Hubert Védrine : « Le moment venu, il faudra une évaluation générale des politiques menées »

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Public Sénat, le 21 avril 2020

Un jour, un regard sur la crise du Covid-19. Public Sénat vous propose le regard, l’analyse, la mise en perspective de grands experts sur une crise déjà entrée dans l’Histoire. Aujourd’hui, le regard de… Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Pour lui, cette crise n’a fait que confirmer le pouvoir gigantesque de la Chine et les problèmes internes au fonctionnement de nos démocraties. Pas de doute, il faudra une évaluation générale et s’interroger sur un manque de prévisibilité.

Emmanuel Macron dans une interview au Financial Times dit craindre une perte de confiance dans la démocratie et que la crise renforce le pouvoir des autocrates et des populistes. Jean-Yves Le Drian nous dit dans Le Monde : « Ma crainte, c’est que le monde d’après ressemble au monde d’avant, mais en pire. » Partagez-vous ces craintes ?

Je pense qu’il y a un vrai problème des démocraties depuis un certain temps, bien avant le coronavirus, qui est un problème de légitimité et d’efficacité. Tant que les démocraties n’avaient pas de concurrents, l’idée que la seule perspective historique c’était d’avancer dans ce sens en corrigeant les défauts des démocraties, était une idée centrale, presque exclusive. A partir du moment où il y a eu la mondialisation à outrance, et je distingue dans l’histoire de la mondialisation plusieurs périodes, là je parle de la globalisation sino-américaine des quarante dernières années, à partir du moment où il y a eu ce deal, c’est-à-dire qu’en gros les Occidentaux ont transféré l’essentiel du système productif en Chine, en raison des bas salaires, on a vu le décrochage des classes populaires et on a vu des classes moyennes en Occident se dire « finalement cette mondialisation ne nous rapporte rien ». On a eu le même décrochage sur l’idée européenne. Donc je pense que les systèmes démocratiques étaient déjà sourdement contestés dans les orientations globales qui avaient été prises. Deuxièmement, les démocraties modernes fondées sur la vieille idée de la démocratie représentative sont de plus en plus contestées à la faveur d’une démocratie plus directe, plus instantanée. Tout cela étant attisé par le monde numérique, par l’information continue, etc… C’est donc très compliqué de gouverner les démocraties modernes. Il y a cette pulsion de la démocratie directe qui est potentiellement incohérente voire dictatoriale, mais cela date d’avant le virus. Et le grand défi pour les démocraties, avant même la concurrence chinoise, c’est de démontrer qu’elles sont toujours aussi légitimes et toujours aussi efficaces. C’est très bien de développer la démocratie participative à tous les niveaux tout le temps, mais il faut bien qu’à la fin des fins quelqu’un décide quelque chose.

Donc, vous craignez vous aussi que cette crise « profite » aux pouvoirs populistes ?

Mais les populistes, c’est un sous-produit ! Moi je pense par exemple qu’il n’y a aucun lien avec les années 1930, cela n’a rien à voir ! Je ne me sers jamais des mots qui sont des réminiscences pavloviennes, « années noires » et tous ces trucs. Il y avait un vrai problème avant et en effet, l’affaire du virus et le poids de la Chine, c’est pour les spécialistes une confirmation pas une révélation. Cela confirme un vrai défi mais c’est un défi que nous aurions même si la Chine « roulait moins des mécaniques » et même si on n’avait pas eu besoin des masques chinois. Donc Oui : il y a un vrai problème mais il faut bien le poser. On n’a pas brusquement une Chine qui nous agresse de façon très pénible par ses déclarations, c’est un problème interne au fonctionnement des démocraties.

Depuis le début de cette crise Emmanuel Macron ne cesse de brandir la carte européenne quand d’autres en Europe jouent celle du « chacun pour soi » ou déconfinent en ordre dispersé… Cette crise est-elle un échec pour l’Europe ?

Non ! L’Europe n’a aucune compétence en matière sanitaire. Moi j’ai toujours été un « euro-réaliste » et non pas un « européiste exalté », mais il n’empêche que ce n’est pas honnête de reprocher à l’Europe de ne pas avoir agi dans des domaines où elle n’a pas de compétence. Et je ne vois personne en Europe qui veuille confier dans l’avenir à un commissaire européen la décision d’ouvrir ou non des écoles en Bavière ou en Bretagne.

Non, mais il y a peut-être plusieurs Europe dans la riposte à cette crise. Une Europe du Nord qui s’en sortirait mieux qu’une Europe du Sud. Et une France qui appartiendrait plutôt à cette Europe du Sud, « déclassée », revenue à sa condition de pays méditerranéen, comme le suggère Pierre Vermeren dans Le Figaro.

C’est trop tôt pour dire tout cela ! Le moment venu, il faudra d’abord une évaluation systématique de l’origine des épidémies et des pandémies qui se développent depuis 30 ans, et là il y a évidemment une question écologique et de biodiversité. Ensuite il faudra une évaluation du comportement de la Chine tout à fait au début. Enfin, il faudra une évaluation de la politique menée par les différents gouvernements et institutions dans le monde. A ce moment-là, on verra comment se sont débrouillés les uns et les autres. Aujourd’hui, on voit en effet que l’Allemagne et l’Autriche semblent s’être mieux préparées, donc il faudra analyser cela. Je crois beaucoup à la nécessité absolue de cette évaluation. Après, est-ce qu’on va dire qu’il faut renforcer les pouvoirs de la Commission européenne ? Moi je n’en suis pas sûr. Vous voyez bien qu’il y a une demande énorme de pouvoir de proximité. Quand on parle de l’Allemagne qui s’en sort bien, ce sont les Länder ! Madame Merkel a juste le pouvoir de faire des « conf call ». Le président du Conseil italien n’a même pas ce pouvoir. Donc il ne faut pas réagir en disant qu’il faut renforcer l’Europe dans n’importe quel domaine. En revanche je suis sûr qu’après la crise, on va se dire que c’est évident qu’il faut une politique coordonnée en Europe en ce qui concerne les réserves de produits stratégiques sanitaires. Mais cela ne veut pas dire qu’on va transférer à la Commission la compétence. Donc la question est bonne mais je pense qu’il y aura une réponse diversifiée qui n’aboutira pas uniquement à un renforcement de l’Europe. Au contraire, dans certains cas, on dira qu’il faut redonner du pouvoir aux Etats-nations. Et ce n’est pas du tout contradictoire.

On observe ces derniers jours des tensions fortes et publiques entre la Chine et la France.

« on ne sait pas tout » sur la gestion de cette crise par Pékin, a dit le Président français.

La France entend être « respectée comme la Chine souhaite l’être » dit le ministre des affaires étrangères… Paris a-t-elle raison de hausser le ton ?

La relation France-Chine, on ne peut pas la juger sur quelques heures ou quelques jours ni sur trois déclarations. En revanche, Paris a eu raison de réagir aux déclarations de l’ambassadeur de Chine qui étaient devenues trop insolentes. Le même ambassadeur ayant été insolent autrefois au Canada par exemple. D’ailleurs, le ministre des affaires étrangères chinois a aussitôt rétabli la situation. Ça, c’est l’aspect conjoncturel. Maintenant, le problème global, c’est qu’on voit bien à quel point la Chine est devenue une puissance gigantesque grâce à la réussite énorme de Deng Xiaoping (ndlr : numéro 1 de la République populaire de Chine entre 1978 et 1992), et cela pose un problème énorme au monde entier, ce n’est pas un problème franco-chinois. Ce n’est pas pour rien qu’Obama avait réorienté toute la politique étrangère américaine vers l’Asie. Lui, le faisait de façon sophistiquée, Trump le fait avec brutalité. Trump essaie de retrouver une moindre dépendance américaine par rapport à la Chine, et c’est à peu près le seul domaine où il est approuvé par les démocrates. Il ne faut pas exagérer la dimension franco-chinoise. Donc je pense qu’après, dans l’évaluation générale sur les politiques menées, y compris chez nous, les cafouillages sur les masques, sur les détections, etc… Il y aura des questions sérieuses à poser à la Chine, sur l’origine de l’épidémie, sur le manque de transparence au début et sur les mesures que la Chine prendra à l’avenir par rapport aux marchés d’animaux qui posent les mêmes problèmes dans d’autres pays d’Asie et en Afrique. La pression sur la Chine va monter mais ce n’est pas franco-chinois, c’est « mondialo-chinois ». Normalement en 2021, la Chine va abriter la COP Biodiversité, donc c’est évident qu’il y aura un rendez-vous hyper important. Simplement, il faut formuler les questions et les interpellations de façon très rationnelle et argumentée, que cela n’ait pas l’air de relever de la polémique momentanée.

Hier nous utilisions la Chine pour faire fabriquer nos produits à bas coût, nos médicaments et autres. Aujourd’hui la Chine est vue comme responsable de tous nos maux. On assiste à un tournant diplomatique et peut-être commercial ?

C’est plus commercial que diplomatique. C’est vrai qu’il y a eu un choix collectif occidental des fabricants de produits d’aller en Chine parce que les salaires y étaient beaucoup moins chers. Mais maintenant les salaires ont augmenté, donc la réorganisation des chaines de valeurs a commencé depuis des années. D’ailleurs le rythme d’augmentation du commerce international a commencé à diminuer depuis des années. On n’est pas dans la démondialisation, on est dans la correction des excès de la mondialisation. L’avenir ce serait de moins dépendre de la Chine dans les domaines stratégiques ou en tous cas de dépendre de plusieurs fournisseurs et jamais d’un seul. C’est un mouvement qui avait un peu commencé et qui va s’accélérer. La Chine n’est pas la source de nos maux, c’est nous qui avons pris ces décisions. Il y a des questions à poser à la Chine sur la genèse de l’épidémie mais il y a une interpellation forte à nous imposer à nous-même sur un manque de prévisibilité, sur une forme d’irresponsabilité et d’insouciance.

Trump désigne des coupables comme la Chine et l’OMS, il encourage les manifestations contre le confinement, il veut que l’économie du pays reparte presque coûte que coûte. Est-il en train de jouer sa réélection en faisant un pari très risqué ? Choisir l’économie plutôt que la santé ou la vie ? 

J’observe que ce débat a lieu absolument partout. Il y a des appels tous les jours venant du monde économique en France pour accélérer le déconfinement et qui disent exactement le contraire de ce que dit le conseil scientifique. Emmanuel Macron a dû arbitrer entre ces différentes forces. Vous prenez n’importe quel pays, il y a ce débat entre : est-ce qu’il faut redémarrer plus vite parce que les conséquences de l’effondrement économique vont être tragiques y compris sur le plan social et humain ou est-ce qu’il faut maintenir les précautions encore très longtemps. Ce débat a lieu partout. Simplement, Trump est tellement brutal et vulgaire dans ses déclarations que cela frappe les esprits. Alors comment est-ce que cela va tourner pour lui ? Je n’en sais rien, mais ce qui est sûr, c’est que le choix de Biden par les démocrates plutôt qu’un candidat plus à gauche, cela augmente leurs chances. Mais on ne peut rien dire maintenant, on est en avril, on est en pleine interrogation sur les déconfinements, et cela peut se décider dans les dernières semaines aux Etats-Unis. En revanche, même avec Biden, on ne reviendra pas à la coopération un peu idéalisée, on ne reviendra pas non plus aux Etats-Unis d’autrefois dont certains ont la nostalgie. Ce sont des Etats-Unis plus durs, pas repliés sur eux-mêmes parce qu’en réalité personne ne peut se replier sur soi-même, ça c’est un slogan un peu « gnangnan », mais ce sont des Etats-Unis qui donneront la priorité à leurs intérêts. Nous Européens, ne devons pas nous faire d’illusions sur ces Etats-Unis-là. Ce serait évidemment plus facile de coopérer avec Joe Biden, mais ce n’est pas non plus le retour aux années 1950.

Donc sur un plan diplomatique, vous ne diriez pas que cette crise révèle de nouvelles divergences profondes entre l’Europe et l’allié américain ? Si tant est que l’on puisse encore parler d’allié en la personne de Trump…

On est toujours allié ! Il y a toujours un traité d’alliance de 1949 qui n’a jamais été dénoncé par personne. Et même s’il y a des doutes (qui n’ont pas commencé avec Trump) sur la solidité, la garantie et l’automaticité américaine, l’alliance est toujours là. Les Européens veulent absolument la garder. En termes militaires au sens stricte du terme, c’est une alliance solide. C’est d’ailleurs la seule alliance militaire dans le monde. Maintenant, au-delà de cette alliance, dans la longue durée, c’est évident qu’il y a des tas de domaines (sur la diplomatie, sur l’organisation de la société, sur l’économie ou le mode de vie des gens) où le monde américain devient progressivement assez différent du monde européen. En effet, mais je raisonne là en historien, on ne retrouvera pas les conditions des années 1950 / 1960. On demeure allié certes, mais après des explications de gravure un peu sèches sur la répartition du financement de l’alliance et qui décide quoi. Nous ne sommes pas au bord d’une rupture mais le lien s’éloigne, je dis souvent que les Américains et les Européens deviennent des cousins issus de germains. Mais ce n’est pas lié au virus, cela date d’avant.

Vous avez été choisi par Emmanuel Macron pour représenter la France dans un comité chargé de réfléchir à l’avenir de l’OTAN. La crise du COVID rebat-elle complètement les cartes ?

Non pas du tout. Il est convenu entre nous qu’on ne communique pas sur le comité en question, le groupe de dix personnes qui doivent remettre un rapport à la fin de l’année. Mais cette crise ne change rien au mandat parce que c’est une alliance militaire de pays européens qui continuent à souhaiter être protégés par les Etats-Unis, en priorité par rapport à la Russie. Il y a tout un débat sur : est-ce que la Russie est uniquement un ennemi ou comme l’a dit le président Macron, ce n’est pas aussi dans certains domaines un partenaire ? C’est ça la question numéro un. Le fait que dans le monde, certains pays en Asie ou l’Allemagne et l’Autriche se soient manifestement mieux préparés à une pandémie, ne change rien à cette question stratégique.

Cette crise ne pourrait pas exacerber les tensions internationales et donc renforcer l’intérêt de l’OTAN ?

D’abord ce n’est pas une crise, c’est beaucoup plus que cela. Même quand on va se déconfiner, le virus sera encore là pour longtemps. Et même si on trouve un vaccin, il y aura d’autres virus. Tous les spécialistes disent que la façon dont on abat les forêts dans le monde implique qu’on « déconfine des virus ». C’est un phénomène qui ne va pas disparaitre donc cela va redémarrer et on ne sortira pas purement et simplement de la crise. Il y a des questions qui vont se poser sur l’OMS : peut-elle être plus réactive ? Plus indépendante des gouvernements ? Est-ce qu’il ne faut pas un système d’alerte plus précoce ? Mais je ne vois pas qui dirait que c’est à l’OTAN de prendre en charge ce genre de menace. Ce n’est pas l’OTAN qui va prendre en charge la fabrication des masques dans le monde entier.

Lors de son intervention, Emmanuel Macron a plaidé pour une annulation de la dette africaine… Il a raison ?

C’est une politique française poursuivie depuis très longtemps. Il y a eu beaucoup d’annulations sous Mitterrand, sous Chirac, et après cela a continué. A chaque fois c’est accompagné de préconisations pour que les budgets des pays en question soient mieux gérés et qu’ils ne refabriquent pas de la dette. On a globalement intérêt à ce que les pays africains se développent mieux. Cela paraît un peu lointain et abstrait mais il y a un intérêt. Moi je crois qu’il a eu raison parce que je raccorde cela à une politique française de longue durée. La seule petite réserve que je mettrais, c’est qu’il ne faudrait pas que l’annulation de la dette des pays africains n’entraine aucune conséquence positive dans la bonne gouvernance en Afrique et que les mêmes pays s’endettent à nouveau auprès de la Chine. La Chine ne pose pas les mêmes conditions que nous.

Vous disiez que c’était dans notre intérêt, c’est-à-dire ?

En matière de migrations par exemple. Il y a énormément de migrations en Afrique, au sein-même du continent, vers le Nigéria quand ça marche, vers l’Afrique du Sud ou la Côte d’Ivoire. Mais l’Afrique se développe démographiquement, il y a des pays où il y a encore sept ou huit enfants par femme, et il y a beaucoup de pays dans lesquels, à cause de la pression islamiste, tout ce qui est planning familial a sauté. On aurait intérêt à ce qu’il y ait moins de population en Afrique et que les gouvernements africains puissent mieux s’en occuper, qu’ils arrivent à mieux valoriser la vie des agriculteurs et qu’il y ait moins de ces malheureuses personnes qui se sentent obligées d’aller tenter leur chance en Europe en prenant des risques gigantesques. Donc ce serait mieux pour nous d’avoir des partenariats de codéveloppement dans ces domaines. Je plaide depuis des années pour une cogestion des flux migratoires légaux entre les pays de départ, de transit et d’arrivée, et pour une distinction totale avec les demandeurs d’asile. Il y a des pays d’Afrique qui ne s’en sortent pas trop mal, même par rapport à la gestion du virus. Ce n’est pas du tout sûr que ce soit un cataclysme. Plein de gens sont repartis dans les campagnes, il semblerait que les mesures de confinement soient quand même un peu appliquées. On ne peut pas plaquer sur l’Afrique un raisonnement qui est fondé sur le fait qu’il n’y ait pas assez de lits de réanimation. On ne peut pas raisonner à l’européenne. Les spécialistes que je vois ne sont pas tous alarmistes.

Interview réalisée par Rebecca Fitoussi @fitouss

Lire l’interview sur le site de Public Sénat. 

Jean-Pierre Cabestan – Coronavirus : comment la “diplomatie du masque” s’est retournée contre Pékin

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Marianne, le 22/04/2020

Sinologue et professeur de Sciences politiques à la Hong Kong Baptist University, Jean-Pierre Cabestan* livre son analyse sur les conséquences du Covid-19, vues de Chine, et l’échec de la “diplomatie du masque” de Pékin pour prendre la place des Etats-Unis.

Marianne : La « diplomatie du masque » de Pékin, depuis que la pandémie s’est répandue dans le reste du monde, s’avère-t-elle selon vous un succès?

Jean-Pierre Cabestan : Non. La lenteur de la réaction de l’administration Trump à la crise du Covid-19, et la désorganisation de l’UE avaient pourtant ouvert un boulevard à la Chine, pour s’imposer dans le monde. Mais la « diplomatie du masque » s’est retournée contre la Chine car trop agressive et contradictoire, tout en niant sa propre responsabilité : le message de Pékin mélangeait trop la générosité avec la propagande alors que les démocraties affrontaient la crise sanitaire.

Ce n’était pas malin : cela a détruit son message et abîmé sa crédibilité, tout en retournant un peu plus l’opinion publique des pays démocratiques contre la dictature chinoise. La diplomatie du masque a en outre très vite agacé Bruxelles, notamment son double langage, insistant sur sa propre générosité tout oubliant l’aide initiale que l’UE lui avait apportée. D’autant que l’aide généreuse a souvent consisté en masques défectueux et chers. Ce qui a même divisé le gouvernement italien…

Que dit la “diplomatie du masque” des ambitions de la Chine?

La Chine veut apparaître comme le docteur du monde, le plus grand fournisseur d’aide sanitaire, adepte d’un multilatéralisme centré sur l’ONU et l’OMS, et ainsi aspirer au leadership mondial qu’a abandonné l’Amérique. Il est vrai que, grâce à cette crise sanitaire sans précédent, le gouvernement chinois a pu démontrer sa capacité à toucher de nombreux pays et de nombreuses parties du monde. Il a également montré sa volonté de travailler avec la communauté internationale, tant au niveau bilatéral que multilatéral, via notamment l’OMS et le G20.

Cependant, la Chine a surestimé sa main. Beaucoup de pays sont devenus méfiants face à cette offensive de générosité et ces ambitions mondiales, qui se retourne contre le PCC et sa mentalité de forteresse assiégée.

Quelles conséquences auront selon vous les ondes de choc de la crise du coronavirus en Chine?

À court terme, le Parti communiste chinois (PCC) devra se concentrer sur les défis auxquels il est confronté chez lui : contenir la deuxième vague de Covid-19, reprendre ses activités économiques et rassurer la société, devenue plus méfiante envers le pouvoir, sur ses échecs initiaux dans la gestion des la crise sanitaire. Le PCC voudra exercer un contrôle plus étroit de la société dans un contexte de ralentissement économique bien moins favorable que dans le passé.

Pour Xi, c’est mauvais, car le pays va vers des jours plus difficiles. Ce sera un test pour lui et sa clique. En interne, au sein de la société civile et même certaines voix du PCC ont dénoncé une « crise de gouvernance », critiquant la décision de Xi, en 2018, de rester au pouvoir plus que 10 ans. Mais qui peut le défier, et à terme le remplacer ? Nul ne le sait.

Et à l’international ?

La Chine devra faire face et gérer une relation avec les États-Unis et leurs alliés en Europe et en Asie, qui est devenue beaucoup plus délicate en raison de l’agressivité et de l’incohérence de son propre discours, non seulement sur la pandémie, mais aussi sur le système politique des pays occidentaux et l’ordre mondial.

L’OMS, qui a montré sa grande proximité avec Pékin, risque d’en payer le prix fort. Taiwan, à l’inverse, pourrait en profiter. Tenue à la porte de l’OMS en raison de l’opposition de la Chine, l’île, qui a été dûment remerciée pour ses dons de masques par les Etats-Unis, le Japon, et plusieurs pays européens, pourrait bénéficier d’une fenêtre d’opportunité pour rejoindre l’organisation.

La Route de la soie, le grand projet d’expansion économique mondiale de Xi Jinping, pourrait en souffrir. Même en Afrique, où la Chine a livré à grand renfort de publicité quantité d’équipements, le message de confrontation de Pékin avec l’Occident a plutôt contribué à diviser les Africains, dont beaucoup se sont du reste plaints d’être mal traités en Chine.

Bref, l’image internationale de la Chine s’est détériorée, approfondissant la guerre froide émergente avec les Etats-Unis et les doutes sur sa capacité à jouer un rôle de leader dans les affaires mondiales.

Vous avec employé le terme de « guerre froide » pour qualifier les relations sino-américaines. Risque-t-elles selon vous de s’aggraver?

Bien sûr, cette nouvelle guerre froide est différente de l’ancienne entre l’Occident et l’Union soviétique aujourd’hui disparue : la Chine fait partie de l’économie mondiale et le niveau d’interdépendance économique, sociale et humaine entre ce pays et la reste du monde est beaucoup plus élevé que celui de l’URSS. Cependant, la mondialisation n’a pas empêché l’apparition d’une rivalité économique, géostratégique et idéologique croissante entre la Chine et les États-Unis. Au contraire, renforçant la Chine au point de revendiquer le statut de l’Amérique, la mondialisation a contribué à intensifier cette rivalité et à créer une nouvelle bipolarité dans la politique mondiale. Et cette crise sanitaire planétaire a démontré à quel point le monde était devenu dépendant sur la Chine, et pas seulement en termes de produits médicaux et pharmaceutiques.

Les États-Unis et leurs alliés vont tenter de réduire cette dépendance. Tout en essayant de maintenir une relation de travail non conflictuelle et prévisible avec Pékin, les alliés américains en Asie, en particulier au Japon, en Corée du Sud et en Australie, et en Europe (membres de l’OTAN) ne peuvent ignorer ce nouvel environnement géostratégique bipolaire. Et les efforts croissants de l’UE et des États-Unis non seulement pour gérer la pandémie au pays mais aussi pour aider les pays pauvres à la vaincre, sont susceptibles de compenser en partie les avantages diplomatiques que la Chine peut en tirer.

Existe-t-il un front européen face à la Chine?

S’il y a convergence, c’est surtout entre Berlin et Paris. L’UE a de nombreuses récriminations contre la Chine en matière d’accès au marché chinois, de subventions aux entreprises d’Etat, de non respect des règles de l’OMC. Elles ne sont pas nouvelles mais le Covid-19 a rendu plus difficile tout accord sino-européen, par exemple sur les investissements.

Quid d’un front “illibéral” russo-sino-est-européen?

Le front russo-chinois existe déjà. Pékin a pu utiliser la pandémie pour consolider ses relations avec certains de ses partenaires. Mais la plupart d’entre eux, de la Hongrie à la Serbie en Europe centrale en passant par la Thaïlande et le Cambodge en Asie, entretenaient déjà des partenariats étroits avec la Chine avant Covid-19. Et avec certains de ses alliés de facto, comme la Russie, qui a très tôt fermé ses frontières avec la Chine, ou l’Iran, qui accusait la Chine d’être à l’origine de l’épidémie sur son sol, les relations se sont au contraire un peu compliquées… Même si dans l’ensemble, Pékin et Moscou ont intérêt à continuer de faire front commun.

Profitant de la crise sanitaire, les autorités chinoises ont arrêté samedi 18 avril 14 leaders de l’opposition à Hong Kong. Avec quelles conséquences selon vous?

Sur le continent, aucunes. A Hong Kong, ces arrestations conduiront à plus de tensions et de confrontations avec le camp démocrate : le mouvement de contestation peut redémarrer à peine la crise sanitaire terminée, surtout si la loi de sécurité nationale est mise en chantier. La cheffe de l’exécutif Carrie Lam reste impopulaire. Sur la scène internationale, la Chine apparaitra plus encore comme elle est : une ennemie de la démocratie. Hong Kong vit le Covid avec beaucoup de discipline et même de civisme. Si certains secteurs souffrent, Hong Kong est privilégié par rapport au reste du monde : il n’y a pas de confinement, et les restrictions sont limitées.

Sur la scène internationale, la Chine apparaitra plus encore comme elle est : une ennemie de la démocratie.

 

Olivier Blanchard : « Une crise des dettes publiques paraît peu probable à court terme »

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L’ancien expert du Fonds monétaire international affirme que la « reprise sera peut-être lente » mais qu’on « a vu le fond du trou ». Selon lui, « cette crise renforcera la déglobalisation ».

L’ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), aujourd’hui au Peterson Institute, prévient : le pilotage de la reprise sera très délicat dans les économies industrialisées. Et les défauts seront difficiles à éviter dans les pays émergents, plus fragilisés encore par la pandémie du Covid-19.

A quelle catastrophe historique ou crise passée peut-on se référer pour comprendre les conséquences économiques de cette pandémie ?

Le problème est justement que nous ne disposons d’aucune référence. Il y a bien la grippe espagnole de 1918, mais le contexte d’après-guerre était très particulier, et l’on manque de données sur les stratégies de l’époque.

La dépression économique à laquelle nous assistons sort des schémas observés traditionnellement, à savoir un effondrement de la demande, lorsque les entreprises investissent moins, tandis que la consommation chute. Aujourd’hui, nous assistons au contraire à un choc d’offre, lié à la fermeture des entreprises non essentielles pour freiner la pandémie, avec une contrainte absolue dans certains secteurs, comme le tourisme.

Il convient donc d’utiliser différemment les instruments de soutien économique classiques. Pousser trop la demande si l’offre est limitée ne sert pas à grand-chose. Il faut travailler sur les deux côtés.

Jusqu’où nos économies peuvent-elles s’effondrer ?

Ces dernières semaines, les pays avancés ont enregistré l’essentiel du plongeon, très violent, et commencent un déconfinement progressif. Ce processus s’annonce éminemment complexe, et la reprise sera peut-être lente, mais on a vu le fond du trou.

Lire la suite de l’article sur Le Monde.

 

COVID-19 : le monde d’après est déjà là…

Josep Borrel - ©Shutterstock

Josep Borrell, Haut Représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, analyse les conséquences de la crise du COVID-19.

“Choc sanitaire au départ, le COVID-19 est devenu très vite un choc économique et social totalement inédit. Cet arrêt qui confine chez eux plusieurs milliards d’individus, aucun économiste n’aurait pu l’imaginer. Ses conséquences iront donc bien au-delà de ce que l’on a pu connaître en 2008.  Nous voici donc encore à un moment existentiel pour l’Union européenne. La manière dont nous le gérerons affectera la cohésion de nos sociétés, la stabilité de nos systèmes politiques nationaux, et l’avenir de l’intégration européenne. Le temps est à panser les plaies des crises précédentes, et non à les creuser. Pour ce faire, les institutions et les politiques européennes doivent pouvoir toucher le cœur et l’esprit des Européens. Et dans ce domaine il y a encore beaucoup à faire…”

 

L’imprévisible crise du COVID-19 pose, à plusieurs niveaux, des questions fondamentales. Elle questionne la forme actuelle de la mondialisation, et l’idéologie néo-libérale qui l’a jusqu’ici accompagnée. Elle interroge une gouvernance mondiale en panne, dépassée par les égoïsmes nationaux, et les tentations de fermeture. Elle appelle à la mobilisation des instruments de résilience des démocraties, et d’une Union européenne qui joue son avenir, en particulier dans la confiance des peuples.

Politique étrangère

Cet article est publié en avant-première sur le site de l’Ifri.

Il paraîtra dans Politique étrangère, vol. 85, n° 2, Été 2020

Jean de Kervasdoué : « Le système de santé est devenu soviétique »

Portrait de Jean de Kervasdoué. Crédit photo : Hannah Assouline/Opale/Leemage

L’ancien directeur des hôpitaux passe l’organisation de la santé en France au scanner. Son diagnostic est sévère : lobbys sclérosants, diktat économique, manque d’experts médicaux et absence totale de vision politique.

Il a dirigé les hôpitaux au ministère de la Santé. Il est l’un des spécialistes français de notre système de santé, auteur de nombreux ouvrages et de chroniques régulières et éclairées sur le site du Point. Le tableau que Jean de Kervasdoué dresse dans cette interview est accablant. Résumons-le. Pas de politique de santé, aucune vision chez nos gouvernants. Juste un souci de l’économie lié à une crainte à l’égard de ce secteur. Faute de contre-pouvoir, le pouvoir est aux lobbys, aux intérêts divergents, qui bloquent toute réforme. Contrairement aux autres ministères, celui de la Santé n’a jamais disposé de grandes compétences techniques. Profitant de ce vide, les juristes et les financiers ont pris les manettes. Ce sont eux, les directeurs du Budget, de la Sécurité sociale, de la Caisse nationale de l’assurance-maladie, qui tiennent les rênes. Pour couronner le tout, les directions du ministère ont englué les acteurs médicaux dans une toile d’araignée de contraintes. Faible et tatillon : ainsi se définit l’État en matière de santé publique. Jean de Kervasdoué propose quelques pistes pour en finir■

Le Point: La pandémie a révélé des faiblesses criantes en matière de politique de santé publique. Comment les expliqueriez-vous?

Jean de Kervasdoué : Il n’y a pas de politique de santé en France. Il y a parfois des éléments de politique médicale, mais santé et médecine ne sont pas synonymes, parce que de très nombreux facteurs qui influencent la santé ne sont pas d’ordre médical : consommation de tabac, d’alcool, alimentation, exercice physique… Si l’on a la cruauté de revisiter les campagnes présidentielles de 1988 à 2017, les seuls thèmes traités ont été ceux du financement et de l’accès aux soins. Ainsi, Emmanuel Macron s’est engagé pour que l’argent ne soit pas une barrière en matière de soins dentaires, de lunettes et d’appareils auditifs. Il a tenu ses promesses mais, pas plus que d’autres, il n’a parlé de médecine libérale. Il n’a rien dit sur l’hôpital ni sur nos industriels du biomédical que nous avons perdus ou qui sont partis à l’étranger, d’où l’absence de producteurs français de respirateurs. La raison est simple. Dans tous les partis politiques, et notamment au PS et chez Les Républicains, les commissions santé sont noyautées par les lobbys (syndicats professionnels, industrie pharmaceutique, assureurs privés et mutualistes, grandes associations de malades). Comme leurs recommandations sont contradictoires, il en sort… le statu quo. Certes, il y a de petites nuances entre gauche et droite, mais les experts de ces commissions sont bien présents, y compris au sein de l’État (cabinets ministériels, les trois directions du ministère et la direction du Budget, agences régionales de santé, Caisse nationale de l’assurance-maladie) et, bien entendu, dans les fédérations professionnelles dont le métier est… le lobbying et les acteurs, d’anciens hauts fonctionnaires de la santé. C’est tout un petit monde.

Si toute idée innovante est rejetée –j’en ai fait récemment l’expérience –, c’est d’abord parce qu’il n’y a pas de vision politique qui pourrait transcender ces intérêts, mais aussi parce que les politiques, le cabinet du ministère et Matignon se souviennent que les grèves sont difficilement maîtrisables dans le secteur de la santé. Les syndicats médicaux leur font peur. En outre, les mêmes intérêts (y compris ceux des grandes associations de malades contre le cancer ou le handicap) sont très influents au Parlement et c’est pourquoi la plupart des grandes réformes se sont faites par ordonnances. Ainsi, les principes de la médecine libérale sont les mêmes depuis… 1930 et la grande réforme hospitalière de 1958 n’a pas bougé d’un iota, même si son génial inspirateur, le professeur Robert Debré, proposait de réformer sa réforme dès 1972 !

Un personnage a été mis en avant par l’État: Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. Quel pouvoir a-t-il?

Chacun a pu constater, parmi ses grandes qualités, celle de communicant. Mais cette direction importante, confiée à un médecin, a toujours été de facto assez faible. Elle fut créée il y a un siècle pour s’occuper d’hygiène, de santé mentale et de tuberculose, plus tard de vaccination, de sécurité alimentaire, de qualité des eaux, des médicaments et des différents produits toxiques. Aujourd’hui, elle n’a pas ou peu d’expertise en son sein, celle-ci se trouvant dans les agences (Haute Autorité de Santé, Santé publique France) dont elle a la tutelle. Or elle exerce peu cette tutelle, faute de moyens humains. Sa compétence est donc essentiellement juridico-administrative. Se souvenant des affaires du sang contaminé, les politiques ne veulent pas intervenir sur ces agences ; quant aux responsables de celles-ci, qui ont de fait le pouvoir, leur priorité est de se protéger par excès de précaution,

au grand dam des entreprises innovantes, notamment françaises, qui préfèrent alors tester leurs découvertes en Allemagne ou aux États-Unis. D’ordinaire, pour obtenir une autorisation et un tarif pour un test, cela prend cinq ans !

Qui détient les clés de la politique de santé en France?

Historiquement, il n’y a jamais eu au ministère de la Santé l’équivalent médical des grands corps techniques des autres ministères (Mines, Ponts, Télécoms, Eaux et Forêts, Armement, Statistiques). Certes, les médecins inspecteurs formés à l’École nationale de santé publique à Rennes sont de grande qualité, mais ils n’ont pas le prestige équivalent. Il manque ces super-médecins qui travailleraient dans les directions du ministère de la Santé, où l’on ne trouve essentiellement que des juristes, des financiers, les chefs de bureau étant des énarques. En outre, la santé publique a toujours été méprisée, voire combattue, par les universitaires des disciplines médico-chirurgicales parce que toute nouvelle discipline prend des postes, parce que surtout les cliniciens défendent l’exclusivité du regard de la médecine sur la santé. Alors que dans les grandes facultés de médecine américaines, un tiers des enseignants ne sont pas médecins mais biologistes, juristes, informaticiens, épidémiologistes, économistes, en France, la profession se garde l’exclusivité de l’enseignement.

Faute de contrepoids techniques et politiques, le pouvoir est donc aux financiers, ceux de la direction du Budget, de la direction de la Sécurité sociale (ministère des Affaires sociales) et de la Caisse nationale de l’assurance-maladie, qui est indépendante et qui représente 200 mil- liards d’euros sur les 270 des dépenses de santé. Ce sont eux qui préparent les projets de loi de financement de la Sécurité sociale. Ce sont eux qui,chaque année, ont contraint les hospitaliers à acheter en Asie en exigeant des centaines de millions d’économie sur les achats hospitaliers, ce sont eux qui ont baissé les tarifs hospitaliers de 10 % au cours du quinquennat précédent. Ce sont eux qui sont toujours au pouvoir.

Vous écriviez sur le site du «Point»: l’État a mis la main sur les statuts, les recrutements et les nominations, mais aussi sur la stratégie, les tarifs et l’investissement hospitalier. Pourquoi cette mainmise croissante?

En un demi-siècle, l’État (le ministère de la Santé et ses agences régionales) a pris tout le pouvoir sur les départements, les communes et les caisses d’assurance-maladie, au nom d’une prétendue égalité qu’il n’a jamais réduite. Il l’exerce par les nominations des directeurs et des médecins des hôpitaux publics, par les autorisations d’équipement des cliniques privées, par les tarifs de tous les acteurs, par une incontinence de règlements portant notamment sur une prétendue qualité et sécurité, par les autorisations de budget. Le problème est qu’il n’est pas capable de l’exercer. Il n’en a ni les moyens ni les compétences : l’expertise n’est pas suffisante en nombre. En retirant des moyens au ministère de la Santé, la réduction des dépenses budgétaires de l’État a beaucoup contribué, faute d’expertise interne, à l’inadéquation des dépenses d’assurance-maladie. Ainsi, alors que le tarif des actes joue un rôle essentiel pour le revenu des infirmières, des kinés, des pharmaciens, des médecins, des laboratoires de biologie, des industriels, des établissements hospitaliers, l’État, qui définit ces tarifs, n’est pas en mesure de les réviser assez souvent pour s’adapter au progrès technique. On pénalise les uns, on crée des rentes pour les autres, mais on respecte la tutelle. Le système est devenu soviétique au sens de Churchill: si en Angleterre, tout est autorisé, sauf quand c’est interdit, disait-il, en Russie, tout est interdit, même quand c’est autorisé !

Quelles sont les pistes d’une réforme du système de santé qui remettrait en question cette technocratie?

L’État doit assurer à tous l’égal accès aux soins mais surtout ne rien gérer! Voici quelques idées : payer les médecins traitants pour prendre en charge leurs malades et pas seulement pour «faire» des actes. Créer sur Internet, avec les sociétés savantes, en français, un réseau des connaissances médicales accessibles par mots-clés. Donner une liberté de gestion et donc de recrutement aux établissements hospitaliers publics. Rendre public et contradictoire le choix des tarifs. Favoriser l’industrie biomédicale française, notamment par les achats hospitaliers. Rémunérer correctement les acteurs, y compris les chercheurs. Libérer, décentraliser, laisser la possibilité de faire, de créer ; on l’a constaté en ce temps de crise où toutes les barrières ont sauté, pourquoi s’en priver ?■

« L’État doit assurer à tous l’égal accès aux soins mais surtout ne rien gérer ! Donner, par exemple, une liberté de gestion et donc de recrutement aux établissements hospitaliers. »

Lire l’article sur Le Point.

Covid 19, Une représentation de la mondialisation : vulnérabilité et chamboulements

Fathallah Oualalou

Senior fellow. PCNS.

Auteur de « La mondialisation et nous, le sud dans le grand chamboulement ». La Croisée des Chemins.2020

L’année 2020 restera dans l’histoire celle du coronavirus, bien sûr, mais surtout, celle de l’ébranlement de nos certitudes. Le choc économique provoqué par la pandémie a révélé l’extrême vulnérabilité de la mondialisation, présentée jusque-là comme triomphante.

Si nous sommes encore loin de la sortie de crise, nous savons déjà que la mondialisation n’en sortira pas indemne : elle ne sortira pas indemne de la révision radicale du fonctionnement de l’économie, des remises en cause des politiques publiques, des systèmes politiques et sociétaux et même des  rapports entre les Etats qui se profilent déjà. Il y aura désormais l’avant Covid-19 et l’après Covid-19.

La crise économique et financière de 2008 avait déjà ébranlé la mondialisation et sa dynamique   provoquant un  début de redéploiement des rapports de forces dans le monde. Alors que lesincendies qu’elle a allumé ne sont pas encore tout-à-fait éteints, voilà qu’un petit virus vient replonger le monde dans une crise nouvelle, d’une ampleur et d’une intensité inouïes, sans précédent, à la mesure de la pandémie qu’il a provoqué.

Ainsi, en une décennie à peine, le monde et la mondialisation ont subi deux crises économiques majeures.

Sur le plan économique, la crise de 2020  est fondamentalement différente de celle qui l’a précédé : elle s’est déclarée dans l’économie réelle, alors que la crise de 2008  – comme celle de 1929 -était d’abord une crise financière avant d’atteindre la sphère de la production et finalement  la sphère sociale, où les dégâts qu’elle a provoqués se sont mesurés en dizaines de milliers de chômeurs et en  paupérisation de larges franges de la population. Les impacts sur la croissance de la crise nouvelle seront plus graves et plus profonds. Pour les contrer, il ne faudra pas moins qu’une mobilisation massive des politiques budgétaires des Etats et l’intervention vigoureuse des banques centrales et de tous les  systèmes de financement que compte la planète. Il est vrai, actuellement, les grandes banques jouissent, dans les pays développés d’une réelle solidité. Elles affichent des fonds propres deux fois plus importants qu’avant 2008 et sont soumises à des règles rigoureuses mises en place il y a 10 ans, ce qui devrait leur permettre de résister aux  chocs provoqués par  la nouvelle crise.

Parce que l’origine de celle-ci est sanitaire, la priorité sera accordée cette fois à la santé : sauver les vies humaines et, pour cela, arrêter la propagation du virus, chercher à reconnaitre sa nature, promouvoir la recherche scientifique pour mettre en place les thérapeutiques nécessaires, fabriquer les médicaments à utiliser avant de découvrir le vaccin en vue de maitriser la préservation dans le futur. Ainsi, le besoin de santé et de sauvegarde de la vie humaine vont devenir désormais  des choix stratégiques des politiques publiques. Au même rang que la sécurité et la paix, la santé est en passe de devenir  un bien commun de l’humanité.

Parallèlement à la préservation de la vie, les Etats doivent s’attaquer avec diligence à cet autre grand chantier qu’est celui de parer l’effondrement de l’économe avant de mettre en place les instruments de relance des systèmes productifs. Parce que, comme l’exprime très justement Dominique Strauss Kahn, ancien Directeur général du FMI, cette crise est une triple, et c’est sa caractéristique : c’est une crise de l’être (sa précarité), de l’avoir (offre et demande) et du pouvoir (la gouvernance domestique et mondiale).

Nées respectivement aux Etats-Unis et en Chine, deux premières puissances économiques mondiales, les crises de 2008 et 2020 se sont rapidement déplacées en Europe, révélant la fragilité du vieux continent, point de départ pourtant de la mondialisation au XVème siècle. Le sort de cette Europe, devenue épicentre de la pandémie – avant les Etats-Unis – et de la crise économique mondiale, nous concerne directement, nous ses voisins  sud-méditerranéens et africains parce que liés à elle par un même destin.

La sortie de la crise de 2020 se fera à partir de la Chine, comme après 2008, le début de la sortie de crise a commencé aux Etats-Unis, son point de départ.

Le cataclysme provoqué par le Covid-19 donne une image exacte de ce qu’est  la mondialisation au XXIème siècle,  de l’intensité des interdépendances des tissus productifs et … de ses dérives. Son point de départ : la Chine,  locomotive de l’économie mondiale,  à l’origine de 30% de sa croissance et de 15% de ses échanges. Avec le début du confinement et le recul de la production industrielle dans ce pays, la demande chinoise s’effondre et avec elle le prix des hydrocarbures (le prix du baril n’est plus que de 20 dollars fin mars 2020). Ce nouveau contrechoc pétrolier (après ceux de 1986 et de 2014), exacerbé par les dissensions inédites entre les grands pays producteurs, l’Arabie Saoudite (et derrière elle l’OPEP) et la Russie, est clairement le résultat non seulement de l’interférence entre  facteurs économiques et géopolitiques sur lesquels agissent les grandes puissances : Etats-Unis, Chine et Russie, mais également des antagonismes entre des puissances régionales, Arabie Saoudite et Iran, celle-ci cherchant à intensifier sa pression sur celui-là. La Russie, en refusant de suivre l’Arabie Saoudite et donc  de réduire sa production, cherche en fait à déstabiliser la nouvelle prééminence du secteur des hydrocarbures américain. Et le président Trump, que les difficultés nouvelles de l’Iran  comblent, un Iran  devenu grand foyer de la pandémie au Moyen Orient,  est tiraillé entre son désir de voir le prix du pétrole se maintenir à un niveau élevé pour répondre aux vœux des patrons des compagnies américaines qui l’ont toujours soutenu et son besoin de voir le prix à la pompe baisser pour s’attirer la sympathie du consommateur américain en cette veille de présidentielles (prévues pour novembre 2021). Le 12 avril 2020, toutes ces parties sont finalement parvenues à un accord : réduire la production pétrolière de 10 millions de barils jour à partir du 1er mai 2020, une réduction qui intervient cependant dans un contexte de baisse de la demande mondiale.

Baisse du cours des hydrocarbures et des matières premières (qui affecte surtout les pays émergents et en développement), mais aussi chute de la demande de l’ensemble des biens manufacturés, biens d’équipement, intermédiaires et de consommation, à l’exception toutefois des biens alimentaires, médicaments et partiellement des biens de luxe, vendus de plus en plus en ligne. La pandémie a en effet provoqué, en quelques jours, avec le confinement généralisé, la paralysie des systèmes productifs, la fermeture des commerces, l’insolvabilité et la pénurie des trésoreries des entreprises, la rupture des chaines d’approvisionnement, un crash boursier d’une ampleur telle que des voix se sont élevées  pour demander  la fermeture provisoire des marchés financiers.

Le monde entier sait que la sortie de crise viendra de la reprise de l’économie chinoise, mais aussi des économies du Japon, de la Corée du sud et de Singapour, pays qui se préparent déjà à l’après confinement. Mais la reprise ne deviendra effective que quand l’Europe et les Etats-Unis seront parvenus à stopper la propagation du virus. Quand l’Inde, ce grand pays, sera en mesure  de sortir de son confinement. Quand une réponse satisfaisante pourra être apportée à la question de comment endiguer la pandémie du coronavirus dans la très vulnérable Afrique.

Un retour  à l’histoire

Dans l’histoire, c’est pour des considérations sanitaires que les grandes épidémies ont été dévastatrices. Se propageant par poussées successives, elles ont occasionné de véritables ruptures démographiques qui expliquent la stagnation de la population mondiale jusqu’au XIXème siècle.  C’est le cas de la peste de Justinien (du nom de l’empereur byzantin) qui a  fait des ravages, à partir de 541 jusqu’en 767, avec un épisode paroxysmique jusqu’en 592, dans tout le bassin méditerranéen, premier berceau de la mondialisation. Elle a fait plus de 25 millions de victimes. C’est le cas de la peste noire de 1348-1352 en Europe qui a décimé plus du tiers de la population européenne d’alors et a été l’occasion de transformations majeures sur les plans politique et économique. La colonisation des Amériques par les Conquistadors  s’est accompagnée  de l’introduction dans le Nouveau Monde  de  maladies qui lui étaient inconnues  (grippe,  pneumonie, fièvre jaune, variole, paludisme) contre lesquelles les indigènes n’avaient aucune immunité et qui les décimeront,  littéralement. La colonisation du Maghreb et de l’Afrique produira peu ou prou les mêmes effets, à une échelle plus réduite  cependant. Les ravages n’en seront pas moins grands dans la mesure où ces maladies importées venaient s’ajouter aux épidémies récurrentes liées aux épisodes de sécheresse et de famine, que connaissaient ces pays. Plus tard, avec les systèmes de médecine préventive mis en place par les puissances coloniales, le rythme de hausse de la population repartira.

Depuis le XVIIIème siècle, le monde a connu plusieurs épisodes épidémiques qui ont touché près de 40% de la population mondiale.  La peste  de 1720 a occasionné la mort de dizaines de milliers de personnes dans le sud de la France ; la peste de Chine, apparue en 1855 dans la province de Yuanan et restée active jusqu’à 1840 a également été meurtrière. Le XIXème siècle (entre 1817 et 1881) compte pas moins de six grandes épidémies de choléra, et qui ont fait  des ravages considérables. A la fin de la première guerre mondiale, la grippe espagnole, partie des Etats-Unis, a contaminé, en trois vagues entre 1919 et 1920, plus du tiers de la population mondiale, faisant, selon les estimations entre 50 à 100 millions de morts. C’est l’épidémie la plus dévastatrice de l’Histoire.

Si la pandémie actuelle est un trublion pour la mondialisation –  elle a déjà créé des ruptures dans la dynamique de l’économie planétaire – elle n’en est pas moins le produit de cette même mondialisation dans sa phase actuelle dont elle épouse étroitement la logique dans tous ses aspects et manifestations : production, échanges et mobilité, une mondialisation accélérée aujourd’hui par la bipolarisation de l’économie autour de la Chine et des Etats-Unis, mais où l’Europe, son premier pôle historique, continue, malgré des régressions évidentes, à avoir un impact sur l’économie mondiale. En effet, l’épidémie  qui a pris naissance en Chine, deuxième puissance mondiale, a d’abord installé son épicentre en Europe avant de prendre d’assaut  les Etats-Unis, première puissance mondiale,  devenue depuis son foyer principal. Seule arme contre le virus, le confinement, parti également de Chine,  est devenu planétaire en moins de deux mois, créant les conditions de la deuxième grande récession mondiale de notre siècle. Et probablement la plus terrible.

Une nouvelle crise mondialisée

La crise actuelle est mondiale. Elle affecte la production et donc la croissance mondiales. Elle est partie de Wuhan, ville industrielle du centre de la Chine, un des plus grands ateliers du monde, et donc première étape des chaines de valeur mondiales pour diverses activités manufacturières telles  l’automobile, branche aujourd’hui sinistrée, ou encore l’industrie du médicament, branche qui subit la pression d’une demande accrue, pour ne citer que ces deux-là. Etant donné la complexité actuelle des chaines de production –  il n’est maintenant plus rare de voir des produits élaborés à partir de pièces provenant des quatre coins du monde – un bug, surtout à son démarrage,  met en danger toute la chaine et peut avoir des répercussions dans plusieurs pays   et/ou plonger dans le marasme tout un secteur économique (c’est le cas notamment des sites industriels de Renault et Peugeot au Maroc).

Mise à l’arrêt de la production mondiale et chute de la demande de biens et services et c’est le commerce mondial qui est sinistré, entrainant avec lui toute la sphère de la logistique  qui lui sert traditionnellement d’appui : transports tous modes, routier, ferroviaire, maritime et aérien et leurs plateformes, ports, aéroports et gares.

Face à ce  choc économique d’une ampleur sans précédent, les marchés financiers ont vacillé et toutes les bourses à travers le monde ont plongé dans le rouge, avant de se ressaisir.  Dans le même temps,  les budgets des Etats se sont mobilisés pour à la fois soutenir les activités de soins nécessaires aux populations et freiner l’effondrement des systèmes de production. Et se préparer à les aider, demain, à redémarrer.

En effet, dès la seconde quinzaine de mars 2020, alors que la pandémie continuait à faire rage,  les Etats et les banques centrales des pays développés ont commencé  à intervenir avec force dans des  cadres d’abord nationaux puis régionaux, et enfin à travers des concertations internationales (G20 du 26 mars 2020) pour essayer d’en contenir les effets dévastateurs et venir au secours des  économies. Il leur a fallu pour cela abandonner les normes classiques de l’orthodoxie budgétaire. Les principales banques centrales : FED, BCE, banques centrales de Chine, du Japon et d’Angleterre en tête, ont réduit leurs taux directeurs et pratiqué des politiques d’intervention non conventionnelles d’achat de titres publics et privés. La BCE a ainsi mis en place un plan d’urgence (de 1000 milliards d’euros) de rachat massif de leurs dettes aux Etats et aux entreprises de la zone euro sur les marchés, pour soulager les banques et  les inciter à maintenir voire relancer leurs prêts aux ménages et entreprises, et ainsi à soutenir la production et l’emploi. Ainsi, la logique « Quel que soit le coût » du président Macron, déjà exprimée en 2010 par le président de la BCE Dragui, est plus que jamais d’actualité.

Les pays de l’UE ont convenu de mettre en place un plan de soutien de 540 milliards d’euros en apportant des garanties à la BEI pour qu’elle mette à la disposition des entreprises  200 milliards d’euros et donnant son feu vert à la Commission pour qu’elle lève 100 milliards d’Euros sur les marchés et les prête aux pays qui en expriment le besoin. Malgré les réticences de l’Allemagne et des Pays Bas, les Etats membres de l’UE  pourraient même activer le Mécanisme européen de stabilité  – MES créé en 2012 et doté de 450 milliards d’euros, mécanisme que les pays les plus touchés par l’épidémie, comme l’Italie et l’Espagne jugent insuffisant : pour faire face à la crise, ils réclament un mécanisme européen de soutien exceptionnel : mutualisation des dettes publiques ou encore mise en place d’un emprunt commun et l’émission de “coronabonds”.

Enfin, les G7 et G20 en sommets d’urgence les 16 et 26 mars par visioconférences  ont décidé d’injecter 7000 milliards de dollars pour contrer les effets à court terme de la pandémie et soutenir l’économie mondiale.  Ils ont recommandé la suspension du service de la dette des 76 pays les plus fragiles pour une année.

Au niveau interne, le gouvernement allemand de son côté,  a « sorti le bazooka » en mettant une ligne de crédit de 550 milliards d’euros à la disposition des entreprises qui en auront besoin et leur éviter la faillite.

Aux Etats-Unis, un plan de relance exceptionnel de 2.000 milliards de dollars a été programmé : les ménages modestes recevront dès début avril 2020 des chèques du Trésor d’un montant de 1200 dollars par adulte, de 2400 dollars par coupe et 500 dollars par enfant. L’objectif est de relancer la consommation et donc la machine de production. Ce  plan prévoit également 700 milliards de dollars d’aide aux entreprises en difficulté et 100 milliards de dollars pour les hôpitaux débordés. Pour financer ce plan, l’ultra libéral Trump a recours à une simple création monétaire  ou « monnaie hélicoptère » selon l’expression de Milton Friedman.

Parce qu’elle est d’origine sanitaire, cette crise touche la dimension humaine de la mondialisation. Elle a conduit à la fermeture des frontières nationales, même à l’intérieur des communautés régionales (UE) et à l’arrêt brutal des activités touristiques, sonnant le coup d’arrêt du transport aérien et des tous les services qui lui sont attachés. Toutes les manifestations sportives, culturelles et artistiques ont été différées voire annulées : Jeux Olympiques de Tokyo,  Festival cinématographique de Cannes, etc.

Une note optimiste cependant : la crise du coronavirus a révélé la dimension mondialisée de la recherche médicale et scientifique dans sa course pour trouver le vaccin et/ou remède contre le Covid-19 et l’excellence de l’interconnexion entre laboratoires et instituts de recherche à travers le monde. Ainsi, toute la recherche mondiale est mobilisée pour trouver la parade thérapeutique face au coronavirus dans un esprit de collaboration et d’échange.

Des leçons à tirer

Cette pandémie du Coronavirus  a révélé à notre société mondialisée sa profonde fragilité et ancré dans les esprits la certitude que c’est seulement par une action concertée que l’on pourra en venir à bout et avancer.

Ainsi, au plus profond de la crise sanitaire, est en train d’émerger un besoin d’unité et de solidarité. Solidarité entre les Etats et nations,  et solidarité à l’intérieur de celles-ci entre les classes sociales et les générations.

Covid-19 a mis en lumière les limites de l’ultralibéralisme et de l’individualisme. Les règles du marché ne peuvent plus, seules, diriger le monde : l’Etat, que l’on veut désormais protecteur, aura la mission stratégique d’en redresser les dérives qui se mesurent en termes de détérioration de l’environnement (dimension écologique), d’accentuation des inégalités (dimension sociale) et maintenant d’apparition d’épidémies (dimension sanitaire). Car, de ces dimensions dépend l’avenir de l’humanité. Xavier Ragot, économiste français a d’ailleurs très justement  écrit que « l’essence de l’Etat est la survie des individus ».  Comme en temps de guerre.

La reconnaissance de notre commune vulnérabilité est en train de modifier profondément notre perception des systèmes de fonctionnement en vigueur jusque présent. Ce qui est en soi un vrai espoir pour l’avenir, qui transparait déjà  dans les débats sur  l’après-coronavirus. Alors, il aura été fait « bon usage de la catastrophe » (Cf  l’essai de Régis Debray, « Du bon usage des catastrophes » – Gallimard 2011). Et les victimes du Covid-19 ne seront pas mortes pour rien.

Et reconnaitre les limites des modes de développement prédominants, c’est déjà innover pour créer de nouveaux paradigmes. Oui  au progrès, mais à un progrès solidaire. La prise de conscience de la fragilité du monde appelle en effet à plus de partage dans les rapports entre les nations. Et qui dit partage, dit protection des plus faibles, de l’Afrique notamment.

La mise en valeur de l’interdépendance entre les pays et les marchés qui marquera donc la fin de  la logique de l’égoïsme  (America first) et des nationalismes/populismes se décline en plus de coordination régionale et internationale organisée à tous les niveaux : au niveau  du G2, Etats-Unis – Chine,  entre les deux superpuissances mondiales,  au niveau du G7, groupe des pays les plus développés dont fait partie l’Europe, entre les membres du P5, membres permanents du Conseil de sécurité – lequel  ne s’est  jamais réuni depuis la fin de la seconde guerre mondiale – et au niveau du G20, créé récemment pour responsabiliser les grands pays émergents. Dans le cadre de la mondialisation avancée, il est bien sûr important que toutes ces instances prennent en compte les conséquences de cette nouvelle crise mondiale pour les pays les plus démunis et les pays en développement. La chute de l’activité économique mondiale, qui sera particulièrement dure pour eux, constitue une menace réelle pour les populations les plus pauvres (500 millions). D’où les appels à l’annulation des dettes des pays africains.

L’espoir serait de voir ces concertations déboucher sur la rénovation dans la direction du monde, tant que le plan politique (ONU) qu’économique (Banque mondiale, FMI, OMC) dans le sens de plus de coordination, de partage et de protection des plus  faibles. Mais pour que ces institutions internationales changent de logiciel, il faut, qu’en amont, les grandes puissances économiques et géopolitiques qui y siègent, l’aient elles-mêmes fait.  C’est  seulement alors que l’on pourra dire que  la crise a transformé la gouvernance mondiale qui désormais intégrera, en plus du politique, de l’économique et du financier, les nouveaux pôles d’intérêt  reconnus primordiaux que sont la santé, désormais perçue comme une composante majeure de la sécurité collective, l’environnement et la question de l’égalité.

Et, toujours dans le respect cette  de ces trois exigences santé, environnement et social, seule une aide massive à l’échelle planétaire pourra relancer l’économie mondiale, dévastée par les conséquences de la pandémie, à l’instar du plan Marshall qui avait permis aux pays européens ravagés par la guerre de pouvoir se reconstruire.

Dans ce post-2020, ce sont les systèmes les plus cohérents qui  renforceront leur rayonnement. Le big data sera un atout pour ceux qui le produisent et le maitrisent. Les plus efficients feront le monde de demain, comme les superpuissances d’hier ont imposé leur marque dans le cheminement de l’histoire du monde depuis 1945. Ils avanceront dans la construction des sociétés post confinement à travers l’investissement dans les nouvelles infrastructures informatiques à très haut débit et dans la formation qui se fera de plus en plus à distance. Daniel Cohen annonce en effet l’émergence d’un nouveau capitalisme dominant, celui du numérique.

La crise de 2008 ayant produit plus égoïsme et populisme et donné naissance au trempisme (du nom du président Tremp), les pessimistes en concluent que le monde post-2020 sera encore « plus introverti, plus pauvre et plus méchant ». Cependant, s’il est vrai que « la complexité prédominante actuelle » est à l’origine d’une « incertitude radicale » (Cf. Thierry de Montbrial), le monde doit accepter de vivre avec l’inattendu (Edgar Morin). Et les optimistes de rétorquer que le salut viendra,    avec la montée des pays  à l’efficience  économique reconnue  tels la Chine, la Corée du sud et le Vietnam mais aussi l’Allemagne ou encore les pays du nord de l’Europe devenus aujourd’hui des références dans la gestion de la crise sanitaire,  de l’avancée du monde vers plus de multipolarité. Les progrès résulteront, comme toujours, de la cohabitation idéalisme-réalisme. Ce qui est certain, c’est  que le monde qui émergera de cette crise sanitaire, sera différent.

La vulnérabilité que le Covid-19 a révélée nous interpelle nous Marocains, Maghrébins, Sud-méditerranéens et Africains. Elle doit nous conduire à prendre conscience de la valeur du voisinage comme un bien commun, à ouvrir nos frontières, créer les bases de réconciliation et de rapprochement pour renforcer notre position de négociation dans la gestion de la mondialisation post-2020. Elle doit nous conduire à promouvoir les partenariats nécessaires pour réduire notre dépendance vis-à-vis du reste du monde, dépendance que nous devons à nos seules défaillances. Si, à court terme, la crise actuelle a brisé les liens économiques et les réseaux de production à l’échelle mondiale, elle n’en favorise pas moins les solidarités régionales. Les initiatives de l’Inde de créer une conférence regroupant les pays sud-asiatiques pour élaborer une stratégie de lutte contre le virus dans un cadre régional, ou encore du roi Mohamed VI de suggérer aux pays africains de mettre en  en place une plateforme de partage des bonnes pratiques dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire actuelle en sont la preuve. Elles constituent les prémisses de  la promotion de solidarités et d’interdépendances à l’échelle régionale et du renforcement du partenariat sud-sud. Car, après 2020, les chaines de valeur régionales pourraient se substituer aux chaines de valeur mondiales. La proximité prendra sa revanche sur le lointain.

Nous devons, dans cette approche, interpeller l’Europe voisine qui a, une fois encore, révélé ses difficultés à rassembler ses efforts, que ce soit sur le plan  politique, économique, technologique ou scientifique. Elle doit désormais s’unir et tendre la main à sa proximité, l’aire sud-méditerranéenne et l’Afrique pour construire avec elles un nouveau pôle de rayonnement et asseoir les bases d’une mondialisation nouvelle, plus équilibrée et partagée. Dans notre région afro-euro-méditerranéenne c’est à l’Europe de tirer les leçons de cette crise sanitaire et économique : réduire sa dépendance au niveau des chaines de valeur mondiales avec le lointain et créer des interdépendances solides avec sa proximité au sud. Promouvoir la relocalisation des activités industrielles pour les intégrer dans une logique régionale qui intègre l’aire afro-méditerranéenne permettant ainsi de redonner à la Méditerranée sa centralité en tant que mer européenne et Africaine.

Gagner la guerre et l’après-guerre

Le XXème siècle a connu deux guerres mondiales. Il s’est agi  de conflagrations entre les plus forts, auxquelles ont cependant été associées des nations plus faibles, ce qui d’ailleurs déterminé leur avenir.

Le XXIème siècle, s’il n’a pas connu de conflits armés d’une même ampleur, n’en a pas moins vécu le 11 septembre 2001 un séisme géopolitique qui a fait basculer le monde dans une conflictualité terroriste, en 2008 une crise financière dont les répercussions ont été telles qu’elles ont mis à mal les mécanismes de stabilisation de l’économie mondiale mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale et en 2020 une crise sanitaire devenue mondiale en moins de deux mois. Tous les systèmes productifs de la planète se sont effondrés, mais l’attention de tous reste focalisée sur cette guerre … pour la vie.

Quand Covid-19 aura été vaincu, le monde devra s’atteler au sauvetage des économies. Mais pour qu’il soit réussi, pour qu’une économie mondiale plus stable puisse renaitre, il faudra que les causes de toutes les convulsions qu’a connues notre siècle soient prises en compte, comme devront l’être tous les engagements pris ici et là en faveur de la planète (lutte contre le réchauffement climatique, à l’occasion de la COP 21 à Paris notamment).

Car, après cette guerre, il faudra gagner l’après-guerre et limiter les dégâts  que ne manquera de provoquer la grande récession à venir (le FMI prévoit pour 2020, un effondrement de l’activité économique en raison du « grand confinement »  de  -3%. Les taux de croissance   attendus sont   de -7,5% dans la zone euro,  -6,5% pour le Royaume uni,  -5,9% aux Etats-Unis,  -6% en Amérique latine, -1,6% en Afrique subsaharienne, +1% dans les pays émergents asiatiques, +1,2% en Chine). Quand cette nouvelle crise économique se développera,  la plupart des Etats seront surendettés : 181% du PIB en Italie, 141% en France et 133% en Espagne, c’est-à-dire à des niveaux qui dépassent de loin la norme de 60% du pacte de stabilité européen, selon UBS. Selon cette même source, les plans de relance qui seront mis en place atteindront les 2,6% du PIB mondial (ils pourraient atteindre 10% aux Etats-Unis), contre 1,7% au lendemain de la crise de 2008. La Chine, avec un taux d’endettement de 300%, ne pourra pas intervenir avec force comme elle l’avait fait en 2009 pour aider le monde à sortir de la crise. La question du remboursement de ces dettes ne trouvera alors  sa solution que dans le cadre d’une grande concertation internationale. La question de la relance et de l’endettement des Etats européens implique plus de solidarité entre eux et une intervention massive de la BCE pour monétariser et mutualiser les dettes publiques.

C’est d’une adhésion de toutes les grandes puissances à la logique de la multipolarité et d’un accord des trois grands pôles Etats-Unis, Chine, Europe pour créer une nouvelle gouvernance – gouvernance  qui doit prendre en compte et intégrer les exigences du sud, c’est-à-dire entre autres de l’Afrique dans sa globalité – que va dépendre le succès de la construction à venir du monde de demain. Sinon, et  Thierry de Montbrial le soulignait déjà en 2008, « sans adaptation drastique, rapide de la gouvernance planétaire, de grands drames mondiaux deviendront possibles et même probables ».

Ainsi, pour gagner la guerre et l’après-guerre, la logique de l’interdépendance et du partage doit triompher. Ce dont le monde a désormais besoin, c’est de plans de mutation, de refondation et de rénovation, beaucoup plus que de simples plans de relance. Des plans qui intègrent le qualitatif au quantitatif, seuls capables  d’encadrer  la vulnérabilité  de  tous  et  d’aplanir  les  bouleversements – chamboulements » – attendus.

 

(Avril 2020)

Mary Robinson – COVID-19 Canada: Advocates warn of ‘disaster’ if migrant workers aren’t protected

WPC 2011, Vienna, December 10 - Mary Robinson, former President of Ireland, President of Mary Robinson Foundation. (Credit: World Policy Conference)
THE CANADIAN PRESS

Thomas Gomart : « La crise due au coronavirus est la première d’un monde post-américain »

WPC 2018, Rabat, October 28 - Thomas Gomart, Director of Ifri
Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales, analyse la nouvelle donne géopolitique créée par une pandémie qui accélère des mutations déjà en cours.
Propos recueillis par  – Publié le 08 avril 2020 à 07h00 – Mis à jour le 08 avril 2020 à 12h52

Directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), Thomas Gomart est historien et spécialiste de géopolitique. Il a récemment publié L’Affolement du monde. 10 enjeux géopolitiques (Tallandier, 2019). Dans un entretien au Monde, il analyse les nouveaux rapports de force entre les grandes puissances et l’irruption sur la scène internationale de nouveaux acteurs comme les plates-formes numériques.

La pandémie de Covid 19 est-elle le révélateur du monde qui vient ?

Elle en est en tout cas l’accélérateur. C’est une crise aiguë de l’interdépendance, qui rappelle que « les vivants se tiennent biologiquement », comme disait Pierre Teilhard de Chardin. En positif, elle marque une étape supplémentaire dans la prise de conscience de l’unité du monde. En négatif, elle avive des tensions latentes, potentiellement explosives. C’est un court-circuit durable de la mondialisation, qui s’inscrit dans des cycles, déjà enclenchés, de coopération, de compétition et de confrontation cognitive, c’est-à-dire de mobilisation, d’orientation et de contrôle des cerveaux. Ce qui est inédit : le confinement simultané de plus de 3 milliards d’individus, qui n’ont jamais été aussi connectés. Si les corps sont bloqués, les cerveaux fonctionnent, avec des conséquences politiques difficiles à prévoir à ce stade.

Trois grands débats se dessinent. Le premier concerne la gestion de la crise, le deuxième les modèles futurs, et le troisième la reconfiguration du système international. Je me concentre sur ce dernier car la politique internationale est un rapport de force avant d’être un débat d’idées. Ou, pour le dire autrement, dans la compétition cognitive, l’impact des modèles dépend moins de leur pertinence que du positionnement international de celui qui les émet.

Qui sont les gagnants et les perdants ?

Les autorités chinoises se mobilisent comme jamais pour faire croire que ce serait la Chine, la gagnate, afin de justifier leur modèle politique non seulement à l’intérieur mais désormais à l’extérieur, et leur discours a viré à une propagande caricaturale. Certes, elles ont montré leur efficacité dans la mise en œuvre du confinement, mais aussi leurs errements au début de la crise. Le bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Pékin n’a été avisé que le 31 décembre 2019. Par contraste, l’Europe et les Etats-Unis semblent en profonde difficulté. Cependant, le jugement sur le vainqueur final ne saurait, à mon sens, être définitif à cause des possibles résurgences de foyers infectieux en Chine, et surtout, de l’opacité des données chinoises sur le nombre réel de morts. […]

La suite est réservée aux abonnés.

Lire l’article sur Le Monde.

Didier Reynders – UE : mesures de lutte contre l’impact du coronavirus dans le système judiciaire

Drapeau de l'Union européenne
Les ministres de la Justice de l’UE ont tenu lundi 6 avril 2020 une vidéoconférence pour échanger des informations sur les mesures visant à prévenir la propagation du coronavirus et à surmonter l’impact de la pandémie sur le système judiciaire. Ils se sont concentrés sur la situation de la justice pénale, de la justice numérique et de la justice civile.
« Nous sommes tous touchés par une crise sans précédent qui va marquer l’Union européenne, y compris le système judiciaire. Hier, les ministres de la Justice ont fait part des différentes mesures qu’ils prennent pour tenter d’adapter leurs systèmes judiciaires nationaux à la nouvelle situation. Je salue les efforts qu’ils déploient pour maîtriser l’impact de la pandémie. Dans un même temps, nous avons convenu que toute mesure extraordinaire doit être prise dans le respect de l’État de droit et des valeurs de l’UE. L’État de droit n’est pas en quarantaine. La Commission est prête à aider les États membres et à coordonner leurs efforts pour surmonter la crise actuelle », a déclaré Didier Reynders, commissaire pour la Justice.Les mesures concernant la justice pénale, notamment la réduction de la pression sur les prisons, ont également été discutées. Cette réduction peut se faire, par exemple, en envisageant, lorsque cela est possible, des options non privatives de liberté comme l’utilisation de bracelets électroniques, en particulier pour les détenus en détention provisoire et les détenus présentant un profil à faible risque.

La Commission européenne s’est également engagée à mettre rapidement en place un groupe de coordination du mandat d’arrêt européen. Ce groupe sera composé d’un ou deux points de contact dans chaque État membre afin de maintenir des canaux de communication efficaces et rapides entre les États membres.

En ce qui concerne la justice civile, tous les États membres doivent prévenir les préjudices économiques inutiles résultant des insolvabilités massives d’entreprises viables en raison de la crise. La Commission travaille en étroite collaboration avec la Présidence croate afin d’identifier les moyens de sauver les entreprises européennes, de protéger les consommateurs, et de partager les meilleures pratiques.

En ce qui concerne la justice numérique, tous les États membres sont encouragés à intensifier leurs efforts pour garantir la numérisation complète des procédures judiciaires et un canal numérique sécurisé pour toutes les procédures de coopération judiciaire.

Lire l’article sur Le Monde du droit.

Call for pandemic action to save global economy

Credit: Relocate Global

Coordinated action by governments across the world to tackle the Coronavirus pandemic and its economic fallout is being demanded in a letter to G20 leaders signed by a group of 165 global leaders.

A globe encircled by hands with the word Coronavirus superimposed upon it
The letter, whose signatories include 92 former heads of government from every continent as well as prominent statesmen, business leaders and academics, calls for “immediate, internationally-coordinated action to address our deepening global health and economic crises caused by COVID-19”.

Global task force and emergency funding urged to prevent a second wave of infection

It urges the establishment of a global task force with executive powers to organise the fight against the pandemic, with $8 billion of emergency funding to prevent a second wave of the outbreak in poor countries, particularly those in Africa, Asia and Latin America.The group also urges the G20 to adopt a $185 billion programme of debt relief for the poorest countries and to increase funds available to the International Monetary Fund and the World Bank.

COVID-19 will persist if nothing is done in African, Asian and Latin American cities

“The economic emergency will not be resolved until the health emergency is effectively addressed: the health emergency will not end simply by conquering the disease in one country alone, but by ensuring recovery from COVID-19 in all countries,” says the letter.”All health systems – even the most sophisticated and best funded – are buckling under the pressures of the virus.”Yet if we do nothing as the disease spreads in poorer African, Asian, and Latin American cities and in fragile communities which have little testing equipment, ventilators, and medical supplies, and where social distancing and even washing hands are difficult to achieve, COVID-19 will persist there and re-emerge to hit the rest of the world with further rounds that will prolong the crisis.”

Global economic response needed to avoid global economic depression

On the crisis confronting the global economy, the letter says, “Much has been done by national governments to counter the downward slide of their economies. But a global economic problem requires a global economic response.”Our aim should be to prevent a liquidity crisis turning into a solvency crisis, and a global recession becoming a global depression. To ensure this, better coordinated fiscal, monetary, central bank, and anti-protectionist initiatives are needed. The ambitious fiscal stimuli of some countries will be all the more effective if more strongly complemented by all countries in a position to do so.”Signatories to the letter include former UK prime ministers Tony Blair, Gordon Brown and John Major; former president of the European Central Bank, Jean-Claude Trichet; former Australian prime minister Kevin Rudd; former UN secretary-general Ban Ki-Moon; Shaukat Aziz, former prime minister of Pakistan; and financier George Soros.

Read the article on Relocate Global.

Politics of pandemic

WPC 2011, Vienna, December 11 - Joschka Fischer, former German Minister of Foreign Affairs. (Credit: World Policy Conference)

By Joschka Fischer

BERLIN ― The asteroid has hit, and suddenly everything has changed. But the asteroid that has crashed into our planet is invisible. One needs a microscope, rather than a telescope, to see it.

With COVID-19, the world faces several crises in one: a global health crisis has triggered crises in the economy, civil society, and daily life. It remains to be seen whether political instability will follow, either within countries or internationally. But, clearly, the pandemic has drastically changed life as we know it. While the end of the crisis and its consequences can’t be predicted, certain significant changes can be anticipated.

The crisis is not just complex, far-reaching, and threatening to the foundations of individual societies and the global economy. It is also many times more dangerous and extensive than the 2008 global financial crisis. Unlike that episode, the coronavirus threatens millions of lives around the world, and its effects on the economy are not centered in only one sector.

Around the world, most economic activity has been frozen, setting the stage for a global recession. Apart from the death toll and the stability of health systems, the big question right now is how severe the economic downturn will be, and what permanent consequences it will have.

Similarly, we can only guess what effects the virus will have on already-fragile regions, and particularly on refugee camps. Iran seems to be heading for a major humanitarian crisis, in which the poorest and most vulnerable will be the most affected. Beyond that, it is still too early for any remotely realistic assessment of COVID-19’s humanitarian consequences.

But past experience tells us that major shocks such as this do tend to disrupt political systems and international relations. Western democracies, in particular, may find their governance called into question. The principles of human rights may be pitted against economic imperatives. The pandemic also invites a generational conflict between young and old, and between authoritarianism and liberal democracy.

And yet an alternative scenario is possible, in which the COVID-19 crisis gives rise to a new solidarity. Lest we forget, an earthquake and tsunami in the Indian Ocean in December 2004 created the conditions for ending the civil war in Aceh, North Sumatra.

In the short term, the countries most affected by the pandemic will become crisis economies: Governments will pursue enormous levels of spending and other unconventional measures to prevent a total collapse. The effectiveness of the response remains to be seen. But it is clear that the relationship between the economy and the state will undergo a fundamental change.

In a marked departure from the prevailing wisdom of recent decades, we are already witnessing the return of “big government.” Everyone is looking to the state to inject huge sums of money into the economy, and to rescue (or take over) imperiled companies and sectors that are deemed essential. The state’s massively increased role will have to be scaled back after the crisis has passed, but how to do so is up for debate. Ideally, governments will transfer the returns that come from re-privatization into a sovereign wealth fund, thus giving the public a share in the post-crisis settlement.

Until then, “big government” ― whether the European Commission or national authorities ― will be expected to prepare for the next disaster. Rather than being caught completely off guard again, it will need to ensure the provision of as essential medical supplies, personal protective equipment, disinfectants, adequate laboratory capacity, intensive-care units, and so forth.

But that isn’t all. The stability, efficiency, capacity, and costs of existing health-care systems will remain a salient issue. The COVID-19 crisis has shown that it isn’t really possible to privatize health care. In fact, public health is a basic public good, and a critical factor in strategic security.

There will also be increased, sustained attention to the pharmaceutical sector, particularly the domestic provision of critical drugs and development of new ones. Many countries will no longer be willing to rely on international supply chains that can easily break down in an emergency.

This is not to suggest that the market economy will be abolished. But the state absolutely will assert itself vis-a-vis the business community, at least when it comes to strategic issues. For example, the crisis will invite a major policy push for digital sovereignty in Europe. Its model will not be that of authoritarian China, but that of democratic South Korea, which has established a digital edge.

So far, however, the EU has not played a prominent role in the global response to COVID-19. This is not surprising. In existential crises, people tend to revert to what they know best, and what they know best is the nation-state. But while Europe’s nation-states certainly can play an immediate crisis-management role, they cannot resolve the crisis.

After all, the single market, the joint currency, and the European Central Bank are the only mechanisms that can prevent an economic collapse and enable an eventual recovery in Europe. The COVID-19 crisis is thus likely to force Europeans “ever closer” together, requiring even deeper solidarity.

What is the alternative? A return to the world where everyone fends for themselves? For EU member-state governments, that would amount to political and economic suicide.

The COVID-19 pandemic is the first crisis of the 21st century that truly affects all of humankind. But more crises will follow, and they will not all come in the form of a virus. Indeed, the fast-forward crisis we are now experiencing is a preview of what is yet to come if we do not address climate change.

The only way to manage generalized threats to humanity is through more intensive cooperation and coordination among governments and multilateral institutions. To name but one, the World Health Organization ― and the United Nations more generally ― must be strengthened at all costs. COVID-19 is a reminder that all eight billion of us are in the same boat.


Joschka Fischer, Germany’s foreign minister and vice chancellor from 1998 to 2005, was a leader of the German Green Party for almost 20 years. His commentary was distributed by Project Syndicate (www.project-syndicate.org
).

Read the article on The Korea Times.

Dorothée Schmid – Coronavirus: “In the Middle East, some states are less effective than others”

Dorothée Schmid (crédit photo : Ifri)

The coronavirus pandemic has already officially reached more than 1.3 million people worldwide, causing over 70,000 deaths thus far. Within the Middle East, Iran, Turkey and Saudi Arabia are the most affected countries. In the face of this health emergency, the States of the region are mobilizing resources. Dorothée Schmid, researcher and head of the Middle East program at the French Institute of International Relations, takes stock of the situation.

What is the epidemiological situation in the Middle East?

The epidemiological situation in the Middle East is now evolving very rapidly. The region was not the first to be affected by the COVID-19 epidemic, but lies between Asia and Europe, which have become a major breeding grounds for infection today.

Iran remains the major hotspot of contamination in the Middle East, with more than 50,000 people infected according to the authorities, with several thousands of deaths, although figures are very difficult to verify.

Are there strong measures implemented by the states in the region?

Once the reality of the epidemic was acknowledged, most countries in the Near and Middle East took fairly drastic measures to limit the contagion: the suspension of air travel with the countries that saw initial infections of the outbreak, including some European countries, along with the closing of their borders.

On the Arabian Peninsula, Saudi Arabia made the decision, very early on, to suspend the Umrah and ban access to the Kaaba, thus controlling pilgrimages, restricting access to mosques, with muezzins responsible for issuing calls for caution in some places, and then, of course, the closure of schools and the gradual banning of public gatherings. Measures to contain the population are becoming widespread just about everywhere.

Why are the figures in the Middle East not as alarming as in Europe?

The figures are not very reliable in some countries. Test capacity is limited. Egypt, for example, which is a densely populated country with a population of 100 million, seems to have a rather poor assessment of the epidemiological situation.

The possible peak of the epidemic, which will come a little later than it has in Europe, will also depend on the way in which the fairly drastic measures are taken by the various countries, particularly in the Arabian Peninsula, to limit circulation and contain the epidemic. There are countries in the Middle East where the state is less effective than others. Lebanon is a country where the authorities find it very difficult to make decisions and enforce them. The Lebanese have put themselves in self-containment before hearing the government’s orders.

Are some states better prepared than others to deal with COVID-19?

The capacity of health systems to cope with this new virus, affecting the respiratory tract, is obviously unequal based on the country’s sensitivity to this type of epidemic. In the Arabian Peninsula, previous exposure to MERS has allowed the countries to adapt their equipment in accordance with WHO recommendations. It should not be forgotten that it remains the richest countries, some of which have sophisticated health equipment, that hold the ability to provide real care to their citizens.

Is research also being mobilized in the region?

To battle against COVID-19, the most sophisticated research equipment is now being mobilized. Saudi Arabia has provided WHO with a special grant to conduct this battle in the Middle East region. The countries with the best equipment are those whose health systems are already the most efficient in terms of health care delivery. As far as university research is concerned, Turkey is currently ahead of the game.

Published on 7 April 2020.

Read the article on KAWA News.

The coronavirus inflicts its own kind of terror

Members of the Italian army and the Carabinieri load the coffins of coronavirus victims onto a truck in Bergamo, Italy, March 24, 2020. Credit to Fabio Bucciarelli-The New York Times

Particularly for Europe, which has experienced waves of terrorism that achieved some of the same results, the current plague has eerie echoes. But this virus has created a different terror because it is invisible, pervasive and has no clear conclusion.

By: New York Times | Brussels | Updated: April 7, 2020 8:02:24 am

Members of the Italian army and the Carabinieri load the coffins of coronavirus victims onto a truck in Bergamo, Italy, March 24, 2020. The virus generates much the same fear and anxiety caused by terrorism, but it demands a different response: staying alone. (Fabio Bucciarelli/The New York Times)

Written by Steven Erlanger

The coronavirus has created its own form of terror. It has upended daily life, paralyzed the economy and divided people one from another. It has engendered fear of the stranger, of the unknown and unseen. It has emptied streets, restaurants and cafes. It has instilled a nearly universal agoraphobia. It has stopped air travel and closed borders.

It has sown death in the thousands and filled hospitals with wartime surges, turning them into triage wards. People gird for the grocery store in mask and gloves, as if they were going into battle.

Particularly for Europe, which has experienced waves of terrorism that achieved some of the same results, the current plague has eerie echoes. But this virus has created a different terror because it is invisible, pervasive and has no clear conclusion. It is inflicted by nature, not by human agency or in the name of ideology. And it has demanded a markedly different response.

People run screaming from a terrorist’s bomb and then join marches of solidarity and defiance. But when the all-clear finally sounds from the new coronavirus lockdown, people will emerge into the light like moles from their burrows.

“People are more afraid of terrorism than of driving their car,” said Peter R. Neumann, professor of security studies at King’s College London and founder of the International Center for the Study of Radicalization. Many more people die from car accidents or falling in the bathtub than from terrorism, but people fear terrorism more because they cannot control it.

While terrorism is about killing people, Neumann said, “it’s mostly about manipulating our ideas and calculations of interest.”

As Trotsky famously said, “the purpose of terror is to terrorize.”

But the terrorism of the coronavirus is all the more frightening not only because it is so widespread but also because it is impervious to any of the usual responses — surveillance, SWAT teams, double agents or persuasion.

“It’s not a human or ideological enemy, so it’s not likely to be impressed by rhetoric or bluster,” Neumann said. “The virus is something we don’t know, we can’t control, and so we’re afraid of it.”

And for good reason — it has already killed more Americans than the nearly 3,000 who died on Sept. 11, 2001, and it will kill many times more.

“There is a difference between man-made and natural disasters,” said Thomas Hegghammer, an expert on terrorism and senior research fellow at the Norwegian Defense Research Establishment in Oslo, Norway. “People are typically more afraid of man-made threats, even if they are less damaging.”

But this virus is likely to be different, he said. “It goes much deeper into society than terrorism, and it affects individuals on a much larger scale.”

There is a similar sense of helplessness, however, said Julianne Smith, a former security adviser to former Vice President Joe Biden and now at the German Marshall Fund. “You don’t know when terrorism or the pandemic will strike, so it invades your personal life. With terror, you worry about being in crowds and rallies and sporting events. It’s the same with the virus — crowds spell danger.”

Part of what makes terrorism terrifying is its randomness, said Joshua A. Geltzer, former senior director for counterterrorism on the National Security Council and now a professor of law at Georgetown. “Terrorists count on that randomness, and in a sense this virus behaves the same way,” he said. “It has the capacity to make people think, ‘It could be me.’ ”

But to defeat the virus requires a different mentality, Geltzer argued. “You see the bomb at the Boston Marathon, so you wonder about going next year; it’s a pretty direct impact,” he said. “But the virus requires one greater step — to think collectively, so as not to burden others by spreading the virus” and overwhelm the health system.

And it requires a different sort of solidarity. After the terrorist attacks of Sept. 11, President George W. Bush urged Americans “to go about their lives, to fly on airplanes, to travel, to work.” After both the Charlie Hebdo and Bataclan attacks of 2015, President François Hollande did the same in France, leading marches and public demonstrations of public resilience and defiance.

But in the face of the virus, with so many societies so clearly unprepared, resilience now is not to get on a plane, wrote Geltzer and Carrie F. Cordero, a former security official at the Justice Department and a senior fellow at the Center for a New American Security. “To be resilient now is to stay at home.”

So it is difficult for governments that learned to urge citizens to be calm in times of terrorism to now learn how to frighten them into acting for the common good. Rather than mobilization, this enemy demands stasis.

People respond patriotically, and even viscerally, to the nature of the security response to terrorism, from the helicopters to the shootouts. But “there’s nothing sexy or cool about staying at home, or ordering a company to produce face masks and gowns,” Geltzer said. “We don’t usually chant, ‘USA! USA!’ about home schooling.”

It will also be difficult for governments to adjust their security structures to deal with threats that do not respond to increased military spending and enhanced spying.

For a long time, Neumann said, analysts who worked on “softer” threats, like health and climate, were considered secondary. “Hardcore security people laughed at that, but no one will doubt that now,” he said. “There will be departments of health security and virologists hired by the CIA, and our idea of security will change.”

And there will be new threats afterward — worries about economic collapse, widespread debt, social upheavals. Many fear the effect of such low oil prices on Arab and Persian Gulf countries that need to pay salaries for civil servants and the military, let alone deal with subsidies on bread.

But even the Islamic State group has warned its adherents that “the healthy should not enter the land of the epidemic and the afflicted should not exit from it,” which may provide some respite.

Hegghammer lived in Norway during the terrorist attacks there in July 2011 by Anders Behring Breivik, who killed 77 people to publicize his fear of Muslims and feminism. The response in Norway was collective solidarity and resolve and a widespread sense of “dugnad,” the Norwegian word for communal work, as individuals donate their labor for a common project.

“Dugnad” is being invoked again in the face of the virus, Hegghammer said, with the young aiding the elderly, and government and opposition working “almost too closely together.”

The virus and the attacks carried out by Breivik “are being linked explicitly in the debate here,” Hegghammer said. But it is being done in a critical way, to criticize how unprepared the government has been, both then and now, to deal with a major threat.

“People say, ‘We’ve already been through this, so how can we be so unprepared?’ ”

In the aftermath, as with Breivik, there is likely to be a commission of inquiry in Norway, just as there will inevitably be one in the United States, too, as there was after Sept. 11, to see how the government failed and what can be done in the future.

But unlike largely homogeneous Norway, the sprawling United States is deeply divided.

Unlike Sept. 11, “when a single set of events united the country in an instant in its grief, this is a slowly rolling crisis that affects different parts of the country and the society at different speeds,” said Smith of the German Marshall Fund. “So we’re not united as a country.”

Given the already deep political polarization in the United States, with partisan battles over science and facts, the virus is likely to have the same impact as the plague did in Athens during the Peloponnesian War, creating indifference to religion and law and bringing forward a more reckless set of politicians, said Kori Schake, director of the foreign and defense policy program at the conservative American Enterprise Institute.

But ultimately, she added, the delayed response from the White House “delegitimizes the existing political leadership and practices of society.” If the political consequences are severe enough, she said. they could lead to “ the end of the imperial presidency and a return to the kind of federal and congressional activism that the Founding Fathers designed our system for.”

The virus may be politically divisive, but “it is also a reminder,” Schake said, “that free societies thrive on norms of civic responsibility.”

Read the article on The Indian Express.

Francis Gurry – La Chine devient le champion des demandes internationales de brevet

WPC 2018, Rabat, October 28 - Francis Gurry, Director General of the World Intellectual Property Organization (WIPO). Credit: World Policy Conference

07/04/20 à 14:23 | Mise à jour à 14:23 | Source : AFP

La Chine est devenue en 2019 le principal déposant de demandes internationales de brevet, raflant pour la première fois le titre aux Etats-Unis, a indiqué mardi l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi), une agence de l’ONU basée à Genève.
L’Ompi relève que pour la troisième année consécutive, Huawei Technologies, avec 4.411 demandes publiées, a été le principal déposant en 2019.

“En 1999, l’Ompi recevait 276 demandes en provenance de la Chine, contre 58.990 en 2019, soit 200 fois plus aujourd’hui qu’il y a 20 ans”, a détaillé le directeur général de l’organisation, Francis Gurry, cité dans un communiqué.

En conférence de presse, il a expliqué que cette nouvelle domination chinoise reflétait la volonté de Pékin de transformer l’économie du géant asiatique en “une économie à plus forte valeur ajoutée”, soulignant qu’il s’agissait d’un “système d’innovation favorisé par l’Etat” dans lequel les subventions publiques jouent un rôle.

Pour le patron de l’Ompi, “la croissance rapide de la Chine pour atteindre la tête du classement (…) met en lumière le déplacement de la géographie de l’innovation vers l’Est, les déposants asiatiques représentant désormais plus de la moitié de toutes les demandes”, l’Europe et l’Amérique du Nord représentant chacune moins d’un quart de ces demandes.

La Chine a ainsi mis fin au règne des Etats-Unis (57.840 demandes en 2019), qui dominaient le classement chaque année depuis la création du Traité de coopération en matière de brevets (PCT) de l’Ompi en 1978. Les deux grandes puissances sont suivies du Japon, de l’Allemagne, de la Corée du Sud et de la France.

L’Ompi note également que la forte croissance des demandes internationales de brevet en Turquie a permis au pays de se classer dans le top 15.

– Huawei –

Dans son rapport annuel, l’Ompi relève aussi que pour la troisième année consécutive, le géant chinois des télécommunications, Huawei Technologies, avec 4.411 demandes publiées, a été le principal déposant en 2019. Viennent ensuite Mitsubishi Electric Corp. au Japon, Samsung Electronics en Corée du Sud, Qualcomm Inc. aux Etats-Unis et Guang Dong Oppo Mobile Telecommunications en Chine.

Lot de consolation pour les Etats-Unis, l’Université de Californie reste en tête du classement des établissements d’enseignement. Elle est suivie par l’Université de Tsinghua en Chine.

La liste des 10 principaux établissements universitaires demandeurs de brevets internationaux comprend cinq universités des Etats-Unis, quatre de Chine et une de Corée du Sud.

Globalement, les demandes internationales de brevet déposées par l’intermédiaire du PCT ont augmenté de 5,2% (265.800 demandes) en 2019, tandis que les demandes d’enregistrement international de marques par l’intermédiaire du système de Madrid ont augmenté de 5,7%.

Les demandes de protection des dessins et modèles industriels dans le cadre du système de La Haye ont connu une croissance de 10,4%, marquant une nouvelle année record pour l’ensemble des services mondiaux de propriété intellectuelle de l’Ompi.

– Pandémie –

Reste à savoir quel sera l’impact de la pandémie du nouveau coronavirus sur les demandes de brevets.

Signalé fin décembre par la Chine, la maladie de Covid-19 s’est rapidement propagée dans le monde, faisant plus de 73.000 morts à ce jour et mettant à l’arrêt des pans entiers de l’économie.

“L’impact sur les industries créatives, sur l’innovation va être extrêmement important”, a souligné M. Gurry aux journalistes.

Expliquant qu’il était encore trop tôt pour chiffrer cet impact, qui dépendra de l’intensité et de la durée de la crise, il a noté que les données préliminaires reçues par l’Ompi pour janvier, février et mars montraient un tassement de la croissance des demandes de brevets.

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L’Europe “aux temps du choléra” : pourquoi faut-il plus que jamais promouvoir le “mode de vie européen”

László Trócsányi (credit: Unsplash & Twitter)
Opinions

Contribution externe

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Une opinion de László Trócsányi, député européen, professeur des universités. 

L’Amour aux temps du choléra, le chef d’œuvre de Gabriel Garcia Marquez, peut être considéré comme un éternel intempestif dans lequel le rationnel se mélange à la sphère des mystères aux moments les plus inattendus. Nos propres vies n’y échappent pas, non plus. Qui aurait cru encore il y a quelques mois que tout un continent sera en quarantaine, des pays entièrement fermés et repliés sur eux-mêmes où la solidarité entre Etats membres ne se posent plus. Qui va reprocher à la France de ne pas fournir de masques ou d’équipement médical à son voisin transalpin ? Ceci étant je n’ai jamais senti l’Europe aussi solidaire qu’en ce moment ! Quelles sont les origines exactes de cette crise et quelles seront les conséquences sur notre Union? Questions rhétoriques, du moins pour l’instant. Mais la gestion de la crise sanitaire sans précédent nous fournit tout de même un certain nombre d’enseignements braquant la lumière sur la question controversée en automne dernier sur le mode de vie européen. La gestion de la crise n’est pas partout parfaite mais les acteurs nationaux (Etats membres), régionaux (p.e. l’Union européenne) ou globaux (p.e. l’Organisation mondiale de la Santé) agissent de concert en fonction de leurs compétences – même si la responsabilité politique est la plus tangible au niveau national. On comprend aisément qu’une telle gestion est menée de façon radicalement différente en Chine, aux Etats-Unis, en Iran ou encore en Europe.

Le “mode de vie européen” est plus que jamais d’actualité

L’idée de la protection et de la promotion d’un “mode de vie européen” est donc plus que jamais d’actualité. Il convient de comprendre sa raison d’être et sa finalité au-delà des discours politiques simplistes et réducteurs de la gauche.

L’essence de la polémique c’est que le terme “mode de vie européen” est de nature à faire ressortir l’idée selon laquelle des différences puissent exister ou existent entre les citoyens européens et ceux vivants dans d’autres parties du monde. Certes, la réalité sous-jacente de ce terme ne rend pas plus facile à forger et propager l’idée martelée d’uniformisation. Idée – par ailleurs rejetée par la majeure partie de nos citoyens – aspire à relativiser les différences entre les nations et entre les cultures divergentes afin d’imposer des principes uniformes et par la suite une seule idéologie au monde et à l’Europe. Les critiques venues de la gauche à l’égard du nouveau portefeuille consistent à reprocher que le “mode de vie européen” est mis en relation avec la question migratoire car l’idée de l’établissement de ce portefeuille est survenu à la suite de la crise migratoire de 2015.

Pour y répondre j’aimerais me référer à Chantal Delsol, philosophe et écrivaine française de renommée internationale, qui a souligné l’importance de la délimitation et de la définition. Selon elle, une rivière sans bord est plutôt un marais. Par conséquent, si on ne reconnaissait pas l’existence d’une vie européenne séparée, rien ne distinguerait l’Europe d’autres parties du monde. Cela est réconforté par la constatation selon laquelle lorsqu’on est en Europe la perception générale de l’identité est toujours la diversité : les différents “styles de vie” ou “modes de vie” qui coexistent simultanément en Europe. En effet, ce que nous voyons à l’intérieur n’est que les différences et les lacunes entre les nations et les cultures. Cependant, quand on est sur un autre continent les citoyens européens se retrouvent et partagent des points communs. Ce sont les mêmes visions et les valeurs fondamentales communes qui les rapprochent. Ce que nous voyons donc à l’extérieur est l’impact de notre lien réel parmi nous Européens. Cette constatation dévoile l’existence d’un “mode de vie européen”. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères français, un pro-européen bien que critique, qui dans son livre “Face au chaos, sauver l’Europe” a aussi senti la nécessité de dédier un chapitre à la préservation du “mode de vie européen”.

Mais quelles sont ses composantes et pourquoi faut-il le défendre et le promouvoir de nos jours?

Le Vieux Continent partage une histoire et des expériences historiques communes qui se sont formées au cours des siècles culminant dans une civilisation ayant des valeurs intrinsèques et singulières. On reconnaît l’arbre à ses fruits : ce sont ces valeurs qui servent de base théoretique au “mode de vie européen”. Ces valeurs trouvent leurs origines dans le temps antique. C’est la philosophie grecque antique et la loi naturelle qui nous permettent la recherche et de la découverte de la vérité ou la capacité de distinguer le bien du mal. Elles nous ont également donné la fondation des valeurs démocratiques. En outre, les fondements moraux et éthiques de l’identité européennes étaient influencées par les Dix Commandements et l’émergence de culture judéo-chrétienne. Le droit romain est non seulement la base du droit civil et du droit de la famille à ce jour dans la plupart des pays européens, mais il contient aussi des leçons très importantes sur l’organisation de l’Etat, la citoyenneté et le patriotisme. Toutes ces colonnes d’un mode de vie européen ont été unifiées et maintenues par le christianisme pendant et après le Moyen Âge. C’est l’esprit du christianisme qui a établi l’idée de la dignité humaine inaliénable et sacrée qui est devenue alors l’élément central du tissu social de l’Europe et de la pensée européenne. Enfin, “le Siècle des Lumières” a suscité l’émergence d’un discours scientifique.

Cet héritage commun – forgé autour du christianisme et du Siècle des Lumières – a abouti à la naissance et au renforcement de la civilisation européenne telle qu’on la connaît aujourd’hui et dont les valeurs ont eu un “rayonnement culturel et économique” à travers le monde.

Au lieu de la cacher, il faut la protéger et la mettre en avant.

Pour lutter contre ses faiblesses que je m’abstiendrais à énumérer, l’UE aurait besoin de promouvoir “l’identité européenne”, – son identité je dirais – dans laquelle tous les citoyens de l’Europe peuvent s’identifier. La promotion d’une telle identité et d’un tel “mode de vie” est essentielle à la fois pour développer un sens d’appartenance à la maison commune européenne et pour surmonter les difficultés avec succès. Sans l’ébauche d’une identité européenne, la collaboration politique et la solidarité entre l’UE, les Etats et les peuples d’Europe risquent de n’avancer que trop lentement. Il faudrait avoir une vision d’identité forte européenne même si le débat sur les racines chrétiennes du continent pendant la rédaction du Traité établissant une Constitution pour l’Europe a mis en évidence le désaccord sur ce sujet. Notre identité peut nous aider à faire face aux enjeux mondiaux comme les changements climatiques, une pandémie mondiale ou les bouleversements technologiques. Ce sont les raisons pour lesquelles l’initiative de la nouvelle Commission constitue un acte de courage nécessaire. Comme le dit le proverbe “à cœur vaillant, rien d’impossible”. Il faut restaurer la confiance des citoyens dans la construction de l’Europe en reconnaissant les “valeurs” et le “mode de vie” européens. Ça peut non seulement promouvoir une identité européenne commune, mais aussi stimuler l’émergence d’une Europe plus efficace, collégiale et solidaire.

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Hubert Védrine – “Nous vivons le premier événement vraiment mondial”

Hubert Védrine en interview avec RTS Info

"Nous vivons le premier événement vraiment mondial", estime Hubert Védrine

“Nous vivons le premier événement vraiment mondial”, estime Hubert Védrine L’actu en vidéo / 2 min. / le 06 avril 2020
Ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine estime que la crise du coronavirus est “le premier événement vraiment mondial, un trauma mondial inédit”, qui peut faire naître pour la première fois une véritable conscience commune.

“Il n’y avait pas eu jusqu’ici d’événement global qui fasse apparaître la fameuse communauté internationale”, selon l’ancien ministre. “Sauf dans les discours qui étaient du vent. Je me demande si on n’est pas en train de vivre de façon traumatique un trauma fondateur. La peur est vraiment mondiale, alors que même les guerres mondiales n’étaient pas mondiales en réalité. C’est souvent les Occidentaux qui considèrent comme mondial ce qui les concerne, eux. C’est peut-être la naissance d’une conscience commune de vulnérabilité.”

La crise du Covid-19 serait selon Védrine un événement encore plus global “que le 11 septembre, qui était d’abord un traumatisme américano-occidental”. Selon Hubert Védrine, le fait que la terre entière partage un même trauma crée une communauté de destin inédite: “Ceux qui parlaient de mondialisation c’étaient les mondialisateurs. Beaucoup de peuples vivaient la mondialisation de façon passive. L’événement peut être créateur, dans la douleur, de quelque chose.”

“Le virus met fin à la crédulité sur le marché mondial”

"Le virus met fin à la crédulité sur le marché mondial"
L’actu en vidéo – Publié le 06 avril 2020

Un autre effet de la crise est selon l’ancien ministre la fin de la crédulité européenne dans le grand marché mondial: “Les mondialisateurs disaient: tout ce qui est Etat-nation on s’en fiche, c’est complètement périmé. On va faire confiance au marché mondial. C’était l’idéologie de l’OMC pendant longtemps. Toute personne qui disait qu’il faut peut-être avoir des réserves stratégiques passait pour un crétin archaïque souverainiste”, juge Hubert Védrine.

Selon lui, le réveil est salutaire: “La dépendance apparaît à travers l’affaire des masques et des respirateurs. Ce n’est pas la fin de la mondialisation mais c’est la fin d’un certain angélisme, surtout européen, alors que les Américains ne se sont jamais vraiment appliqués à eux-mêmes les règles du marché mondial.”

“La Chine est tentée par une conquête universelle”

"La Chine est tentée par une conquête universelle"
L’actu en vidéo – Publié le 06 avril 2020

Selon Hubert Védrine, un troisième enseignement est la montée des tentations “prosélytes” de la Chine: “Les grands experts de la Chine disaient de ne pas s’inquiéter. Ils disaient: ‘la Chine méprise le monde extérieur et ne veut pas convertir les autres, elle ne fera jamais le coup des valeurs universelles’. Est-ce en train de changer ? C’est la question. Les Occidentaux ont toujours été prosélytes. Les musulmans sont prosélytes. La Chine non. Mais quand on atteint le degré de puissance qu’ils ont atteint, on peut se poser la question. Il y a un courant en Chine qui se dit: ‘c’est le moment d’aller au-delà, notre système est très supérieur’. Les démocraties représentatives sont très contestées.”

Ce changement n’est pas définitif selon l’ancien ministre, qui juge qu’un autre courant plus prudent existe en Chine, qui voudra privilégier des alliances plutôt que la conquête. L’avenir, d’après lui, dépendra aussi de la réaction occidentale et surtout européenne: “cela dépendra de ce que les Chinois trouveront en face d’eux.”

Darius Rochebin/ebz

Publié le 06 avril 2020 à 20:30 – modifié le 06 avril 2020 à 21:53

Lire l’article sur RTS Info.

Angel Gurría – Coronavirus to spark ‘brutal’ economic meltdown as global system to crash ‘for years’

Angel Gurria (crédit photo : World Policy Conference)

CORONAVIRUS could result in a brutal global economic crash that strong economies like the UK, US and Canada struggle to recover from.

Angel Gurría of the Organisation for Economic Co-operation and Development explained that many countries will see no growth or negative growth for 2020. He added the job losses caused by coronavirus will result in many economies struggling after the pandemic has been resolved. While speaking to BBC’s Victoria Derbyshire Mr Gurría noted small, and medium businesses would be struck hard from the swing in the economy and even large global economies like the UK, US and Canada will struggle in the future.

Mr Gurría said: “Coronavirus is going to affect us very seriously.”It affects the social, human, the health side and it will leave very big wounds and eventually scars on the economic side.

“This is because of the unemployment impact, the tens of thousands perhaps hundreds of thousands small to medium enterprises (SME) livelihoods will be at stake.”

Mr Gurría went into greater detail of the sectors that would suffer immensely due to the coronavirus, even after the pandemic.

Coronavirus economy

Coronavirus ‘wounds and scars’ to result in ‘brutal’ global economic crash ‘for years’ (Image: Getty)

 

Coronavirus economics UK

Mr Gurría claimed countries across the globe will be dealing with the economic fallout for years to come and it will result in a time of economic uncertainty. (Image: BBC)

He said: “Of course, you have to remember the very seriously hit sectors like tourism, service sector and hospitality sector.

“You can see all the businesses associated with those sectors facing an explosion, like in the US, Canada, the UK and elsewhere.

“All these unemployment claims that are happening by the millions over a few days is showing just how dramatic and brutal the problem will be.”

The economic expert has previously warned economic growth will slow down significantly following the coronavirus pandemic.

Mr Gurría noted small, and medium businesses would be struck hard from the swing in the economy and even large global economies like the UK, US and Canada will struggle in the future.

Mr Gurría claimed countries across the globe will be dealing with the economic fallout for years to come and it will result in a time of economic uncertainty.

In late March he told the BBC: “Even if you don’t get a worldwide recession, you’re going to get either no growth or negative growth in many economies of the world.

“This is including some of the larger economies.”

“Therefore you’re going to get not only low growth this year, but also it’s going to take longer to pick up in the future.”

Mr Gurría has also claimed the coronavirus economic impact will be more dramatic than that of the 9/11 terrorist attacks or the 2008 financial crisis.

He said: “We don’t know how much it’s going to take to fix the unemployment rate because we don’t know how many people are going to end up unemployed.

“We also don’t know how much it’s going to take to fix the hundreds of thousands of small and medium enterprises who are already suffering.”

Read the article on The Express.

Driss Benomar

CEO of Alomra, a Moroccan security consulting group, and President of the Atlantis think tank.

Hicham El Habti

Hicham El Habti is a graduate from École Polytechnique and Ponts et Chaussées (France), he started his career at Ernst & Young, then joined OCP group in 2013 after managing different Moroccan SMEs for seven years. He was firstly Project Leader to the General Manager of OCP, then Director of Management Control/Business Steering, before being appointed Deputy Secretary-General. Today, he is also Secretary-General of Mohammed VI Polytechnic University (Benguerir, Morocco).

Alexandre Orlov

Executive Secretary of the Trianon Dialogue and former Ambassador of the Federation of Russia in France.

Fahad bin Ibrahim Al-Hamad Al-Mana

Ambassador extraordinary and plenipotentiary of the State of Qatar in the Kingdom of Morocco since August, 2019. He joined the Ministry of Foreign Affairs in Doha in 1987 as Third Secretary. He has been First Secretary at the Embassy of the State of Qatar in Italy (1997-2000). He also worked in the Department of International Organizations and Conferences, the Department of Legal Affairs and the Department of European Affairs at the Foreign Ministry. He served in several embassies (Morocco, Pakistan, United Arab Emirates, Spain, Argentina). He has a B.A in History and Geography from Education College, in Qatar University 1986, and a Master in International Law from the National Institute of Public Administration, Morocco 1991/1992.

Yun Seong-deok

Ambassador of Korea in Morocco. Mr. Yun Seong-deok began his career by joining the Ministry of Foreign Affairs in 1989. In 1998 he became First Secretary at the Embassy of Korea in Belgium and of the Korean Mission to the EU. He served in the same position at the Embassy of Korea in Lebanon. He was appointed as Minister-Counsellor of the Permanent Mission to the UN in Geneva. He served as Deputy Consul General in Guangzhou, China and Minister at the Embassy of Korea in Belgium and of the Korean Mission to the EU in 2013. He served as Director-General for Bilateral Economic Affairs at the Foreign Ministry.

Nicolas Chamussy

Airbus Space Advisor since June 2019. He has worked at Airbus for 18 years and served both at operational and high level management positions in space activities and at Airbus CEO’s office such as Head of Space Systems at Airbus Defence and Space (2016-2019) and Chief of Staff to the CEO of Airbus (2012-2016). Previously, he worked six years in the French public administration at the Ministries of Defense (including as Advisor to the Minister of Defense) and Finance.

Carsten Lohn

Vice President – Chief of Staff for Strategy, Mergers and Acquisitions and Public Affairs at Airbus S.A.S. The scope of the department includes product and services strategies, intelligence, benchmarking and market forecast, M & A and Public Affairs. Carsten joined Airbus in 1997 and held various management positions in Production, Final Assembly Lines, Cabin Furnishing, Programs and Procurement across different sites and countries. Prior to joining this department, Carsten lead the running organization development, major company reorganization and transformation projects. He studied Aerospace Engineering at the Technical University of Braunschweig in Germany and at the Royal Melbourne Institute of Technology in Australia. Before joining Airbus, Carsten worked in different Aerospace companies worldwide, such as Raytheon Aircraft in the United States or IPTN in Indonesia.

Soraya Hakuziyaremye

Before her appointment as Minister of Trade and Industry, Soraya Hakuziyaremye was Senior Vice President in Financial Institutions/Financial Markets Risk at ING Bank in London. She also worked in various senior positions at BNP Paribas Group in Paris, Fortis Bank and the Bank of New York Mellon in Brussels. Minister Hakuziyaremye also served as Senior Advisor to Rwanda’s Minister of Foreign Affairs from 2012 to 2014. She was a board member of Ngali Holdings as well as the Brussels-Africa Hub. She brings a rich experience in global banking and advisory as well as international exposure to help local businesses become more competitive. She holds a postgraduate degree in International Management from the Thunderbird Graduate School of Global Management at Arizona State University in the United States and a Masters in Business Engineering (Ingénieur de Gestion) from the Solvay Business School at the Université Libre de Bruxelles in Belgium.

Shambhu S.Kumaran

Ambassador of India to the Kingdom of Morocco. Shambhu Santha Kumaran joined the Indian Foreign Service in 1995. His diplomatic assignments abroad include Political Counsellor in Kathmandu (2007-2009) and Deputy High Commissioner to South Africa (2009-2012). At Headquarters, he was Deputy Secretary (West Europe Division) handling relations with the United Kingdom, Germany, Spain as well as the Commonwealth from 2002-2004. From 2012-2016, he was Director (East Asia/China), Joint Secretary (Establishment) and Joint Secretary (Eurasia) in MEA. During January 2016-May 2019, he was on deputation to the Ministry of Defense as Joint Secretary (Planning and International Cooperation). He holds a Bachelors Degree in English Literature from Kerala University as well as an MA in International Studies and Master of Philosophy in Diplomatic Studies from Jawaharlal Nehru University, New Delhi.

Mathias Harebamungu

Dr Mathias Harebamungu is the Ambassador of the Republic of Rwanda in Senegal. Doctor of physical and urban planning from the Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, former Minister of State at the Rwandan Ministry of Education, former Secretary-General at the same Ministry after an academic career.

M’jid El Guerrab

Member of Parliament for the 9th constituency of French people living outside France (Maghreb and West Africa). A member of the “Liberté et territoires” group, he was a member of the Defense and Armed Forces Committee before joining the French National Assembly’s Finance Committee. He was a member of the special PACTE committee and the committee of inquiry on the fight against extreme right-wing groups. He was also the press officer of Ségolène Royal, candidate in the 2007 presidential election; responsible for communication and the press within the Socialist Group of the Senate; ministerial advisor to Thierry Repentin, first Minister for vocational training and then for European integration; communication and press relations advisor in the Senate and head of the press department of Caisse des Dépôts. He is a graduate of the Institute of Political Studies (IEP) in Aix-en-Provence, France.