Guerre au Moyen-Orient : Le patron de TotalEnergies veut construire de nouveaux pipelines pour contourner Ormuz

04.24.2026

À LA GUERRE COMME À LA GUERRE • Patrick Pouyanné estime que le blocage du détroit d’Ormuz doit pousser à imaginer d’autres solutions

Comment faire sans le détroit d’Ormuz ? Le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a appelé à réduire la dépendance à ce passage maritime stratégique. « Ce qui est sûr – et nous n’avons pas été très bons dans ce domaine – c’est que si nous investissons au Moyen-Orient, nous devons investir dans la résilience du système », a-t-il affirmé lors d’une intervention à la World Policy Conference, organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri), à Chantilly.

« Le fait qu’aujourd’hui, il n’y ait pas assez de voies de sortie du détroit d’Ormuz est un problème majeur […] Nous devons commencer à envisager la résilience comme un investissement, probablement dans de nouveaux pipelines afin de constituer un réseau de pipelines », a ajouté le patron de la compagnie pétrolière française.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la navigation dans le détroit d’Ormuz

– où transite habituellement un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde – est quasiment paralysée par l’Iran, un blocus auquel s’ajoute celui décidé par le président américain Donald Trump sur les ports iraniens. Seuls quelques navires, en majorité liés à l’Iran, ont emprunté ce couloir stratégique pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe

Une ère de « pénurie énergétique » à venir ?

« Nous avons désormais absorbé tout le surplus (des stocks, N.D.L.R.). Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques », avertit Patrick Pouyanné.

« La pénurie n’est pas encore présente dans le bassin atlantique […] mais on ne peut pas se permettre de laisser 20 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz inaccessibles sans conséquences majeures », a-t-il dit.

« Tout dépend donc de la durée. […] La résolution du problème du détroit d’Ormuz est un enjeu crucial », a-t-il ajouté, rappelant que son entreprise avait « perdu 15 % de (sa) production au Moyen-Orient » avec cette guerre.

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Ouverture de la 18e édition de la World Policy Conference consacrée à la gouvernance mondiale

04.24.2026

Ouverture de la 18e édition de la World Policy Conference consacrée à la gouvernance mondiale

La World Policy Conference (WPC) ouvre aujourd’hui, et pour deux jours, à Chantilly sa 18e édition consacrée à la gouvernance mondiale, “entre fragmentation et interdépendance”.

L’évènement créé par M. Thierry de MONTBRIAL, fondateur et président exécutif de l’Institut français des relations internationales (Ifri), réunira plus de 200 personnalités originaires des cinq continents, auxquelles s’adressera par message le président de la République Emmanuel MACRON.

Parmi ces invités citons le président (LR) du Sénat Gérard LARCHER, la présidente de l’Institut du Monde arabe Anne-Claire LEGENDRE, les présidents rwandais Paul KAGAME et serbe Aleksandar VUCIC, le secrétaire général désigné de la Ligue arabe Nabil FAHMY, l’archevêque de Constantinople Bartholomée Ier, le conseiller diplomatique du président émirati Anwar GARGAS, l’ancien ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro KULEBA, le P-D.G de TotalEnergies Patrick POUYANNE, la fondatrice et présidente d’Ardian Dominique SENEQUIER, la directrice générale de l’Agence de développement de l’Union africaine-NEPAD Nardos BEKELE-THOMAS.

Ensemble, ils aborderont des sujets aussi variés que le commerce mondial à l’heure où la puissance supplante les règles, la géopolitique de la finance numérique, les défis budgétaires des Etats, l’avenir de l’Union européenne, les guerres en Europe et au Moyen-Orient et leurs répercussions mondiales, la révolution de l’intelligence artificielle agentique, les nouvelles architectures de sécurité, le financement des biens publics mondiaux dans un monde fragmenté, ou encore les perspectives intérieures et extérieures sur les Etats-Unis.

En parallèle, des ateliers permettront d’approfondir les réflexions autour de trois axes : économie et finance internationale, le nouvel ordre énergétique mondial, et l’intelligence artificielle, moteur de prospérité ou menace existentielle ?

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Le patron de TotalEnergies envisage de « nouveaux pipelines » pour contourner Ormuz

04.24.2026

Face au blocage du détroit d’Ormuz, le patron de TotalEnergies appelle à investir dans de nouvelles infrastructures pour sécuriser l’approvisionnement en pétrole et renforcer la résilience énergétique.

Le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné a appelé vendredi à la « résilience » face au blocage du détroit d’Ormuz, évoquant des investissements « probablement dans de nouveaux pipelines » afin de réduire la dépendance à ce passage maritime stratégique. Affirmant qu’il sera difficile de se passer du pétrole issu du Golfe, « très bon marché », M. Pouyanné a plaidé pour l’émergence d’alternatives au détroit d’Ormuz.

« Ce qui est sûr – et nous n’avons pas été très bons dans ce domaine – c’est que si nous investissons au Moyen-Orient, nous devons investir dans la résilience du système », a-t-il affirmé lors d’une intervention à la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri) à Chantilly, près de Paris. « Le fait qu’aujourd’hui, il n’y ait pas assez de voies de sortie du détroit d’Ormuz est un problème majeur (…) Nous devons commencer à envisager la résilience comme un investissement, probablement dans de nouveaux pipelines afin de constituer un réseau de pipelines », a ajouté le patron de la compagnie pétrolière française

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la navigation dans le détroit d’Ormuz – où transite habituellement un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde – est quasiment paralysée par l’Iran, un blocus auquel s’ajoute celui décidé par le président américain Donald Trump sur les ports iraniens.

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“Rétablir la confiance” avec l’Iran “prendra une éternité”, déclare le conseiller du président émirati

04.24.2026

“Rétablir la confiance” entre les Emirats arabes unis et l’Iran prendra “une éternité”, après les attaques menées par Téhéran sur le pays depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël, a déclaré vendredi le conseiller du président émirati, Anwar Gargash. “Rétablir la confiance est illusoire (…).

On ne peut pas être attaqué avec 2.800 missiles et drones et ensuite parler de confiance. Cela prendra une éternité”, a affirmé l’influent conseiller diplomatique lors de la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) à Chantilly, près de Paris.

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Guerre au Moyen-Orient : pour les Émirats arabes unis, “rétablir la confiance” avec l’Iran “prendra une éternité”

04.24.2026

Après des frappes iraniennes massives, les Émirats arabes unis estiment que «rétablir la confiance» avec Téhéran est désormais illusoire.

Le conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, Anwar Gargash, a dressé un constat sévère des relations avec Téhéran, affirmant que «rétablir la confiance est illusoire» après les frappes iraniennes contre son pays. «On ne peut pas être attaqué avec 2.800 missiles et drones et ensuite parler de confiance. Cela prendra une éternité», a-t-il déclaré lors d’une intervention en visioconférence à la World Policy Conference organisée par l’IFRI.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, Téhéran a riposté en visant des alliés de Washington dans la région, notamment les Émirats, qui ont été parmi les plus touchés. Selon Anwar Gargash, environ 90 % des attaques iraniennes visaient «essentiellement des civils, des infrastructures civiles et énergétiques», contredisant la version officielle iranienne.

Le responsable émirati estime désormais que l’Iran sera perçu comme «une menace stratégique majeure» pour la région. Il accuse Téhéran d’avoir délibérément cherché à «aggraver la crise» et à démontrer son mépris pour les relations avec les pays arabes.

Malgré la trêve actuelle entre les États-Unis et l’Iran, les négociations restent dans l’impasse. À court terme, Anwar Gargash redoute que le régime iranien interprète la situation comme une victoire. «Ce calcul peut durer des semaines, mais pas indéfiniment», a-t-il averti, se disant néanmoins confiant dans une reprise des discussions.

À plus long terme, il estime que cette guerre pourrait paradoxalement renforcer la présence américaine dans la région, contrairement à certaines analyses. Il évoque également une évolution stratégique majeure : plusieurs pays du Golfe pourraient ne plus considérer Israël comme une menace prioritaire, tout en restant attachés à la cause palestinienne.

Selon lui, ces États pourraient même approfondir leurs relations politiques et sécuritaires avec Israël, notamment dans le domaine des équipements de défense, signe d’un basculement progressif des équilibres régionaux.

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Vers une « ère de pénurie énergétique » en France si rien ne change d’ici « deux ou trois mois », alerte le patron de TotalEnergies

04.24.2026

Le patron de TotalEnergies tire l’alarme, face aux tensions au Moyen-Orient. « Nous avons désormais absorbé tout le surplus (des stocks). Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques », a prévenu Patrick Pouyanné, ce vendredi 24 avril, appelant à se projeter sur le long terme pour trouver des solutions de contournement.

« La pénurie n’est pas encore présente dans le bassin atlantique (…) mais on ne peut pas se permettre de laisser 20 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz inaccessibles sans conséquences majeures », a continué Patrick Pouyanné lors d’une intervention à la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri) à Chantilly (Oise).

« Tout dépend donc de la durée. (…) La résolution du problème du détroit d’Ormuz est un enjeu crucial », a poursuivi Patrick Pouyanné, rappelant que son entreprise avait « perdu 15 % de (sa) production au Moyen-Orient » avec cette guerre. Une pénurie sur l’offre qui tire déjà les prix des carburants à la hausse.

Pouyanné défend de nouveaux pipelines depuis le Moyen-Orient

Le patron de TotalEnergies a aussi appelé à la « résilience » face au blocage du détroit d’Ormuz, évoquant des investissements « probablement dans de nouveaux pipelines » afin de réduire la dépendance à ce passage maritime stratégique. Il a affirmé qu’il sera difficile de se passer du pétrole issu du Golfe, « très bon marché ». « Ce qui est sûr — et nous n’avons pas été très bons dans ce domaine — c’est que si nous investissons au Moyen- Orient, nous devons investir dans la résilience du système », a-t-il exposé.

« Le fait qu’aujourd’hui, il n’y ait pas assez de voies de sortie du détroit d’Ormuz est un problème majeur (…) Nous devons commencer à envisager la résilience comme un investissement, probablement dans de nouveaux pipelines afin de constituer un réseau de pipelines », a ajouté le patron de la compagnie pétrolière française.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la navigation dans le détroit d’Ormuz — où transite habituellement un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde — est quasiment paralysée par l’Iran, un blocus auquel s’ajoute celui décidé par le président américain Donald Trump sur les ports iraniens. Seuls quelques navires, en majorité liés à l’Iran, ont emprunté ce couloir stratégique pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe.

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13h43 – « Rétablir la confiance » entre les Emirats et l’Iran « prendra une éternité »

04.24.2026

« Rétablir la confiance » entre les Émirats arabes unis et l’Iran prendra « une éternité », après les attaques menées par Téhéran sur le pays depuis le début de la guerre avec les États-Unis et Israël, a déclaré le conseiller du président émirati, Anwar Gargash.

« Rétablir la confiance est illusoire (…). On ne peut pas être attaqué avec 2 800 missiles et drones et ensuite parler de confiance. Cela prendra une éternité », a affirmé l’influent conseiller diplomatique lors de la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri) à Chantilly, près de Paris.

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President Kagame participates in the 18th World Policy Conference

04.24.2026

President Kagame is in Chantilly for the 2026 World Policy Conference (WPC), joining founder and Chairperson of the WPC and the French Institute of International Relations (Ifri), Thierry de Montbrial, and other high-level political and business leaders, academics and opinion leaders, for the eighteenth edition of the forum.

The WPC is an annual gathering that convenes a carefully selected group of participants from around the world to reflect on and advance fair, respectful, and mutually beneficial frameworks for inter-State relations.

This evening during a Dinner Debate, President Kagame and Thierry de Montbrial will engage in dialogue on a range of topics including, the current state of the international system, the geopolitical implications and ongoing developments across Africa.

Founded in 2008, the WPC aims to contribute to improving global governance; examining, discussing, and proposing constructive solutions to major regional and international challenges, in a climate of trust and a spirit of tolerance.

This year’s meeting is being held under the theme, “Between Fragmentation and Interdependence: Rethinking Global Governance.”

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Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée | Entre fragmentation et interdépendance – Repenser la gouvernance mondiale et les politiques mondiales (World Policy Conference – Chantilly, 24 avril 2026)

04.24.2026

Éminences, Excellences, Cher Thierry de Montbrial, Honorables participants, Mesdames et Messieurs, Chers amis,

La communauté mondiale se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire. La construction d’une paix véritable ne peut plus se limiter aux instruments traditionnels de la diplomatie : elle devient une condition absolue de la survie même de notre monde. La question qui nous réunit — celle de la recherche d’un cadre stable et durable de gouvernance mondiale — dépasse largement les arrangements provisoires et les équilibres géopolitiques fluctuants. Elle touche au cœur même de la coexistence humaine.

Car la paix n’est pas simplement un objectif politique parmi d’autres. Elle est l’expression la plus profonde de la communion entre les personnes. Elle est aussi la condition ultime de la préservation de la création face aux forces de fragmentation qui la menacent. Depuis l’origine, l’être humain est habité par une nostalgie irréductible de l’unité.

Et pourtant, la réalité contemporaine semble contredire cette aspiration. Le monde dans lequel nous vivons est marqué par une tension constante entre rapprochement et division. D’un côté, les avancées technologiques et l’interconnexion économique nous ont rapprochés comme jamais auparavant. D’un autre côté, nous assistons à une fragmentation croissante, à la fois géopolitique et géoéconomique se manifestant concrètement par une vulnérabilité accrue des échanges internationaux, par une instabilité des marchés, et par une diminution progressive de la prospérité globale. Le système commercial international, qui pourrait être un instrument de coopération pacifique, tend à se transformer en un ensemble de blocs régionaux parfois antagonistes, structurés autour de puissances dominantes. Dans ce contexte, l’universalité du droit est fragilisée, et le sentiment d’injustice s’accroît.

L’expérience de l’histoire nous enseigne pourtant une vérité fondamentale : seule une cohésion institutionnelle solide peut contenir les forces de désintégration. Après des décennies d’intégration économique mondiale, souvent perçue comme inévitable, nous entrons aujourd’hui dans une phase d’incertitude et de recomposition.

Mais cette crise dépasse largement les dimensions économiques et techniques. Elle révèle une crise plus profonde, une crise spirituelle. Elle met en lumière notre difficulté à reconnaître, dans l’autre — qu’il soit individu ou nation — notre prochain, un partenaire de destinée.

Dans cette perspective, la gouvernance mondiale ne peut être réduite à la gestion des rapports de force. Elle doit être comprise comme un service rendu à l’humanité. Il nous appartient de repenser notre responsabilité envers les générations futures, en concevant la paix non pas comme une simple absence de guerre, mais comme une plénitude de vie.

Le message évangélique demeure, à cet égard, d’une actualité saisissante : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 24, 17). Ce don ne peut rester une abstraction. Il appelle une traduction concrète dans nos institutions, dans nos politiques publiques, dans notre manière d’organiser la vie commune.

Or, le système actuel de gouvernance mondiale apparaît profondément fragilisé. Malgré la multiplication des organisations internationales, nous ne constatons pas une plus grande unité, mais plutôt une complexification croissante, parfois proche de la fragmentation. Ce réseau d’institutions, s’il n’est pas porté par une vision morale commune, risque de devenir une nouvelle Tour de Babel : une pluralité de voix sans véritable harmonie.

Dès lors, il devient légitime de s’interroger : la diplomatie traditionnelle suffit-elle encore à répondre aux défis contemporains ? Tout semble indiquer qu’un changement de paradigme est nécessaire.

La réforme des institutions internationales s’impose aujourd’hui comme une urgence. En Europe, par exemple, la stabilité économique et sociale exige une adaptation des cadres budgétaires et financiers. À l’échelle globale, les puissances émergentes sont appelées à jouer un rôle plus actif et plus responsable, en dépassant les logiques strictement nationales pour contribuer à une gouvernance plus coopérative.

Mais aucune réforme institutionnelle ne sera véritablement efficace sans une transformation intérieure. L’économie et la politique ne peuvent être dissociées de la condition spirituelle de l’humanité. À cet égard, l’expérience de l’Église orthodoxe offre une perspective précieuse.

À travers la synodalité, l’Église témoigne d’un mode de gouvernance fondé non sur l’imposition, mais sur la communion. Le Saint et Grand Concile réuni en Crète en 2016 a rappelé avec force que l’unité de l’humanité constitue à la fois un don de Dieu et une responsabilité historique. Cette expérience montre qu’il est possible de concilier unité et diversité, autorité et dialogue.

Ce modèle, sans être transposé mécaniquement, peut inspirer une réflexion renouvelée sur la gouvernance mondiale. Car la paix, dans sa réalité la plus profonde, n’est pas un simple accord juridique. Elle est un mode d’existence. Elle suppose un regard transformé, capable de reconnaître en chaque personne l’image de Dieu.

Cependant, les limites du système international actuel restent évidentes. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, en particulier, demeure marqué par des équilibres hérités d’un autre temps. Une réforme de ses structures apparaît nécessaire afin de refléter plus justement les réalités contemporaines. Sans une représentation équitable, le sentiment d’injustice ne peut que croître — et l’injustice est toujours un terreau de conflit.

Par ailleurs, de nouveaux défis émergent, qui dépassent les cadres traditionnels de la souveraineté. Le développement de l’intelligence artificielle en est un exemple frappant. Cette technologie ouvre des perspectives considérables, mais elle soulève également des questions éthiques majeures. En l’absence d’un cadre de gouvernance global, le risque est grand de voir s’accentuer les déséquilibres et les dérives.

La crise environnementale constitue sans doute l’un des signes les plus alarmants de notre fragmentation. La dégradation de notre planète, notre «maison commune», engendre des injustices croissantes et alimente des tensions nouvelles. Pollution, dérèglement climatique, épuisement des ressources : ces phénomènes affectent directement les populations les plus vulnérables et provoquent des déplacements massifs.

Depuis plusieurs décennies, le Patriarcat œcuménique ne cesse de rappeler que la protection de l’environnement est indissociable de la paix. L’homme n’est pas le propriétaire absolu de la création, mais son intendant. Il est appelé à en prendre soin avec responsabilité, à la recevoir comme un don, et à la restituer dans une attitude de gratitude.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Face à ces défis, il serait illusoire de se réfugier dans des approches purement technocratiques. Derrière les statistiques et les analyses économiques, il y a des réalités humaines : des vies brisées, des souffrances silencieuses, des peuples déracinés. La fragmentation du monde n’est pas seulement une question de structures. Elle est le reflet d’une crise anthropologique.

Nous sommes ainsi placés devant un choix décisif. Soit nous acceptons la division comme une fatalité, soit nous nous engageons résolument dans la construction d’un ordre mondial fondé sur la solidarité. La conscience de notre interdépendance devient alors essentielle.

La tradition théologique orthodoxe exprime cette réalité à travers le concept de

« périchorèse», qui désigne une communion dynamique, une interdépendance vivante. Nul ne peut exister seul. Nul ne peut être sauvé seul. La paix suppose donc un dépassement de l’égoïsme, qu’il soit individuel ou collectif.

L’histoire des nations a trop souvent été marquée par la domination, l’exclusion et la violence. Il est temps d’envisager une autre voie : celle d’une gouvernance inspirée par la justice, la vérité et l’amour. Une gouvernance qui ne soit pas un simple mécanisme de régulation, mais un organisme vivant, au service de la dignité humaine.

Car l’histoire n’est pas déterminée uniquement par les forces économiques ou les rapports de puissance. Elle est aussi façonnée par la liberté humaine : la capacité de choisir, de se convertir, de pardonner et de coopérer.

En ce sens, l’espérance demeure possible. Elle ne repose pas sur une naïveté, mais sur la conviction que l’homme est capable de transformation. Que la division n’est pas une fatalité. Que la paix peut être construite.

Permettez-nous, pour conclure, d’exprimer un souhait. Que nos travaux ne se limitent pas à des analyses, aussi pertinentes soient-elles, mais qu’ils ouvrent des chemins concrets. Que nos réflexions se traduisent en engagements réels. Que notre recherche de la paix devienne une responsabilité partagée.

Que le Dieu de paix et de réconciliation éclaire nos esprits et guide nos décisions. Qu’Il nous donne la sagesse de dépasser nos divisions et le courage d’œuvrer ensemble pour le bien commun.

« Recherchez la charité » (I Co 14, 1), nous dit le saint apôtre Paul. Que cette exhortation devienne notre boussole, dans un monde appelé à redécouvrir, au cœur de ses fractures, la vocation profonde à l’unité.

Je vous remercie de votre attention.

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La Ministre d’Etat Nialé KABA représentant du Président Alassane OUATTARA porte la voix de la Côte d’Ivoire à la 18ᵉ World Policy Conference en France

04.24.2026

A l’invitation de M. Thierry de Montbrial, Fondateur et Président de la World Policy Conference (WPC), S.E. Mme Nialé KABA, Ministre d’État, Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale, a représenté S.E.M. Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire, à la cérémonie d’ouverture de la 18ᵉ édition de la World Policy Conference qui se tient à Chantilly, en France, du 24 au 26 avril 2026, sur le thème : « Entre fragmentation et interdépendance : repenser la gouvernance mondiale ».

Aux côtés de M. Gérard Larcher, Président du Sénat de France, de Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée Ier et de M. Thierry de Montbrial, la Ministre d’État a porté la voix de la Côte d’Ivoire dans cette rencontre internationale de haut niveau, réunissant des chefs d’État, des dirigeants économiques, des diplomates, des experts et des universitaires autour des grands enjeux contemporains, tels que le commerce international, la finance numérique, la gouvernance budgétaire, les mutations technologiques et climatiques, ainsi que les nouvelles architectures de sécurité mondiale.

Dans son allocution, S.E. Mme Nialé KABA a transmis le message du Président de la République, rappelant que la gouvernance mondiale doit être repensée pour répondre aux aspirations des peuples et refléter les réalités actuelles. Elle a souligné la nécessité d’une réforme inclusive des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, consacrant une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de Sécurité. Elle a insisté sur l’urgence d’une architecture financière internationale équitable, permettant aux pays en développement d’accéder à des financements adaptés pour la transformation structurelle de leurs économies et la réalisation des Objectifs de Développement Durable. Elle a réaffirmé également l’importance d’un financement juste de la transition climatique et d’une régulation mondiale de la révolution numérique afin de prévenir les dérives liées à la désinformation, aux cyberattaques et aux usages militaires non étatiques.

La participation de la Côte d’Ivoire à cette rencontre traduit la volonté du Chef de l’État de renforcer la présence de notre pays dans les débats internationaux et de promouvoir une gouvernance responsable, une paix durable et un développement inclusif au service des peuples.

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The Ecumenical Patriarch to attend the “World Policy Conference”

04.24.2026

His All-Holiness Ecumenical Patriarch Bartholomew departed on Thursday, 23 April 2026, for France, where, at the invitation of the organisers, he will speak today at the 18th edition of the International Conference “World Policy Conference,” to be held in the city of Chantilly.

His All-Holiness is accompanied by His Eminence Elder Metropolitan Emmanuel of Chalcedon and Grand Ecclesiarch Aetios, Director of the Private Patriarchal Office.

During the Patriarch’s absence, His Eminence Metropolitan Maximos of Selyvria has been appointed as Patriarchal Commissioner, and he saw His All-Holiness off at the City’s airport.

His All-Holiness is expected to return, God willing, early in the afternoon on Saturday.

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President Aleksandar Vucic travels to France for World Policy Conference

04.24.2026

President of Serbia Aleksandar Vucic will today be in France where he will participate in the World Policy Conference, WPC, which will be held in the town of Chantilly.

This meeting is dedicated to considering political, economic and social issues in the modern world, with the aim of encouraging dialogue and strengthening international cooperation in the spirit of tolerance and mutual respect.

As part of the World Policy Conference, President Vucic will address the participants with whom he will exchange opinions about the most important issues concerning contemporary relations in the world, as well as about the key topics that determine international political and economic relations.

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Le patron de TotalEnergies envisage de “nouveaux pipelines” pour contourner Ormuz

04.24.2026

Affirmant qu’il sera difficile de se passer du pétrole issu du Golfe, “très bon marché”, M. Pouyanné a plaidé pour l’émergence d’alternatives au détroit d’Ormuz.

“Ce qui est sûr – et nous n’avons pas été très bons dans ce domaine – c’est que si nous investissons au Moyen-Orient, nous devons investir dans la résilience du système”, a-t-il affirmé lors d’une intervention à la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri) à Chantilly, près de Paris.

“Le fait qu’aujourd’hui, il n’y ait pas assez de voies de sortie du détroit d’Ormuz est un problème majeur (…) Nous devons commencer à envisager la résilience comme un investissement, probablement dans de nouveaux pipelines afin de constituer un réseau de pipelines”, a ajouté le patron de la compagnie pétrolière française.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la navigation dans le détroit d’Ormuz – où transite habituellement un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde – est quasiment paralysée par l’Iran, un blocus auquel s’ajoute celui décidé par le président américain Donald Trump sur les ports iraniens.

Seuls quelques navires, en majorité liés à l’Iran, ont emprunté ce couloir stratégique pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe.

“Nous avons désormais absorbé tout le surplus (des stocks, ndlr). Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques”, a ajouté M. Pouyanné.

“La pénurie n’est pas encore présente dans le bassin atlantique (…) mais on ne peut pas se permettre de laisser 20% des réserves mondiales de pétrole et de gaz inaccessibles sans conséquences majeures”, a-t-il dit.

“Tout dépend donc de la durée. (…) La résolution du problème du détroit d’Ormuz est un enjeu crucial”, a-t-il poursuivi, rappelant que son entreprise avait “perdu 15% de (sa) production au Moyen-Orient” avec cette guerre.

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Le conseiller du président émirati estime que “rétablir la confiance” avec l’Iran “prendra une éternité”

04.24.2026

“Rétablir la confiance” entre les Émirats arabes unis et l’Iran prendra “une éternité”, après les attaques menées par Téhéran sur le pays depuis le début de la guerre avec les États-Unis et Israël, a déclaré le conseiller du président émirati, Anwar Gargash.

“Rétablir la confiance est illusoire (…). On ne peut pas être attaqué avec 2.800 missiles et drones et ensuite parler de confiance. Cela prendra une éternité”, a affirmé l’influent conseiller diplomatique lors de la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) à Chantilly, près de Paris.

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« Rétablir la confiance » entre les Emirats et l’Iran « prendra une éternité » – haut responsable émirati

04.24.2026

Environ 90 % des attaques iraniennes contre les Emirats visaient “essentiellement des civils, des infrastructures civiles, des infrastructures énergétiques”, a indiqué Anwar Gargash.

« Rétablir la confiance » entre les Emirats arabes unis et l’Iran prendra « une éternité », après les attaques menées par Téhéran sur le pays depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël, a déclaré vendredi le conseiller du président émirati, Anwar Gargash.

« Rétablir la confiance est illusoire (…). On ne peut pas être attaqué avec 2.800 missiles et drones et ensuite parler de confiance. Cela prendra une éternité », a affirmé l’influent conseiller diplomatique lors d’un intervention en visioconférence à la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) à Chantilly, près de Paris.

Après le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février, marqué par une série de frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, Téhéran a riposté contre les alliés des États-Unis dans la région qui accueillent des bases américaines. Les Emirats ont été les plus touchés.

« Il est désormais évident pour la région, les Émirats arabes unis et d’autres pays, que l’Iran sera perçu comme une menace stratégique majeure » à l’avenir, a-t-il ajouté, estimant que les attaques sur les pays du Golfe étaient « délibérément planifiées par l’Iran, non seulement pour aggraver la crise, mais aussi pour témoigner du peu d’importance qu’il accorde aux relations irano-arabes ».

Environ 90 % des attaques iraniennes contre les Emirats visaient « essentiellement des civils, des infrastructures civiles, des infrastructures énergétiques », a indiqué Anwar Gargash, contrairement à « la propagande

iranienne » qui assure avoir ciblé des installations militaires notamment américaines.

Evoquant le cessez-le-feu en vigueur entre Washington et Téhéran alors que les négociations pour mettre fin à la guerre sont au point mort, il a estimé que le « risque à court terme » est que le pouvoir iranien interprète la situation actuelle,

« c’est-à-dire le maintien du régime en place et le blocus du détroit d’Ormuz », comme une « victoire ».

« Ce calcul peut durer des semaines, mais pas indéfiniment (…). Je parie donc sur une reprise des négociations », a ajouté M. Gargash, soulignant que l’Iran se trouve actuellement dans une « impasse », avec un pouvoir « très désuni et désorganisé » après des semaines de frappes américano-israéliennes.

A long terme, cette guerre « renforcera la présence américaine dans la région, au lieu de la réduire », a-t-il ajouté, contredisant certaines analyses estimant que la présence de bases américaines aurait joué en défaveur des pays du Golfe.

« Il ne s’agit pas seulement de bases. Il s’agit aussi d’équipements, d’alliances, d’une approche politique et diplomatique », a précisé le conseiller diplomatique.

Pour lui, un nombre croissant de responsables de la région « ne percevront plus Israël comme une menace » même s’ils « resteront toujours attachés à la cause palestinienne ».

« En réalité, je pense que beaucoup d’entre eux ouvriront des canaux politiques et s’intéresseront peut-être de plus en plus aux équipements de défense israéliens », a-t-il noté.

Avec AFP

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Si le blocage d’Ormuz « perdure encore deux ou trois mois », la France entrera « dans une ère de pénurie énergétique », prévient le patron de TotalEnergies

04.24.2026

Le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, appelle à renforcer la «résilience» des chaînes d’approvisionnement énergétique face aux tensions dans le détroit d’Ormuz, en plaidant notamment pour de nouveaux investissements dans les infrastructures de transport, dont des oléoducs.

Le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné a appelé vendredi à la «résilience» face au blocage du détroit d’Ormuz, évoquant des investissements «probablement dans de nouveaux pipelines» afin de réduire la dépendance à ce passage maritime stratégique. Affirmant qu’il sera difficile de se passer du pétrole issu du Golfe, «très bon marché», Patrick Pouyanné a plaidé pour l’émergence d’alternatives au détroit d’Ormuz.

« Ce qui est sûr – et nous n’avons pas été très bons dans ce domaine – c’est que si nous investissons au Moyen-Orient, nous devons investir dans la résilience du système », a-t-il affirmé lors d’une intervention à la World Policy Conference organisée par l’Institut français des relations internationales (Ifri) à Chantilly, près de Paris. « Le fait qu’aujourd’hui, il n’y ait pas assez de voies de sortie du détroit d’Ormuz est un problème majeur (…) Nous devons commencer à envisager la résilience comme un investissement, probablement dans de nouveaux pipelines afin de constituer un réseau de pipelines », a ajouté le patron de la compagnie pétrolière française.

« Un enjeu crucial »

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la navigation dans le détroit d’Ormuz – où transite habituellement un cinquième du pétrole et du gaz consommés dans le monde – est quasiment paralysée par l’Iran, un blocus auquel s’ajoute celui décidé par le président américain Donald Trump sur les ports iraniens. Seuls quelques navires, en majorité liés à l’Iran, ont emprunté ce couloir stratégique pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe.

«Nous avons désormais absorbé tout le surplus (des stocks, ndlr). Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques», a ajouté Patrick Pouyanné.«La pénurie n’est pas encore présente dans le bassin atlantique (…) mais on ne peut pas se permettre de laisser 20% des réserves mondiales de pétrole et de gaz inaccessibles sans conséquences majeures », a-t-il dit. «Tout dépend donc de la durée. (…) La résolution du problème du détroit d’Ormuz est un enjeu crucial», a-t-il poursuivi, rappelant que son entreprise avait «perdu 15% de (sa) production au Moyen-Orient» avec cette guerre.

Read article on Le Figaro.

 

« Trump donne des arguments à toutes les puissances qui auraient des velléités impériales »

04.23.2026

« Trump donne des arguments à toutes les puissances qui auraient des velléités impériales »

Malmenée par son allié transatlantique, l’Europe fait face à des questions difficiles sur son organisation et sa défense. Thierry de Montbrial, fondateur de la World Policy Conference qui se tient ce week-end à Chantilly et dont « Les Echos » sont partenaires, explique le glissement du multilatéralisme vers un club de puissances dominantes obligeant l’Europe à se repenser.

Dans un monde où le multilatéralisme s’efface au profit de blocs dominants, Thierry de Montbrial plaide pour une Europe plus unie et proactive, capable de garantir sa sécurité et de peser face aux grandes puissances, tout en respectant les identités nationales.

A l’approche de la 17e édition, ce week-end à Chantilly, de la World Policy Conference, qu’il a fondée, le président exécutif de l’Institut français des relations internationales nous éclaire sur les grands enjeux de la gouvernance mondiale.

A la façon dont l’administration Trump traite l’Europe, au-delà des aspects sécuritaires et économiques, s’ajoute une couche d’agression politique et morale puisqu’il veut choisir nos dirigeants. Comment répondre ?

Il y a deux aspects qu’il faut distinguer dans la politique étrangère de Trump. Le fait que l’Alliance atlantique n’ait plus la même signification qu’à l’époque de la guerre froide est, pour moi, une évidence. La Russie n’est pas l’URSS. Trump accentue brutalement une tendance.

Le deuxième aspect est le style. Parler sans retenue est un syndrome de toute-puissance, quand on se permet de dire n’importe quoi, d’insulter tout le monde et de s’ingérer dans les affaires intérieures des autres. Pareille attitude est contagieuse et donc dangereuse, et je crains qu’on ait du mal à revenir complètement en arrière.

Il y a plus que des mots puisqu’il y a eu une opération militaire au Venezuela, une guerre en Iran. Cela aussi a des conséquences ?

En se comportant systématiquement de la sorte, Trump donne des arguments à toutes les puissances dans ce monde qui auraient des velléités impériales. Notons que la Chine répond pour l’instant, en tout cas sur le plan diplomatique, avec beaucoup de prudence.

Mais les comportements que vous venez de décrire favorisent la tendance au morcellement du monde en blocs, ou tout au moins en zones d’influence, chacune dominée par une puissance ayant une inclination à l’hégémonisme. Cela soulève la question d’un glissement du multilatéralisme vers un club de puissances dominantes.

« Le droit international n’a jamais été violé d’une manière aussi systématique et avec autant d’arrogance. »

Justement, dans ce contexte, quel avenir pour le multilatéralisme ?

Le multilatéralisme est une forme d’organisation qui repose sur le droit international, mais le droit international n’a jamais été violé d’une manière aussi systématique et avec autant d’arrogance. Cela conduit à des questions redoutables. Comment l’ONU s’adaptera-t-elle, et pour arriver à quoi ? Un nouveau multilatéralisme, à l’instar de « concerts des puissances » d’autrefois, peut-il émerger ?

Une nouvelle vague de la course aux armements est en route. Les remises en cause territoriales, pas seulement sur Taïwan, se banalisent. La violence s’intensifie dans les relations interétatiques. Toutefois la disparition de l’ONU me paraît très peu vraisemblable car sa prolongation, même sous une forme beaucoup moins ambitieuse qu’en 1945, demeure dans l’intérêt de tous les Etats.

Trump menace constamment de sortir de l’Otan…

L’Otan a survécu jusqu’ici parce qu’elle est, certes, une organisation militaire, mais surtout politique. Historiquement, la Communauté européenne, devenue l’Union européenne, lui est indissolublement liée. Pour les Américains, les institutions euro-atlantiques forment un tout dont ils sont les leaders. C’est ainsi qu’ils voyaient les choses depuis les années 1950, et ce n’était pas faux.

« La vraie question est de savoir si l’Union européenne, faute d’une unité suffisante, ne se morcellerait pas en cas d’effacement ou de disparition de l’Otan. »

Aujourd’hui, le théâtre européen est devenu secondaire à leurs yeux. La vraie question est de savoir si l’Union européenne, faute d’une unité suffisante, ne se morcellerait pas en cas d’effacement ou de disparition de l’Otan.

Les responsables politiques européens évoquent pourtant un pilier européen de l’Otan ?

On en parlait déjà en ces termes à l’époque de Kennedy. Mais le pilier européen n’a jamais dépassé le stade des bonnes intentions. Comme pour les rapports Draghi et Letta d’il y a deux ans sur l’économie européenne. L’objectif d’une défense européenne pose des problèmes fondamentaux, par exemple sur le plan industriel.

La question de l’avion de combat du futur montre que les velléités stratégiques et les intérêts industriels s’accordent difficilement. L’Allemagne se voit manifestement comme la puissance industrielle dominante dans le réarmement. La Pologne, qui, elle aussi, a un sens très aigu de ses intérêts, est en train de constituer une armée qui sera peut-être l’une des plus importantes en Europe. Ce sont là, d’abord, des démarches nationales.

Au-delà de l’aspect industriel, il y a une réflexion sur la défense européenne à l’heure où les Etats-Unis ne semblent plus être un partenaire fiable ?

Qu’entend-on par défense de l’Europe ? C’est une question embarrassante, mais qu’on doit se poser. Cela a-t-il un sens de raisonner aujourd’hui comme si l’Union européenne était un tout, équivalant à une vraie nation ? C’est l’interrogation fondamentale.

Ou bien la réponse est vraiment oui et, à ce moment-là, cela veut dire que le destin des Espagnols, des Italiens et des Français se joue effectivement dans les pays baltes. Ou alors, il faut avoir la lucidité de raisonner explicitement en termes de construction d’une alliance classique mais forte entre pays européens qui, chacun, ont leurs propres intérêts nationaux. Le risque américain oblige à mettre les points sur les i.

Est-ce que l’alliance de puissances moyennes apporte un élément de réponse, en s’organisant pour donner des garanties de sécurité à l’Ukraine ou protéger le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ?

Cela peut être le cas, éventuellement en coopération avec certains pays à l’extérieur de l’Europe. Dans le cas du détroit d’Ormuz, la France est une puissance navale qui pourrait contribuer à des garanties de sécurité le moment venu. D’ailleurs, la participation à des coalitions de volontaires peut être un élément de réponse à la question du « burden sharing » [«partage du fardeau », NDLR] avec les Etats-Unis.

Plutôt que de payer un protecteur, on peut prendre en charge certains aspects d’une défense commune. Mais encore faut-il reposer sur une économie forte. Une France qui continuerait de ne pas prendre à bras-le-corps ses problèmes économiques et sociaux fondamentaux finirait par devenir incapable de contribuer à une quelconque alliance.

Quel est votre pronostic pour la guerre en Ukraine ?

Elle semble s’enliser et pourrait même durer des années. Les Russes se sont mis dans une posture de long terme et les Ukrainiens résistent d’une manière impressionnante. Il finira par leur manquer des combattants, d’abord en Ukraine. Trump se désintéresse actuellement de la question.

Notons aussi que, aujourd’hui, les guerres ne se déclarent plus et ne se concluent plus par des traités. Peut-être y aura-t-il un cessez-le-feu, comme entre les deux Corées, depuis l’armistice du 27 juillet 1953.

La nation ukrainienne s’est forgée ou ressourcée avec cette guerre et disposera probablement de frontières, mais pas celles de 1991. Cette Ukraine sera partie prenante de l’organisation future de la sécurité européenne. L’Union européenne vers laquelle on tend sera délimitée par la Biélorussie, la Russie et la Turquie.

Comment voyez-vous évoluer cette organisation européenne ?

J’ai la conviction que l’Union européenne, vouée à être encore très élargie, devra, pour survivre, être réformée en profondeur. Au stade où nous en sommes, politiquement, nous devrons aller jusqu’au bout de l’idée de l’élargissement, et donc intégrer l’Ukraine et les Balkans.

« Le modèle européen s’éloigne d’une fédération. Je verrais plutôt une confédération. »

On ne peut tergiverser indéfiniment. L’UE a progressivement changé de nature avec les élargissements successifs vers l’est. Cela nous obligera à reconnaître explicitement que le modèle européen s’éloigne d’une fédération. Je verrais plutôt une confédération.

Que serait cette confédération selon vous ?

Je conçois le concept de confédération comme une association d’Etats avec des coopérations notamment économiques et sécuritaires fortes, mais qui ne remettent pas en question les identités nationales. La confédération ainsi entendue implique la notion d’alliance. Il faut redonner aux Etats des marges de liberté pour que chacun se trouve à l’aise avec ses aspirations nationales tout en voulant construire une vraie alliance avec ses partenaires. Une alliance qui engage davantage que le simple article 42.7 du traité de Lisbonne portant sur l’assistance mutuelle entre les Etats.

Je verrais assez bien une alliance repensée à l’image de l’Otan. On pourrait l’appeler, par exemple, « l’organisation du traité de l’alliance européenne ». Outre la défense, on pourrait renforcer la cohérence en matière de coopération industrielle, d’armement, etc. Une telle alliance ne serait d’ailleurs pas incompatible avec des coalitions de volontaires incluant des éléments extérieurs.

On pourrait aussi donner davantage de substance à la Communauté politique européenne d’Emmanuel Macron. L’idée d’une Europe à géométrie variable est d’ailleurs ancienne, elle était déjà très discutée dans les années 1990.

By Virginie Robert and Anne Bauer

Read on Les Echos.

Tour d’horizon international

04.23.2026

Tour d’horizon international
Podcast « Géopolitique », par Marie-France Chatin

A la veille de la World Policy Conference 2026, Thierry de Montbrial est notre invité. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, fondateur et président de l’Institut français des relations internationales et également fondateur et président de la World Policy Conference.

Il y a une semaine, des élections législatives se tenaient en Hongrie. Elles ont vu Viktor Orban fortement et franchement désavoué. Un choix des électeurs hongrois qui dépasse largement les portes de la Hongrie. Un pouvoir illibéral a été défait et avec lui un discours eurosceptique dissimulé derrière un patriotisme qui interroge.

La défaite est aussi celle de Donald Trump et de son idéologie MAGA qui ont tenté d’interférer dans l’élection. Les ingérences russes et américaines dans le scrutin ont été mises en échec. Et au-delà dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, l’affirmation de la Russie comme une menace durable pour l’Europe et un engagement américain incertain sur le Vieux Continent, les interrogations autour de l’avenir du lien transatlantique se multiplient, ravivant les incertitudes européennes quant à leur architecture de sécurité.

Invité :
Thierry de Montbrial, membre de l’Académie des sciences morales et politiques. Fondateur et président de l’Institut français des relations internationales. Également fondateur et président de la World Policy Conference.

Listen to the podcast on RFI.

Christine Choirat

Head of Data Science and Artificial Intelligence at the Swiss Federal Statistical Office (FSO), where her team develops secure infrastructures for the analysis of sensitive administrative data in support of evidence-based public policy. Her team developed and runs Lomas, Switzerland’s first operational differential-privacy platform, allowing policymakers and researchers to generate insights while preserving individual confidentiality. The team’s work also contributes to United Nations working groups on privacy-enhancing technologies and responsible artificial intelligence.She previously served as Chief Innovation Officer at the Swiss Data Science Center and as Visiting Professor at the University of Geneva. Earlier, at the Harvard T.H. Chan School of Public Health, she designed large-scale data platforms supporting research that informed environmental and health regulations.

Luís Araújo

General Manager of the Biedronka chain. He has spent his entire career with the Jerónimo Martins Group, which he joined in 1995. He began as a Deputy Store Manager at Recheio Cash & Carry and subsequently progressed through all stages of his career within the Group. In 2009, he was appointed Group IT Director, with responsibility for IT across all brands and geographic regions (Portugal and Poland). In 2012, he became General Manager of Pingo Doce, the leading supermarket chain in Portugal. Four years later, in 2016, he was appointed General Manager of the Biedronka chain (Jerónimo Martins Polska), a position he continues to hold today.

Nicolas Bodin Guittard

CEO and co-founder of Label4.ai, a French deeptech specialised in the identification of AI-generated and manipulated content: deepfake detection, digital forensics and content authenticity verification. A lawyer by training, former Data Protection Officer and General Counsel, he has taken an atypical path to address what has become a structural challenge: the ability to identify what has been generated or altered within digital flows, and to rebuild a foundation of trust in the AI ecosystem. In 2026, Label4.ai received both the Startup Award and the Research Award at the Forum InCyber (FIC), the first company to achieve this double distinction in the competition’s fifteen-year history. Label4.ai is actively engaged with the European Commission on the implementation of Article 50-2 of the AI Act.

Nuno Aguiar

Chairman & CEO Chief of Staff at Jerónimo Martins. He has extensive experience in the retail and distribution sector, particularly within the Jerónimo Martins Group, one of Europe’s leading food distribution companies. He began his career in 1996 at Jerónimo Martins’ Marketing and Distribution Company (JMD), where he served as Product Manager and Key Account Manager. In 2003, he joined Fromageries Bel, taking responsibility for managing international brands in Portugal. After three years, he returned to Jerónimo Martins, where he assumed a series of senior leadership roles across key business areas, including Sales and Marketing Manager at JMD, Human Resources Director at Pingo Doce, as well as Commercial Director and Operations Director. In 2016, Nuno Aguiar took on an international leadership role as Chief Executive Officer of Ara in Colombia, where he led the company’s development and consolidation in a highly competitive market over a five-year period. He returned to Portugal in 2021 to assume the role of Chief Operations Officer at Pingo Doce and became a member of the company’s Executive Committee. In this capacity, he oversaw operational efficiency, planogram management, and expansion strategy. He holds a degree in Management from the Universidade Católica Portuguesa.

Jean-Christophe Bas

Jean-Christophe Bas is the Vice President of the Aspen Institute France; he is the founder and CEO of The Global Compass and a professor at IRIS. From 1999 to 2008, he was the Head of Strategic Dialogue at the World Bank, in charge of strategic engagement and policy dialogue with key stakeholders, policy makers, academics and influencers. From 2008 to 2014, he served at the United Nations Alliance of Civilizations in New York as Head of Strategic Development and Partnerships. Then, he was the Director of Democratic Citizenship and Participation at the Council of Europe, running a team of 160 staff dedicated to fostering democratic participation and citizenship, intercultural understanding and cooperation. From 2018 to 2020, he served as CEO and chairman of the executive Board of the Dialogue of the Dialogue of Civilizations Institute in Berlin. He is the author of EUROPE A LA CARTE, a book of reflection on European identity. He is also the author of “André Bas, Combats pour l’Entente. He regularly contributes comments on international affairs in major media outlets: Euronews, EUReporter, Valeurs Actuelles, l’Opinion, CCTV, TRT, Bastille Magazine.

Thierry Lepercq

Thierry Lepercq leads executive circles bringing together CEOs, executive committee members, and board-level leaders from international groups in Paris, Lille, and Lyon. These groups meet monthly with experts to discuss the evolving nature of geopolitical risk. He also leads the Thucydide Circle, which brings together diplomats, military generals, senior civil servants, and geopolitical experts who exchange views on the complexity of today’s geopolitical landscape, drawing parallels with history. Having specialized in the United States for several years, Thierry Lepercq advises investors and international groups on the business environment and the evolving risk landscape in the U.S

Christian Langlois-Meurinne

Graduate of Ecole Polytechnique and holder of an MBA from Harvard. Christian Langlois-Meurinne has more than 50 years of experience in the investment sector with IDI, for which he oversaw the buyout in 1987. Previously, he was Director of Chemical, Textile and Allied Industries at the Ministry of Industry from 1979 to 1982.

Gauthier Schweitzer

Co-founder and CTO of Sahar. Sahar is a French company that develops solutions to transform large volumes of open-source data into actionable insights. It works with governments and major corporations in sectors such as defense, energy, and finance.
A data scientist by training, he is a graduate of École Polytechnique, ENSAE, and Sciences Po.

Nicholas Kairis

Chief Legal Officer for Sagint Inc., where he architects legal frameworks for digital infrastructure and the tokenization of real-world assets. He is also the Head of International Legal Affairs for the Mohammed Omar bin Haider Holding Group, overseeing cross-border investments in energy, real estate, and infrastructure. Nicholas Kairis is an international legal executive and financial strategist with over twenty-eight years of experience spanning Europe, the United States, and the Middle East. A specialist in regulatory architecture and digital securities, Mr. Kairis has held senior leadership roles for major investment platforms and multinational holding groups, including Khamis Buamim Investments and HBK Department of Projects. His expertise covers highly regulated sectors such as financial services, commodity trading, mining, and fintech. Admitted to the Supreme Court of Greece, he is a member of the Athens Bar Association and holds an LL.M. from the University of Heidelberg. Throughout his career, he has advised global corporations and served in various board and investment committee capacities, focusing on complex multi-jurisdictional compliance and international arbitration.

Sidi Mohamed Boubacar

Former Prime Minister of Mauritania on two occasions. In the early 1990s, he oversaw negotiations with the International Monetary Fund that led to a three-year reform program aimed at strengthening the balance of payments and improving growth prospects. In 2005, he was again appointed Prime Minister to lead the transition to civilian rule. In this role, he oversaw the adoption of constitutional laws guaranteeing public freedoms and facilitating a peaceful transfer of power. Sidi Mohamed Boubacar also served as Minister of Finance and Minister Secretary-General of the Government. He held various technical positions within the Ministry of Finance, including Budget Director, Planning Director, and Treasury Director. He also had a distinguished diplomatic career. He served as Ambassador Extraordinary and Plenipotentiary of Mauritania to Spain, Egypt, and France, and as Permanent Representative of Mauritania to the United Nations. He was a candidate in the 2019 presidential election, where he won more than 17% of the vote. Sidi Mohamed Boubacar obtained his bachelor’s degree from the National School of Administration of Mauritania, graduating as valedictorian in the Financial Administration track. He also received a postgraduate diploma in law from the Université d’Orléans (France). He has published “The African Exception” in Choc des Populations: Guerre ou Paix (Fayard, 2010).

Isabelle Bébéar

Director of International and European Affairs at Bpifrance since 2019. She leads the bank’s international strategy to boost its visibility and support the growth of French companies abroad. Her responsibilities include managing relationships with European and global institutions, developing partnerships with sovereign wealth funds and long term investors, and advising foreign governments on building strong entrepreneurial ecosystems. She also oversees EuroQuity, the digital platform that connects innovative businesses with international investors and new opportunities. More than 20 years ago, Isabelle created Averroès Africa, the first European fund of funds dedicated to Africa. She continues to steer its successive programs, including Averroès Africa IV (2023) and the Averroès Venture Fund (2025). Altogether, the funds have invested over €250 million in 35 venture, growth and debt funds supporting startups, SMEs and mid caps across 40 African countries. Isabelle also sits on Proparco’s board and on the board of the Aspen Institute France. She co chairs the Montreal Group.