L’invasion de l’Ukraine a rompu la sécurité d’approvisionnement de l’Europe, mais elle n’est pas le seul facteur d’augmentation des prix, explique l’expert de l’énergie Olivier Appert dans une tribune au « Monde ».
Tribune. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février, est un défi énergétique majeur, en particulier pour les pays européens. Les marchés ont immédiatement réagi : le prix du pétrole a dépassé la barre symbolique des 100 dollars (90 euros) le baril, alors que le prix du gaz en Europe a augmenté de 30 %.
La Russie possède 6,4 % des réserves mondiales de pétrole et 17,3 % des réserves de gaz. Elle est le troisième producteur de pétrole et le premier exportateur de gaz. Elle fournit 23 % des importations européennes de pétrole, 46 % des importations de gaz et 60 % des importations de charbon. Certains pays dépendent entièrement de la Russie, comme la Lettonie ou la République tchèque. L’Allemagne, premier pays consommateur de gaz en Europe, en importe 50 % de Russie et mise sur le gaz naturel pour assurer sa transition énergétique. La France est moins dépendante (17 %), grâce à une politique de diversification des approvisionnements, notamment avec le gaz naturel liquéfié (GNL).
En retour, la Russie est très dépendante de ses exportations vers l’Europe. Celle-ci absorbe environ 90 % de ses exportations de gaz. Les exportations d’hydrocarbures ont une importance majeure pour l’économie russe : elles représentent 25 % du produit intérieur brut du pays, 40 % de ses recettes budgétaires et 57 % de ses exportations.
Cette dépendance réciproque entre la Russie et l’Europe a contribué, pendant des décennies, à la sécurité de l’approvisionnement européen. La seule rupture à déplorer, en 2006, était due à un conflit commercial sur le transit du gaz russe en Ukraine.
Incertitude majeure
Le contexte actuel change radicalement la donne. L’invasion de l’Ukraine intervient à un moment où les marchés pétroliers et gaziers sont déjà en tension. La flambée des prix du gaz et de l’électricité en Europe est liée d’abord à des facteurs conjoncturels, mais aussi à la politique de libéralisation des marchés gaziers, qui accorde une primauté au court terme. Par ailleurs, les investissements ont été limités par le manque d’incitation du cadre réglementaire et par le message politique négatif sur les énergies fossiles.
Le marché pétrolier va connaître une tension croissante dans les toutes prochaines années non en raison de l’absence de ressources, mais de l’insuffisance des investissements alors que la demande mondiale continue toujours de croître. Il s’ensuit une montée en puissance du contrôle du marché par les pays producteurs, dont la Russie, avec les enjeux géopolitiques afférents. La hausse des prix du pétrole devrait se poursuivre dans le cadre d’un choc pétrolier rampant. On ne peut pas exclure non plus un choc violent lié aux tensions au Moyen-Orient ou en Ukraine.
L’économie de l’Europe serait particulièrement impactée par une tension durable des marchés, compte tenu de sa dépendance croissante vis-à-vis des importations. Il n’en est pas de même des Etats-Unis, maintenant autosuffisants grâce notamment à leurs ressources en hydrocarbures non conventionnels. La Chine dispose, elle, de moyens financiers importants et de ressources en charbon qu’elle n’hésiterait pas à mobiliser si nécessaire.
Compte tenu de l’incertitude majeure sur le déroulement du conflit entre la Russie et l’Ukraine, il est hasardeux d’élaborer des scénarios. Il y a cependant une certitude : l’Europe ne pourra plus compter durablement sur la Russie pour assurer la sécurité de ses approvisionnements, comme cela a été le cas depuis cinquante ans. Sur le plan pétrolier, il est vraisemblable que la Russie va jouer pleinement le jeu de l’OPEP + pour maintenir des prix élevés. Sur le plan gazier, la Russie continuera à faire le service minimum, comme elle l’a fait en 2021 ; elle accordera une priorité à sa consommation intérieure. En outre, les livraisons à l’Europe pourraient être réduites par des destructions sur la chaîne logistique gazière en Ukraine.
Rupture de confiance
On ne peut pas exclure un scénario catastrophe de rupture totale des livraisons de pétrole et de gaz russe à l’Europe, qu’elle résulte d’une décision unilatérale de la Russie ou d’un embargo décidé par les pays occidentaux. Une telle mesure aurait un impact minime sur les Etats-Unis, mais serait dramatique pour l’Europe. Les conséquences sur l’économie russe seraient limitées par la flambée des prix qui interviendrait immédiatement. Le marché pétrolier présente assez de souplesses pour pouvoir s’adapter à cette situation, mais cela prendrait quelques mois.
Il n’en est pas de même pour le gaz. En effet, l’Europe n’a actuellement aucune solution de remplacement immédiate si les importations de gaz russe devaient cesser. Le 1er février, le Qatar, en réponse à une demande pressante de Joe Biden d’aider l’Europe, avait expliqué qu’il ne pourrait pas compenser à lui seul un volume d’approvisionnement suffisant. Pour renforcer les importations de gaz liquéfié américain, il faudrait construire de nombreux terminaux de regazéification, ce qui prendrait au minimum deux à trois ans. La seule solution envisageable serait de faire fonctionner la solidarité entre consommateurs de GNL mondiaux, comme cela a été le cas après l’accident de Fukushima. Mais même si cette solidarité fonctionnait à plein, elle serait insuffisante pour compenser le gaz russe.
En tout état de cause, la confiance entre l’Europe et la Russie est durablement rompue. Il est impératif que les pays européens, et en particulier l’Allemagne, se livrent à une remise en cause en profondeur de leurs politiques énergétiques afin de garantir au mieux la sécurité des approvisionnements et la résilience de notre économie dans ce nouveau contexte géopolitique. Cela implique une stratégie claire de limitation de la demande et de sensibilisation des consommateurs sur les économies d’énergie, mais aussi de développement du nucléaire et des énergies renouvelables (en particulier le gaz vert), et vraisemblablement de maintien du charbon. Les Européens vont devoir s’adapter à des prix plus élevés de l’énergie.
Lire l’article original sur le site du Monde.



MADRID – Russian President Vladimir Putin’s barbaric war on Ukraine seems to have awakened Germany from its post-Cold War slumber, with a dramatic shift in foreign and defense policy indicating a newfound recognition of Russia’s unreliability as a partner and the broader security challenges Europe faces. But can Germany’s tougher approach withstand a painful and protracted crisis, or will accommodationist voices regain traction, urging acceptance of the realities on the ground?
There is no doubting the resoluteness of Germany’s response to the Russian invasion. Beyond halting the Nord Stream 2 gas pipeline project, Chancellor Olaf Scholz has announced a €100 billion ($109 billion) increase in defense spending this year and agreed to send weapons – not just helmets – to Ukrainian fighters.
Moreover, Germany has participated in the imposition of sweeping Western sanctions aimed at isolating Russia and inflicting maximum economic pain. More fundamentally, Germany seems finally to have abandoned its long-held belief that dialogue is the only way to deal with the Kremlin.
Germany’s newfound mettle, which has been welcomed across Europe, was by no means guaranteed. For decades, Germany’s approach to geopolitics had emphasized rapprochement and economic engagement, with its Russia policy representing a kind of misguided continuation of the Federal Republic’s Cold War-era Ostpolitik. This persisted through Russia’s invasion of Georgia in 2008, its downing in 2014 of MH-17, a passenger flight passing over eastern Ukraine, and the Kremlin’s poisoning of political opponents like Alexei Navalny, who recovered from a nerve-agent attack in a German hospital.
Germany was not alone in taking a soft-handed approach to Russia. The United Kingdom has continually – and willingly – attracted Russian oligarchs’ dark money. In this sense, Britain’s sanctioning of oligarchs like Roman Abramovich also represents a notable shift.
But, historically, Germany has been at the center of Europe’s political tangles. This was often for the worse: Germany repeatedly disrupted Europe’s balance of power, leading to conflict and unparalleled bloodshed, culminating in World War II. But with the 1951 creation of the European Coal and Steel Community, which bound together Germany and France, the country’s role was transformed.
From Chancellor Konrad Adenauer’s tenure in the 1950s and early 1960s through Chancellor Helmut Kohl’s in the 1980s and 1990s, it was said that Germany would find its interests in the interests of the European project. Integration was the only conceivable path to a sustainable and lasting European peace, and Germany was essential to achieving that goal.
After reunification in 1990, Germany leveraged its economic strength and prowess to assume a unique convening power in Europe, which enabled it to define the EU’s agenda – and, thus, trajectory – for decades.
But Germany’s leadership was always selective. It used its influence – enhanced by an EU presidency – to press for the completion of an EU-China investment agreement just a month ahead of US President Joe Biden’s inauguration last year. (That deal is now in limbo, unlikely to be ratified by the European Parliament any time soon.) Germany also pushed forward Nord Stream 2, despite its allies’ concerns.
However, in areas that drew less German interest, such as banking union, the EU was left largely directionless. This dynamic is what prompted former Polish Foreign Minister Radosław Sikorski to declare in 2011 that he feared Germany’s power less than its inactivity. In fact, Germany’s selective leadership prevented the EU from forging ahead strategically and left it reliant on former Chancellor Angela Merkel’s personal mediation, which ended when her 16-year tenure did.
In this sense, Putin has done the West a favor. By launching a brutal and unprovoked invasion of Ukraine and threatening the West with nuclear escalation, he has shaken the very foundations of the postwar order – and jolted Germany out of its dream of Wandel durch Handel (change through commerce). If recent policy changes are any indication, a more comprehensive and strategic form of German leadership could emerge.
But the Western countries imposing costs on Russia will also face high costs, from low growth to skyrocketing energy bills. The post-pandemic recovery could be all but wiped out in much of Europe. Over time, this – together with the existential dread generated by Putin’s wanton nuclear threats – could generate significant pressure on European leaders to pursue normalization of relations with Russia and even greater accommodation of it. Germany’s coalition government will be no exception.
Putin would view any such shift as yet another demonstration of Western weakness, all but inviting him to pursue ever-bolder gambits. That is why the West, with Germany as a central player, must stand firm in defending its values and opposing Russia’s illegal aggression, despite the costs. Otherwise, sooner or later, we will find ourselves once again living in a world where, as the Athenian historian Thucydides famously put it, “the strong do what they can, and the weak suffer what they must.”
Read the original article on the site of Project Syndicate.