only held an attraction as a tourist destination. However, islands always have a strategic use as naval bases, or as U.S. General MacArthur once put it, “unsinkable aircraft carriers.” Last December, the Maldives signed a free trade agreement with China. After a visit from Indian Prime Minister Narendra Modi, the Maldives canceled the deal on the unconvincing pretext that the trade imbalance between it and China was too big.

Another move aimed at limiting China’s hegemonic ambitions is the Quadrilateral Security Dialogue, a military collaboration initiated in 2007 by Australia, India, Japan and the U.S.

U.S. President Donald Trump and President Xi will meet next week at the G20 summit in Buenos Aires. The antagonistic rhetoric used in Port Moresby could allow both countries to climb down and make a deal. Against all G20 conventions, Presidents Xi and Trump have agreed to meet face-to-face for dinner, showing their intention to come to an understanding. Although such an agreement would only be temporary, due to the superpowers’ diverging long-term strategic interests, such meetings will become more frequent, so as to avoid escalating tensions.

22 november 2018, GIS Reports Online

Prince Michael of Liechtenstein

La cyberguerre, au cœur de la polémique Trump-Macron

En atterrissant sur le sol français le vendredi 9 novembre 2018, Donald Trump a émis un tweet peu amène pour son hôte : « Le président français Macron vient de suggérer que l’Europe développe sa propre capacité militaire, pour se protéger des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Quelle insulte ! » Il se référait à une intervention d’Emmanuel Macron sur Europe 1, incitant l’Europe à se protéger de « la Russie, de la Chine et même des Etats-Unis ». Bien sûr, le président français n’a jamais redouté une quelconque agression militaire des Etats-Unis contre la France, les deux nations étant les plus vieilles alliées du monde. En fait, la citation incriminée faisait suite à une mention par Macron des menaces cyber pesant sur l’Europe.

De fait, le système informatique de l’Elysée a été piraté par la NSA (National Security Agency, institution américaine d’écoutes et d’espionnage informatique planétaires, dotée d’un budget annuel de 12 milliards de dollars). C’était en avril 2012, entre les deux tours de la présidentielle française. De même, en octobre 2011, une conversation téléphonique de la Chancelière allemande avec son chef de cabinet est interceptée et transcrite par la NSA, comme le révélera en 2015 le transfuge Edward Snowden.

Le malentendu franco-américain a été clarifié entre les deux présidents le 10 novembre. Macron a rejoint son homologue américain sur la nécessité d’une augmentation de l’effort européen de défense. Mais le président français a également insisté sur l’urgence d’une autonomie stratégique européenne. Cela concerne en particulier le nouveau et essentiel domaine de la cyberdéfense.

Dans le champ de bataille nouveau qu’est la cyberguerre, Emmanuel Macron agit de manière similaire à Charles de Gaulle sur le nucléaire. Il privilégie le développement des capacités du Commandement de Cyberdéfense (qu’on appelle « COMCYBER » à l’Etat-major des armées). Ce commandement est chargé à la fois de protéger contre tout hacking l’ensemble des systèmes informatiques de la défense française, et de mener le cas échéant des actions cyber-offensives contre tout agresseur, étatique ou non.

En même temps, le président français a présenté, le lundi 12 novembre, au « forum de gouvernance de l’Internet » à l’UNESCO, l’« Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace » . Cette déclaration a reçu l’appui de grandes entreprises du numérique et de nombreux Etats, à l’exception notable des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine… C’est un code de conduite, que l’on peut comparer à la Convention de Genève de 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre. Il s’agit de protéger tous les acteurs civils des « activités malicieuses en ligne ». Deux exemples parmi d’autres d’activités malicieuses s’étant déjà produites : le hacking de systèmes de distribution électriques et les tentatives d’interférence dans les processus électoraux.

Au temps de la guerre froide, les Américains, les Russes et les Chinois ne pouvaient s’affronter directement en raison du risque d’escalade nucléaire ; ils se combattaient par « proxies » (Vietnamiens, Angolais, Afghans, etc.). Aujourd’hui, la cyberguerre non létale devient le mode offensif privilégié des grandes puissances. Ce nouveau champ stratégique est remarquablement analysé dans un livre publié le 9 novembre aux Editions du Cerf : Cyber, la guerre permanente, par Jean-Louis Gergorin et Léo Isaac-Dognin.

Les Etats-Unis ont vécu dans l’illusion que leur domination du cyberespace était éternelle grâce à la force de leurs multinationales du numérique et aux capacités gigantesques de la NSA. Leur réveil a été douloureux en 2012, lorsqu’ils ont constaté que l’Iran avait réussi à perturber les systèmes informatiques de grandes banques de Wall Street, en représailles au sabotage en 2010 des centrifugeuses iraniennes d’enrichissement de l’uranium par le virus américano-israélien Stuxnet. Percevant tardivement l’étendue du cyber-espionnage industriel chinois, le président Obama a obtenu en septembre 2015 du président Xi Jinping l’engagement d’arrêter ces pratiques au niveau étatique. La guerre commerciale lancée au printemps 2018 par Trump a rendu inopérant l’engagement chinois.La souffrance des Américains est devenue insupportable lorsqu’ils se sont aperçus en 2016 que les Russes avaient réussi à pirater les fichiers du parti démocrate et du directeur de campagne d’Hillary Clinton, pour diffuser leurs secrets sur les réseaux sociaux juste avant le scrutin présidentiel du mardi 8 novembre.

Soumise aux sanctions, la Russie considère les cyber-offensives comme un moyen de rétablir le rapport de force avec les Etats-Unis, dans la perspective toujours souhaitée d’un accord bilatéral.

Védrine. « Les rapports internationaux seront plus rugueux »

07.11.2018

Le Télégramme

Hubert Védrine a été conseiller diplomatique et porte-parole de l’Élysée sous François Mitterrand avant d’en devenir le secrétaire général. Ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin durant la cohabitation sous la présidence Chirac, il revient sur la politique internationale de Donald Trump à laquelle le résultat des midterms ne changera probablement rien. Son livre « Comptes à rebours » (Fayard), qui analyse les évolutions de la géopolitique mondiale, a reçu le prix de l’essai décerné, cette année, par L’Express. Cette interview a été réalisée lors de la 11e World Policy Conference.

 

Donald Trump fait-il bouger les lignes ?

Au début, il y a eu un effet de sidération à l’égard de ses propos jugés impensables. Aujourd’hui, certains commencent à dire que ça pourrait marcher. Il y a surtout un effet différé dans le temps qui est la levée des tabous pour l’Occident jusqu’alors dominant avec son discours universaliste. En conséquence, il légitime des comportements brutaux comme ceux de Poutine ou Netanyahou. À l’avenir, je ne crois pas qu’on retrouvera les avocats du multilatéralisme comme Clinton ou Obama. Les rapports internationaux seront plus rugueux.

Pour l’instant, il semble surtout pénaliser les Chinois !

En effet, il y a un manque à gagner sur leurs exportations. À long terme, est-ce que cela peut renforcer l’Occident dans une négociation inévitable entre puissances émergentes et pays développés ? Un jour ou l’autre, ils devront se mettre autour d’une table et évoquer des sujets comme le nombre de sièges au Conseil de sécurité de l‘Onu. Par ailleurs, nous ne devons pas plus surestimer Trump que nous ne l’avons sous-estimé. Exemple : va-t-il imposer sa ligne réaliste avec la Russie ou « l’État profond » (à savoir le Pentagone, le Département d’État et les services secrets) va-t-il lui imposer d’en revenir à la diplomatie traditionnelle. Le complexe militaro-industriel n’osant pas défier la Chine, il a besoin de conserver la Russie comme adversaire.

L’Europe peut-elle en profiter pour se mettre en marche ?

Les Européens ont vécu dans une bulle qui s’effondre. Cela devrait nous inciter à bouger et à faire la synthèse entre la position traditionnelle, entre alliés considérés comme des amis mais pas alignés, et celle d’Angela Merkel selon laquelle il vaut mieux s’organiser entre nous. Mais je ne vois pas venir cette réaction commune. Notamment face à la prise en otage par Trump de l’économie mondiale avec les sanctions américaines.. Les Européens ont abdiqué dans leur tête depuis la Seconde Guerre mondiale et la construction de l’Union ne se conçoit pas sans le parapluie américain. D’où l’échec du concept d’Europe puissance.

Thierry de Montbrial : « L’Europe ne peut pas se construire contre les nations »

« Le déficit de l’Europe n’est pas un déficit démocratique mais un déficit d’efficacité », estime Thierry de Montbrial, pour qui l’avenir de la construction européenne revêt un enjeu mondial. La vision court-termiste de Donald Trump va susciter une prise de distance générale vis-à-vis des Etats-Unis.

Le XXIe siècle va-t-il s’articuler sur la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine ?

C’est une certitude pour les trente prochaines années. Nous serons alors en 2049, c’est-à-dire le centenaire de l’avènement de Mao Zedong au pouvoir. Depuis Xi Jinping, les communistes chinois ont cessé de faire profil bas et  affichent leur intention de devenir la première puissance mondiale . Ils cherchent à se doter de tous les moyens à cette fin, en particulier technologiques et militaires. Ils ont durci très fortement leurs positions, comme sur la mer de Chine méridionale. La compétition entre les Etats-Unis et la Chine va donc dominer ces trente prochaines années. Ce n’est pas vraiment une surprise. Quand George W. Bush a été élu, le premier dossier que le patron de la CIA lui a remis concernait la rivalité avec la Chine. Cette priorité est passée au second plan après les attentats du 11 septembre 2001.

Est-ce que le président américain parvient à recréer de l’équilibre avec la Chine avec sa guerre tarifaire ?

Trump a choisi l’attaque frontale sur le plan commercial.  Il utilise la politique économique comme une arme . Mais il n’obtiendra que des résultats de court terme. Tous les pays sont en train de se rendre compte qu’ils se sont beaucoup trop mis sous la dépendance américaine. Les Chinois, dans l’affaire ZTE, ont dû supplier les Américains de les exempter de sanctions faute de quoi ils n’avaient plus accès aux semi-conducteurs.

Ne doutons pas qu’ils voudront s’organiser pour diminuer beaucoup plus vite que prévu leur dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. L’autre aspect est monétaire. Cette prise de conscience, dont le système Swift est une facette, que toutes les transactions en dollars passent un moment ou un autre par un segment qui les met sous la dépendance du droit américain, fait que tout le monde va vouloir en sortir. Même les Européens. Ma prévision, c’est la mort du dollar comme monnaie de réserve unique dans le monde. Cela prendra peut-être vingt ou trente ans. Il faudra du temps. Mais ce sera la conséquence inéluctable de la guerre commerciale tous azimuts, de la mise en péril du multilatéralisme économique,  de l’utilisation de plus en plus systématique du dollar comme une arme , par exemple pour soumettre les alliés des Etats-Unis à une politique qu’ils désapprouvent sur l’Iran. La dénonciation unilatérale de l’accord de 2015 sape la crédibilité américaine sur le long terme. On risque de le voir au sujet de la Corée du Nord. Le moment venu pour conclure un traité, Kim Jong-un, à qui je décernerais le prix Nobel de la stratégie s’il existait, demandera des gages sur la qualité de la signature américaine. La loi du plus fort peut donner l’apparence que Trump est gagnant, en tout cas à court terme, mais à long terme ses effets seront désastreux. Le problème de Trump, c’est que sa vision est étroite.

La Corée du Nord a-t-elle une stratégie cohérente ?

Sa stratégie vient de loin. Après la mort de son père, Kim Jong-un élimine physiquement ses adversaires, y compris son demi-frère. Cela a d’ailleurs fait enrager les Chinois car ce demi-frère était leur solution de rechange. Acte II, il démontre pendant des mois qu’il a de vraies capacités nucléaires et de projection, même si elles sont loin d’être parfaites. Ayant jugé ses objectifs atteints, il se dit prêt à parler. Après avoir échangé tous les noms d’oiseaux avec Trump, les deux hommes engagent une discussion. Kim Jong-un devient persona grata. Il a eu une chance, c’est  l’arrivée de Moon Jae-in à la tête de la Corée du Sud, un homme qui veut à tout prix résoudre le problème de la péninsule coréenne . Leur entente neutralise Trump. Kim Jong-un peut maintenant prendre son temps. La Chine le courtise de nouveau. La Corée est entourée géographiquement par trois mammouths : la Chine, la Russie et le Japon. Auxquels se sont ajoutés les Etats-Unis. Les Coréens savent manipuler les géants et jouer les uns contre les autres. Séoul et Pyongyang jouent actuellement de concert. Une des conséquences est que, pour rester dans le jeu, Tokyo devra financer une partie importante de la reconstruction de la Corée du Nord. Sur le long terme, le processus conduira à une certaine marginalisation des Etats-Unis en Asie de l’Est. En tout cas, le risque géopolitique sur la Corée du Nord a beaucoup reculé.

Dans ce monde bipolaire, quel peut-être le rôle stratégique de l’Europe ?

Si la construction européenne devait commencer à se défaire, ce serait un drame pour les membres de l’Union mais aussi au niveau mondial. Il n’y a que l’Europe de l’Ouest dont la construction régionale puisse apparaître comme un contrepoids, ou à tout le moins comme une entité porteuse d’espoir pour échapper à un monde qui redeviendrait bipolaire. Voilà pourquoi l’enjeu européen est très important, pour le monde entier. Je constate que l’Europe reçoit aujourd’hui beaucoup plus d’attention que naguère.

Mais elle est fragilisée de l’intérieur par une poussée populiste…

Il faut mettre le mot populisme en italique. Il y en a plusieurs sortes. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont largement la conséquence de nos propres erreurs. Prenez la question de l’immigration. On peut sur le long terme considérer qu’en effet il y a un déficit démographique en Europe. Mais faire entrer en un an 800.000 immigrés en Allemagne ne pouvait qu’avoir des conséquences politiques néfastes. Quant aux pays d’Europe de l’Est, à peine sortis des fourches soviétiques, je ne vois pas au nom de quoi on pourrait les contraindre à absorber des réfugiés dont ils ne veulent pas. L’idée d’imposer des quotas me paraît personnellement mauvaise. La construction européenne doit respecter la réalité nationale. A travers mes voyages, je suis de plus en plus sensible à l’hétérogénéité des cultures nationales. Cela vaut aussi pour l’Europe du Sud, comme l’Italie. L’Europe ne peut pas se construire contre les nations.

Mais comment mieux intégrer ce que vous appelez les cultures nationales ?

Le déficit de l’Europe n’est pas un déficit démocratique mais un déficit d’efficacité. Sur le long terme, un régime politique ne peut pas rester légitime s’il n’est pas efficace. Il faut aussi prendre en compte la notion de dignité. De plus, la démocratie ne doit pas se confondre avec des modalités particulières. L’Union européenne doit réinventer les siennes.

Il faut mieux situer les problèmes. Si l’on n’avait pas élargi l’UE aux pays de l’Est, il est vraisemblable que les extrêmes droites seraient arrivées plus rapidement au pouvoir. L’évolution de la Pologne est inquiétante . Mais la situation en Hongrie est à mon avis différente. L’expression de démocratie illibérale doit être regardée à la lettre. La démocratie se définit par deux principes : la séparation des pouvoirs et des élections périodiques et non manipulées. Au début de la Constitution hongroise, on trouve une invocation à Dieu et au peuple hongrois. Cela peut choquer certains Français, mais on ne peut pas dire que cette Constitution n’est pas démocratique. Au fond, elle dit que l’individu n’est pas l’unique valeur et que le groupe existe aussi en tant que tel. Il faut réfléchir davantage à ces questions avant de lancer des anathèmes.

C’est-à-dire reconnaître les spécificités de chacun, comme celle de la Hongrie, par exemple, et en même temps aller vers un gouvernement européen plus efficace ?

Je pense que l’hétérogénéité des cultures est un fait. On ne peut pas le nier. Cela fait quarante-cinq ans que je fréquente assidûment les Allemands et je ne cesse de prendre davantage conscience de leurs différences. Il s’agit de faire vivre ensemble des peuples qui ne se confondent pas, sur une base volontaire et non pas par la contrainte comme dans les empires multiethniques d’autrefois. L’approche de la construction européenne doit être beaucoup plus réaliste et mieux tenir compte des sensibilités nationales. Et puis il faut s’attaquer aux problèmes de gouvernance : Schengen apparaît aujourd’hui comme une construction précipitée et en tout cas mal appliquée. Même s’agissant de l’euro, l’histoire aurait été différente si les règles de base avaient été respectées. Il y a beaucoup à réparer.

Est-ce qu’avec l’affaire Khashoggi, la modernisation de l’Arabie saoudite est un projet en péril, ou, à tout le moins, dont on voit les limites ?

MBS [Mohammed ben Salmane, NDLR] a été très largement propulsé par Donald Trump. Quand ce dernier a été élu, fin 2016, le Congrès cherchait à mettre l’Arabie saoudite au ban à cause du 11 septembre. Ce pays a soudain cessé d’être considéré comme un pays terroriste. Le décor a changé brutalement et on est passé à une alliance entre Etats-Unis, Arabie saoudite, Egypte et Israël. Cependant, MBS s’est singularisé par des actions peu réfléchies au Yémen, par la séquestration du Premier ministre libanais Hariri, par le maltraitement d’une partie de la famille royale et on le soupçonne maintenant d’avoir commandité  l’élimination de Khashoggi . Personne n’osait plus soulever la question des droits de l’homme en Arabie saoudite. Malgré la realpolitik, cela va changer. Quant au plan Vision 2030, il a été conçu par McKinsey et je ne suis pas sûr que la société saoudienne soit prête à une telle révolution en à peine plus de dix ans ! Sur le long terme, peut-être. On s’interroge sur le rôle du roi Salmane. Mon hypothèse est qu’il n’a pas entièrement perdu la main. Espérons que cette tragédie débouchera sur un changement de comportements. Il faut le souhaiter, car personne n’a intérêt à une crise majeure en Arabie saoudite.

Virginie Robert

L’état du monde selon la World Policy Conference de Rabat

02.11.2018 

Mehdi Mahmoud, Telquel 

Avec la World Policy Conference, Rabat a été, du 26 au 28 octobre, l’épicentre d’une réflexion sur la gouvernance mondiale. En forme d’état du monde, TelQuel propose un compte-rendu des débats de ces diplomates, experts et chefs d’entreprise.

Un portrait de l’époque entre règles du jeu bouleversées à l’international et des défis cruciaux toujours plus nombreux. Complexe et mouvant, le tableau interroge. Plus encore à l’aune d’une perte de repères de la gouvernance mondiale. C’est dans ce contexte que s’est tenu la onzième édition de la World Policy Conference (WPC), du 26 au 28 octobre, faisant de Rabat le théâtre d’une réflexion sur les enjeux de la diplomatie de demain.

Réuni à l’initiative de Thierry de Montbrial, président de l’Institut français des relations internationales (Ifri), ce think tank compte parmi les plus influents de la planète. L’idée : ouvrir le débat et exposer les points de vue dans un climat tourné sur la tolérance. « La gouvernance mondiale veut dire qu’un monde de plus en plus interdépendant ne peut rester raisonnablement ouvert que si des efforts de coordinations sont faits pour travailler ensemble et de manière positive », expliquait Thierry de Montbrial, le 26 octobre, en marge de son discours d’inauguration. Une approche globale qui apparait nécessaire face à une conjonction de crises : entre la confirmation d’un nouveau.

Suite :

https://telquel.ma/2018/11/02/letat-du-monde-selon-la-world-policy-conference-de-rabat_1616371

Une dette à 133% du PIB : faut-il craindre le budget italien ?

02/11/2018

Sophie Fay, Le Nouvel Obs

Le budget 2018 de l’Italie a été rejeté par la Commission européenne. Ni Rome ni Bruxelles ne compte bouger de sa position. Quelle peut être l’issue ? Décryptage.

La Commission européenne et le gouvernement italien se regardent en chiens de faïence. La première a rejeté, mardi 23 octobre, le budget 2019 du second, et ni l’un ni l’autre ne compte bouger de sa position. Quelle peut être l’issue de cette confrontation pour l’instant silencieuse ? La question était dans tous les esprits lors de la 11e édition de la World Policy Conference, organisée par l’Institut français des relations internationales du 26 au 28 octobre à Rabat.

Rejet du budget italien : “Personne ne retranchera un euro de ce budget”

Alors, faut-il avoir peur du budget italien ?

>> Oui. La dette italienne atteint 133% du PIB. La moyenne de la zone euro est à 86,3%. D’où la nécessité pour ce pays de dégager un excédent primaire (avant paiement de ses intérêts) pour cesser de faire grossir cette charge et commencer à la réduire, et l’engagement qu’il a pris de ne pas franchir la barre de 1% de son PIB en déficit de ses finances publiques. Le respect de ces règles européennes a un avantage : il lui permet de bénéficier de taux d’intérêt relativement bas. Sans cela, ces créanciers risquent de lui retirer leur confiance, de vendre sa dette, ce qui fera remonter les taux qu’elle doit payer. Jusqu’où ? On le mesure par le “spread”, c’est-à-dire l’écart entre le taux auquel l’Allemagne emprunte sur dix ans (celui d’un pays en excédent avec une dette faible) et celui payé par l’Italie. S’il franchit la barre des 400 points, c’est une alerte rouge

 

 

Suite : https://www.nouvelobs.com/economie/20181029.OBS4632/une-dette-a-133-du-pib-faut-il-craindre-le-budget-italien.html

 

Les vérités de Carlos Ghosn

La Vie éco, 2 novembre 2018

Le patron du Groupe Renault applaudit l’arrivée d’autres constructeurs, mais insiste sur sa qualité d’Icebreaker pour revendiquer son droit d’être seul à Tanger. Qualité et compétitivité restent la préoccupation du groupe. Pour augmenter le taux d’intégration, le nombre de fournisseurs sera porté de 50 à 70.

En 2007, au moment de la signature d’un protocole d’accord entre le Maroc et le Groupe Renault portant création d’une usine de montage de voitures à Tanger, nombreux sont ceux qui s’étaient posé des questions sur la viabilité d’un tel projet. Dix ans plus tard, il faut dire que le défi est bel et bien relevé. En 2017, Tanger a produit 300 476 et la Somaca 75 808. Le groupe a expédié 333 189 véhicules vers 74 destinations, faisant du secteur automobile le premier secteur exportateur du Royaume, devant le phosphate. Mieux, la capacité de production de l’usine de Casablanca sera portée à 160000 véhicules en 2022 contre 80000 actuellement. Un gage d’enracinement au Maroc, l’on peut dire ainsi. Devant un petit groupe de journalistes locaux invités à le rencontrer, samedi 27 octobre, en marge du World Policy Conference organisé du 26 au 28, à Rabat, Carlos Ghosn, le tout-puissant patron de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, ne s’est pas attardé sur ces chiffres. Il donne l’impression de ne jamais en avoir fait assez. Qualité et compétitivité sont les mots qu’il a le plus prononcés lors de cet entretien court, mais très instructif, eu égard à la stature de l’homme.

A l’entendre parler, on n’a aucun doute sur les intentions du groupe automobile au Maroc. «Je tiens mes engagements», a-t-il martelé. Histoire peut-être de dire que l’autre partie doit toujours penser à en faire autant pour un partenariat pérenne. En filigrane, il a rappelé que Tanger doit rester à Renault. Il n’a aucune objection à ce que d’autres constructeurs viennent s’installer au Maroc –il le voit d’ailleurs d’un très bon œil, compte tenu de l’impact sur la production et l’emploi dans le pays-, mais ne souhaite absolument pas qu’ils viennent à Tanger. C’est sans fausse modestie qu’il réclame ce droit en précisant, en substance, que son groupe est le premier à croire dans le secteur au Maroc, le premier à avoir jeté les bases d’une véritable industrie automobile au Maroc en ramenant les fournisseurs.

A propos d’engagement, Carlos Ghosn assure que son groupe travaille pour augmenter le taux d’intégration, actuellement de 50%, dont il n’est pas satisfait. «Nous déployons tous les efforts pour augmenter le taux de localisation… C’est dans notre intérêt de l’augmenter». Il tient cependant à ce que la qualité et la robustesse des pièces répondent à toutes les exigences du groupe. L’objectif initial est d’atteindre un taux d’intégration de 65%. Le groupe fait actuellement travailler 50 fournisseurs. Il compte en rajouter 20 autres, soit 70 au total, contre 20 à 25, il y a trois ans.

Le taux d’intégration est actuellement de 50%

Le site de Tanger est donc parti pour être un maillon essentiel de l’armature du groupe. «L’usine est configurée pour fabriquer des voitures modernes», rejetant ainsi tout qualificatif de low cost attribué aux véhicules qui y sont montés. A l’en croire, tout est fait selon les standards de qualité les plus élevés. L’usine est aussi en mesure de fabriquer des voitures des autres membres de l’Alliance. En manager prévoyant qui ne veut fermer aucune porte, Carlos Ghosn a indiqué qu’elle peut le faire en cas de besoin. Mais il ne faut pas aller trop vite en besogne, aucune réflexion dans ce sens n’est engagée. Pour le moment, priorité aux véhicules qui y sont fabriqués et qui se vendent bien dans le monde et pas seulement dans les marchés émergents sur lesquels le groupe mise énormément. Il explique que le taux d’équipement est encore faible dans ces régions par rapport aux pays industrialisés et qu’il convient d’y améliorer la mobilité.

World Policy Conference : Le monde en quête de leadership

01.11.2018

Anthioumane D. Tandia, Afrimag 

Sous l’impulsion d’OCP Policy Center, 250 leaders venus des quatre coins du globe s’étaient donné rendez-vous à Rabat le temps d’un long week-end pour débattre des défis de la planète. Entre les choix controversés de Donald Trump et l’absence de leadership mondial, les participants ont appelé à plus de cohérence dans la gouvernance mondiale.   

Partenaire d’OCP Policy Center, la World Policy Conference a réuni du 26 au 28 octobre à Rabat des dirigeants politiques, des chefs religieux, des militants de la société civile, des universitaires et journalistes, des chefs d’entreprise et des penseurs critiques du monde entier. Une des ambitions de ce forum était de discuter pour ensuite proposer des solutions constructives aux grands défis régionaux et internationaux. Outre Thierry de Montbrial, président et fondateur de la World Policy Conference, 250 leaders issus d’une quarantaine de pays ont pris part à cette rencontre de haut vol, parmi lesquels le Premier ministre de Côte d’Ivoire Amadou Gon Coulibaly, l’ancien Premier ministre français et actuel président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius, le président de Nakasone Peace Institute Ichiro Fujisaki, le président de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Carlos Ghosn, le président de l’Institute  of International and Strategic Studies at Peking University, Wang Jisi…

Les sujets  traités lors de cette onzième édition de la World Policy Conference concernent les choix cruciaux que le monde doit faire, tout en critiquant les mauvaises décisions prises récemment. C’est le cas de la dénonciation par Donald Trump des accords internationaux dont les Etats-Unis ont souvent été les initiateurs ou les contributeurs déterminants, de la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis, de la migration et du multiculturalisme, de l’intégrisme religieux, du changement climatique, du développement de l’Afrique, du conflit du Moyen-Orient, de la route de la soie…

D’emblée, dans son discours inaugural, Thierry de Montbrial donne le ton. “Le monde d’hier marque toujours notre présent de son empreinte”, explique-t-il. “La technologie, disaient certains, allait abolir les frontières et favoriser l’avènement rapide d’une mondialisation heureuse. Au lieu de quoi, on assiste à une exacerbation des réalités nationales, qui nous renvoie irrésistiblement aux deux siècles passés.” Poursuit-il. “S’il me fallait caractériser le phénomène géopolitique dominant des trente prochaines années, je dirais sans hésiter : la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis ?”, conclut-il.

En effet, le retrait des États-Unis des accords internationaux déséquilibre le leadership mondial en attendant qu’une autre puissance prenne le relais. Or les nations ou le groupe de nations (UE, BRICS, notamment) susceptibles de jouer ce rôle ne sont ni préparés ni capables pour diverses raisons objectives dont les législations nationales, le déploiement de la puissance militaire américaine d’une région à une autre en un temps record,  la diversité des langues, les politiques économiques et sociales… Le leadership américain, avec ses atouts qui semblent infinis, allant des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) aux médias mainstream en passant par sa monnaie, ses forces de défense, ses universités, sa culture pop et sa langue, n’a ni d’égal ni de concurrent pour préserver les piliers sur lesquels le monde s’appuie depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Essentiel ou même vital pour  maintenir l’équilibre qui a permis aux nations de prospérer à travers le libre-échange.

Au rythme des Etats-Unis

Parmi ses atouts, le Cloud, une arme redoutable !  Le cas du Cloud Act (Clarifiying Lawful Overseas Use of Data Act.) est symptomatique de cette propension des Etats-Unis à impulser une marche globale. Désormais le Cloud Act. s’applique à toutes les sociétés relevant de la juridiction des Etats-Unis et qui contrôlent les données quel que soit le lieu où elles sont stockées. Les grands acteurs américains du cloud et leurs filiales devront donc s’y conformer. Tout comme le devront les autres entreprises du secteur, y compris européenne, qui opèrent sur le territoire américain. Clairement, des données stockées hors des Etats-Unis mais sur des serveurs appartenant à des sociétés américaines ne peuvent plus être considérées comme sécurisées.

Un des bénéfices escomptés de cette situation depuis 1945 est la paix, éloignant ainsi le monde des années funestes de 1930, sans laquelle aucun progrès n’est possible dans quel que domaine que ce soit. L’amélioration de la gouvernance mondiale, contrairement aux fougueuses déclarations du président américain, est essentielle. Il reste à espérer, avec la sagesse  de Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères français que le monde “dollarisé et numérisé d’une Amérique toute puissante” de l’administration Trump soit la politique de l’autruche.  

Pour plus de cohérence dans la gouvernance mondiale, de transparence et d’humanisme

C’est autour de ces valeurs essentielles que les think tanks comme OCP Policy Center et son partenaire, la World Policy Conference, mènent sans cesse des réflexions. “Pour éviter les politiques qui conduisent vers la récession, il faut inéluctablement une coordination entre les politiques économiques, notamment du G20”, conseille Igor Yurgens, chairman of  the Management Board of the Institute of Contemporary Development, Russia, lors du panel sur les conséquences de la politique de Trump.

En effet, le monde est à un moment critique où la mise en place de politiques économiques cohérentes s’impose comme une priorité. Ceci est d’autant vrai que les relations économiques exécrables, faites de sanctions et de répliques, entre les deux premières puissances économiques du monde, les Etats-Unis et la Chine, ne cessent de se détériorer. Situation qui a un impact néfaste sur les économies les plus fragiles, principalement en Afrique où la Chine est devenue le grand investisseur.

“Si nous sommes ici, c’est parce que vous étiez là-bas”

L’une des conséquences de cette situation est l’accentuation du phénomène migratoire. D’ici 2050 la population africaine vivant avec 2 dollars par jour risque de tripler. Sans création de valeur pour offrir des perspectives heureuses à cette population jeune, cela se traduira  immanquablement par des déplacements massifs partout dans le monde, notamment en Europe, continent le plus proche de l’Afrique.

“Nous devons trouver une solution collective, européenne, aux défis de la migration. Les Etats-Unis aussi doivent trouver des solutions à leurs problèmes avec leurs voisins. Sinon, ce sont les structures sociales de l’Europe et des Etats-Unis qui vont se disloquer. Cela met en danger les démocraties. Nous le remarquons avec l’extrême droite qui prend du galon en Europe”, prévient Jean-François Copé, ancien ministre français du Budget et maire de Meaux.

Face au discours anti-migratoire claironné par les populistes, certains ont fait la leur cette boutade de l’ancien directeur du cercle de réflexion Institute of Race Relations en Grande-Bretagne, feu l’écrivain sri-lankais Ambalavaner Sivanandan : “si nous sommes ici, c’est parce que vous étiez là-bas”. Déclaration au contenu puissant dans un monde de plus en plus globalisé, et où les intérêts sont inextricablement liés. Tout le contraire de l’isolationnisme de la politique de l’administration Trump.